‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 148 sur 210 · Ou plutôt le Soleil-Royal · texte numérisé non relu

Ou plutôt le Soleil-Royal

éloi-nés que d'une portée de canon, lorsque, le jusant venant à leur manciuer, ils furent obligés d'y mouiller; mais, comme le fond y est très mauvais, les ancres chassèrent, et les courants firent dériver, en sorte qu on se trouva sous le vent des ennemis, séparés des autres

vaisseaux.

De quinze vaisseaux qui se trouvèrent en cette extrémité, il y en eut trois, [les plus maltraités,] qui gagnèrent Cherbourg, [savoir le Soleil, V Admirable ei le Triomphant. Le premier entra dans la fosse du Galet et les deux autres dans la petite rade du portj. M de Tourville, suivi de dix autres, vint se réfugier à la Hougue ; [il prit cette résolution parce que, n'ayant plus d'ancres, il ne pouvoit plus naviguer]. Il y arriva le soir et fut joint en cette rade par deux des six vaisseaux'de M. de Nesmond, qui prit, avec les quatre autres, la route du nord de l'Ecosse, d'où il arriva heureusement à Brest, ainsi que les trois vaisseaux de MM de Gabaret, de Langeron et de Combes. Ainsi M. de Tourville se trouva à la Hougue avec douze vaisseaux. D'un autre côté, l'armée des ennemis se partagea en trois pour poursuivre les trois débris de celle de France Une partie s'attacha aux vingt vaisseaux qui avoient passé le Raz; mais ce fut inutilement, car ces navires ayant de beaucoup devancé les autres, elle ne put les atteindre, et ils se retirèrent à Saint-Malo.

Une autre partie de l'armée des ennemis se tint devant Cherbourg, pour enlever les trois vaisseaux (lui Y étoient entrés. Us vinrent les attaquer avec quantité de chaloupes et de brûlots, qui les consumèrent entièrement; mais les officiers et les équipages lurent sauvés.

L'autre corps, de plus de cinquante vaisseaux et beaucoup de brûlots, se présenta devant la Hougue, et renferma en cette rade les douze vaisseaux de M . de Tourville. Il vint à terre avec une chaloupe pour conférer avec le roi d'Angleterre et le maréchal de Bellefont, qui étoit sur le rivage avec l'armée de terre. Dans un conseil qui se tint sur-le-champ, et où les principaux officiers de marine se trouvèrent, on arrêta que, pour sauver les vaisseaux du Roi, qui couroient grand risque d'être enlevés, on les feroit incessamment échouer, et que, par le moyen des chaloupes qu'on armeroit, on tàcheroit d'empêcher les ennemis de les brûler. On fit donc échouer six de ces vaisseaux à côté du petit fort de l'Islet, et les six autres derrière celui de la Hougue. On en retira le plus d'agrès qu'il fut possible, et on prépara les chaloupes; mais, comme il ne s'en trouva que douze, on y joignit toutes les barques qu'il fut possible de ramasser. On ne put les armer que d'équipages abattus et effrayés, si bien qu'on ne put empêcher que les ennemis, arrivés avec un détachement de deux cents chaloupes bien armées, ne brûlassent, le soir du 2 juillets les six vaisseaux échoués à l'Islet, et dont on avoit retiré tous les équipages.

Le lendemain 3, au flot du matin, sur les dix heures, les ennemis étant entrés dans la petite rade de la Hougue avec un plus grand nombre de chaloupes et de canots, soutenus d'une frégate à rames de trente canons et d'une demi-galère, on ne put les empêcher non plus de brûler les six vaisseaux qui y étoient

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