‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 151 sur 210 · Anne-Jules de Noailles : ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Anne-Jules de Noailles : ci-dessus, p

5. Cette promotion du 30 mars comprit vingt-huit lieutenants généraux, vingt-six maréchaux de camp et soixante-cinq brigadiers [Dangeau, p. 253-255; Sourclies, p. 171-180).

6. Fondé par lettres patentes d'avril 1693, qui furent complétées par un règlement de mars 1694, Tordre de Saint-Louis devait se composer de huit grands-croix, de vingt-quatre commandeurs, et d'un nombre illimité de chevaliers. M. Mazas a publié en 1860-61 l'Histoire de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, 3 vol. in-8°.

que, depuis peu, le Roi paroît avoir envie de purger cet ordre; car il a mis les preuves qu'il faut faire pour Y entrer à trente années de service, au lieu qu'il n'en "falloit que dix dans son institution ^ mais il ne laisse pas, de temps en temps, de faire grâce à plusieurs qui l'importunent pour des récompenses, auxquels on donne des croix afin de les apaiser. Voilà le génie des François, qui le plus souvent se repaît de fumée et mène une vie dure sur la seule espérance.]

Le Roi fit assembler, pour la campagne qui alloit s'ouvrir, deux puissantes aidées, qui dévoient agir en Flandres, et voulut les commander en personne, ayant sous lui, dans l'une, M. de Luxembourg, et, dans l'autre, le maréchal de Boufflers. Ces deux armées furent pourvues d'une nombreuse artillerie et faisoient ensemble deux cent soixante-sept escadrons et cent vingt-six bataillons 2 : ce qui revient au nombre de cent vingt-cinq mille hommes.

Monsieur, frère du Roi, alla en Bretagne avec le titre de généralissime, pour commander vingt mille hommes de troupes réglées, l'arrière-ban et les milices, qui furent répandues en Normandie, en Bretagne et dans le pays d'Âunis, pour la garde des côtes. Il eut

1 Dangeau dit au 20 février 1700 : « Le Roi a réglé qu'on n'entreroit point dans l'ordre de Saint-Louis que l'on eut trente ans de service ou que l'on fût estropié >. itome VU, p. 261). Notre auteur rédigeait donc ce passage peu après

cette date. , , ,

2 V Histoire militaire (p. 624) donne à 1 armée de Luxembourg 78 bataillons et 152 escadrons, à celle de Boufflers 51 bataillons et 112 escadrons : ce qui fait au total 264 escadrons et 129 bataillons; mais ces chiffres diffèrent aussi de ceux que donne Dangeau (p. 290-291).

SOUS lui, pour généraux, les maréchaux d'Humières, de Bellefont et d'Estrées.

L'armée d'Allemagne, composée de quarante mille hommes, fut encore comiTiandée par le maréchal de Lorge, qui eut sous lui le maréchal de Choiseul. M. de Catinat eut soixante-dix ou quatre-vingts bataillons à ses ordres, [qui tinrent tous les postes depuis Nice jusques en Savoie,] et cinq à six mille chevaux. Le duc de Noailles commanda l'armée de Catalogne, qui fut augmentée de quelques troupes.

Outre ces six armées, il y eut encore un camp volant dans le Luxembourg, sous le marquis d'Harcourt, et un autre dans les lignes de Flandres, du côté de la mer, sous le marquis de la Valette. [On répandit aussi quelques régiments dans les provinces, pour contenir les nouveaux convertis.]

Il y eut aussi deux armées de mer : une, de soixanteneuf vaisseaux de ligne, dans l'Océan sous le maréchal de Tourville, et l'autre, de vingt vaisseaux et trentecinq galères, dans la Méditerranée, sous le comte d'Estrées.

Campagne de Flandres. — Le Roi partit de Versailles le 16 mai^ pour se rendre en Flandres, où il mena encore les dames^, compagnie très embarrassante pour les expéditions militaires. Il se mit à la tète de l'armée que M. de Boufflers assembla contre Tournay, pendant que M. de Luxembourg, qui eut

1. Non pas le 16, mais le 18, à dix heures du matin, et la première couchée fut à Chantilly, où il séjourna le lendemain (Dangeau, p. 287-290).

2. Dangeau et Sourches donnent les noms des dames qui accompagnèrent le Roi.

SOUS lui les maréchaux de Joyeuse et de Villeroy, formoit la sienne auprès de Mons.

Sa Majesté, en partant de Tournay, alla camper à Obourg*, près de Mons. [M. de Luxembourg en décampa et vint à Feluy] ; puis le Roi à Fleurus, et de là à Gembloux. M. de Luxembourg alla asseoir son camp à Tourinnes-lès-Ourdons, deux lieues plus avant que Gembloux, sur le chemin de l'abbaye du Parc^ près de Louvain, où le prince d'Orange se tenoit bien retranché avec une armée de cent cjuarante escadrons, soixante-huit bataillons et quatre-vingts pièces de canon, après avoir jeté environ vingt mille hommes dans les retranchements que les ennemis avoient faits contre Liège pour couvrir la ville.

Quand on sut le Roi à Gembloux, personne ne douta que son dessein ne fût d'aller forcer le prince d'Orange dans ses retranchements et d'emporter Liège; mais on fut bien surpris quand on vit, deux jours après, que Sa Majesté détacha Mgr le Dauphin pour passer en Allemagne avec une armée de trente mille hommes, et qu'il reprenoit brusquement le chemin de Versailles, sans avoir rien entrepris. Chacun raisonna sur cet événement inopiné; et moi je crois, avec beaucoup d'autres, que les représentations de M"^ de Maintenon en furent la véritable cause, fondées sur ce que l'expédition qui se présentoit paroissoit trop hasardeuse, et que le Roi y risqueroit trop sa personnel

1 Village situé sur un petit affluent de gauche de la Haine.

2. Abbaye de bénédictins fondée au xii" siècle par Geoffroy le Barbu, duc de Lorraine.

3. Il faut voir dans les Mémoires de Saint-Simon (edit. Boislisle, t. I, p. 229-235) le récit, un peu dramatisé sans doute,

Je ne connois point la situation de l'abbaye du Parc, ni ne sais au vrai la force des retranchements de l'armée des ennemis ; mais il est à présumer que le prince d'Orange n'y avoit rien oublié. Malgré cela, j'ai ouï dire à des gens qui en sa voient plus que moi, qu'il auroit été battu indubitablement \ et que ses retranchements, quelque bons qu'ils eussent pu être, n'auroient point été à l'épreuve coïitre deux armées de François animés par la présence de leur Roi. Quelle gloire auroit-ce été pour Sa Majesté, et quels avantages n'en eût-elle point tirés pour faire la paix ou pour continuer la guerre!

Après le départ du Roi, M. de Luxembourg s'approcha plus près de l'armée des ennemis et se mit à les harceler. Il reçut un avis dans ce temps-là que huit régiments de cavalerie, sous le comte de Tilly^, étoient partis de Maëstricht pour joindre le prince d'Orange. Le maréchal se mit aussitôt à la tête d'un gros détachement de son armée, dans le dessein de les aller enlever à Tongres, où ils étoient venus camper ; mais le comte de Tilly fut averti à temps par un prêtre et se retira promptement à Maëstricht. Son

de ce départ subit du Roi, des supplications de Luxembourg pour l'empêcher, et de l'effet qu'il produisit sur l'armée. Quant à la cause du départ, les documents cités dans le commentaire de M. de Boislisle montrent qu'elle ne fut pas celle que notre auteur et Saint-Simon lui-même lui attribuent, mais bien l'intention arrêtée de forcer l'Empereur et les princes de l'Empire à la paix en portant de ce côté-là le principal effort des armées françaises, tout en restant sur la défensive en Flandre.

1. Ce fut l'opinion de tous les contemporains, et, si l'on en croit Saint-Simon, celle du prince d'Orange lui-même.

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