Weinsheim, à peu de distance à l'est d'Heilbronn
les Impériaux mirent des postes d'infanterie. Cette situation obligea de marcher en corps d'armée jusques aux bois qui bordoient le retranchement, pour juger de toutes ces choses et connoitre s'il y auroit jour à l'attaquer.
L'armée françoise, s'étantdonc portée sur l'ennemi, se mit en bataille, et se trouva en quelques endroits à une bonne portée de mousquet du retranchement. On travailla à faire des batteries sur le bord du ravin, à la faveur de quelques troupes qu'on fit avancer dans un terrain où l'ennemi ne les pouvoit découvrir. [Il ne s'émut aucunement de toute cette manœuvre, et demeura tranquillement dans son camp sans se mettre en bataille. Le prince de Bade se contenta de faire garnir son retranchement par des détachements d'infanterie et de faire tirer force coups de canon sur les François, qui n'en reçurent pas grand dommage, parce que presque toute l'armée s'en trouvoit à couvert au moyen des grands bois, et que, à l'endroit des clairières, il y avoit des hauteurs qui couvroient les fonds où les troupes étoient en bataille.]
On demeura dans cette situation depuis le commencement du jour jusque sur les trois heures après midi, et on employa ce temps-là à parcourir tout le front de bandière de l'ennemi et à chercher inutilement quelque endroit favorable pour l'attaquer. On trouva la chose impossible, à moins qu'on ne voulût s'exposer à tout perdre, parce que, supposé que notre infanterie eût pu pénétrer jusques au dedans du retranchement, elle en auroit été chassée par la cavalerie ennemie, et que la nôtre ne la pouvoit soutenir, par la difficulté insurmontable de lui faire descendre et remonter le
ravin [On auroit bien pu canonner le camp et l'obliger à se déplacer ; mais on jugea plus à propos de n'en rien faire peut-être par la raison que, n'ayant pu faire le plus, il ne falloit pas se réduire au moms.] Amsi, on prit le parti de se retirer au camp, au grand regret de Monseigneur, qu'on embarqua un peu inconsidérément; [c^ il ne faut point exposer à un démenti un aussi
grand prince] .
Après cette échauffourée, l'ai^mée demeura encore quelques jours dans son camp de WiblingenS et elle revint à celui qu'elle avoit déjà occupé vers le Neckar, qu'elle repassa sans aucune inquiétude de la part de l'ennemi, et séjourna environ un mois dans le camp qu'elle prit au delà de cette rivière. Alors les soldats françois se débandèrent pour piller le pays. Plusieurs d'entre eux coururent jusque vers Nordlingue et la Bavière, brûlant et saccageant tout, sans en avoir reçu aucun ordre. La plupart d'entre eux n'en revmrent pas, furent assommés par les paysans qui prirent les armes, ou par les partis que le prince de Bade envoya sur eux, et ces désordres durèrent longtemps, [pai^ce qu on ne réprima pas de bonne heure par des exemples la licLice que le soldat prend facilement. 11 arriva encore un autre mal, causé par l'intempérance : le pays re-orgeoit de vin et de subsistances; ces biens furent bientôt gaspillés par le peu d'ordre qu'on y apporta, les maladies se mirent dans l'armée, qui tomba presque en disette au milieu de l'abondance].
Cependant M. de Lorge lit occuper Stuttgart et les
1. Village avec un château, à trois kilomètres nord-est de Laupheiiu.
autres villes de Wurtemberg, [où les vivres ne furent pas mieux ménagés,] et tira quelques contributions du pays. Il se rapprocha de la petite ville de Vaibingen', où l'on faisoit le pain de munition avec des farines qu'on tiroit des places du Rbin [par une multitude de chariots qu'on avoit fait venir jusque de la Champagne]. Le feu prit par accident à cette ville, où les foins et les magasins de farine furent brûlés : ce qui obligea l'armée de quitter le Wurtemberg et de se rapprocher du Rhin [plus tôt qu'on ne l'avoit projeté 2. Elle s'en retourna par la vallée de Pforzheim vers le Fort-Louis-du-Rhin,] où Monseigneur la quitta pour retourner en France.
La gendarmerie fut envoyée en Piémont, aux ordres de M. de Catinat, qui devoit y entrer. Le maréchal de Boufflers, qui avoit passé en Allemagne avec Monseigneur, s'en retourna par Philipsbourg en Flandres, avec vingt mille hommes. Le maréchal de Lorge acheva la campagne dans la plaine de Weil, près de Fribour"-, et on perdit dix mille hommes dans le Wurtembergpendant le séjour que l'armée y fît, soit par les maladies, ou par le débandement des soldats; il n'en auroit peut-être pas coûté davantage dans une grande bataille, [et l'ennemi auroit eu au moins la moitié de la peur; même on l'auroit déposté pour le combattre en heu plus avantageux, et, si on avoit su se servir avec économie de l'abondance du pays où on étoit, il est fort apparent qu'on auroit pu s'y maintenir pendant l'hiver avec cette précaution, et y garder les villes qui étoient