Gazette, p. 285, 295-297 et
maréchal de Bellefont en Normandie, et celui d'Estrées à la Rochelle et pays d'Aunis. Mais tous les grands préparatifs des ennemis s'en allèrent en fumée par le bon ordre qu'on y apporta. Ainsi il ne se passa rien sur ces côtes de toute la campagne, et Monsieur revint à la cour au mois de septembre*.
Campagne de mer. — L'armée navale, que le maréchal de Tourville commanda, fut de soixante-onze vaisseaux de ligne, vingt-sept brûlots, et vingt bâtiments de charge, qui servirent d'hôpital et de magasins de vivres ~. Elle mit à la voile le 24 juin ^ et doubla la pointe de Belle-Isle, et, sur les avis que M. de Tourville reçut, par deux vaisseaux qu'il avoit envoyés à la découverte, qu'il paroissoit une flotte ennemie vers le cap Saint-Vincent, il fît voile de ce côté-là pour lui couper le chemin, jugeant bien que cette flotte étoit le convoi de Smyrne, et lui tomber dessus. Elle étoit environ de cent voiles, escortée par vingt vaisseaux de guerre, commandée par le chevalier Rooke*. M. de
i. Après son départ, la flotte anglaise bombarda Saint-Malo, sans grand dommage, du 26 au 29 novembre.
2. Ce sont les chiffres donnés par Y Histoire militaire, p. 706. D'après les états conservés dans les archives de la Marine, vol. B^ 14, la flotte comprenait soixante-douze vaisseaux, quinze frégates et corvettes (dont ne parlent ni notre auteur ni l'Histoire militaire, quoique la Gazette, p. 204, les mentionne), vingt-cinq brûlots, deux galiotes à bombes, trois « traversiers » et vingt-deux bâtiments de charge.
3. C'est une erreur d'un mois. Tourville quitta Brest le 26 mai [Gazette, p. 264), et il arriva le 4 juin à la baie de Lagos, près du cap Saint-Vincent, à la pointe sud-ouest du Portugal, où il était encore le 24 (ibidem, p. 316 et 352).
4. Georges Rooke (1650-1709) avait été fait chevalier à la suite du combat de la Hougue, où il commandait l'escadre
Tourville lui en prit deux et en brûla deux autres, et s'empara de vingt vaisseaux marchands. Il en brûla autant, et fit de vains efforts sur le reste, qui avoit vent arrière et qui se sauva dans les ports d'EspagneS où il ne les put insulter, si ce n'est à Malaga, où il fit brûler sept ou huit bâtiments hoUandois qui s'y étoient réfugiés2. La perte des Anglois et des HoUandois fut estimée à plus de vingt millions, et nos armateurs troublèrent fort leur commerce pendant cette guerre, et firent sur eux quantité de bonnes prises, qui enrichirent beaucoup de particuliers.
Après cette action, le maréchal de Tourville eut ordre de passer le détroit et d'entrer dans la Méditerranée, où il fut joint par les galères de France et vingtdeux vaisseaux de ligne sous le comte d'Estrées^ Il vogua sur Barcelone, qu'on avoit eu dessein d'assiéger ;
bleue avec le titre de vice-amiral; il devint commandant en chef des flottes anglaises en 1702.
1. Combat du 27 juin : Gazette, p. 357-358 et 374-o76; Mercure d'août, p. 156-228; Journal de Dangeau, p. 324, 326-329 et 337; Sourches, p. 228 et 231-232; Histoire militaire p 707-709. Dans le volume de la Marine B^ 14, il y a un journal de la campagne, avec un récit de la bataille, rédigé par
l'intendant Vauvré. , „n oi • -ii t
2. Cette dernière action n'eut lieu que les 20 et 21 juillet {Gazette, p. 417-418). .
3 Le comte d'Estrées avait quitté Toulon le 14 mai; il contribua à la prise de Roses (ci-dessus, p. 314) et fit sa jonction avec M. de Tourville dans les derniers jours de juillet. L armée navale comptait alors, sans y comprendre les galères, quatrevingt-quatorze vaisseaux, vingt-huit frégates et corvettes, quatre galiotes à bombes, trente brûlots, trois hôpitaux, et trente et un bâtiments de charge, soit cent quati-e-vingt-dix bâtiments, portant 7,654 canons et près de 45,000 hommes de troupes et d'équipage (archives de la Manne, B' 14).
mais, ayant été averti par le maréchal de Noailles que cette entreprise étoit différée parce qu'il avoit reçu ordre d'envoyer des troupes au maréchal de Catinat pour la guerre de Piémont^ il ramena l'armée dans les ports de Provence, où les vaisseaux furent désarmés. Affaires. — Outre la disette d'argent qu'il y eut cette année dans le commerce et dans les coifres du Roi, [où on tàchoit d'en faire venir par toutes sortes de moyens forcés,] la France fut encore attaquée par un plus grand mal, qui fît périr beaucoup de peuple et causa quelques petits soulèvements qui pouvoient devenir de conséquence : c'est de la disette des blés dont je veux parler-. La récolte fut fort mauvaise l'année précédente; les usuriers, [et même les personnes notables, tant l'avarice et la cupidité étoient à l'excès,] firent enlever tous les vieux blés et les faisoient revendre sous mains à un prix si exorbitant, que le setier de froment, qui n'avoit pas passé quinze francs depuis longtemps, se vendoit cinquante; encore n'en pouvoit-on avoir]. Pour remédier à ce mal, on se servit d'abord de moyens qui l'augmentèrent; car on fixa le prix des blés dans les marchés, et on n'y en portoit plus. La populace s'élevoit partout et crioit à la famine, [principalement à Paris, où elle étoit fort