Ci-dessus, p
2. Sur cette disette de 1693-94, qui fut beaucoup moins grave que celle de 1709, dont notre auteur parlera dans la suite, on peut voir la Correspondance administrative de Depping, t. II, p. 631-702, le tome I de la Correspondance des contrôleurs généraux, publiée par M. de Boislisie, n°* 1170 à 1273, passiin, V Histoire de Colbcrt, par Pierre Clément, t. I, p. 363 et suiv., et la Police sous Louis XIV, du même, p. 260-264.
nombreuse]. Comme le mal étoit pressant, le plus prompt remède qu'on y trouva fut que le Roi fit fournir du pain à cette populace, à un prix modéré, par un de ses entrepreneurs des vivres d'armées; mais cela ne put durer longtemps, parce que la distribution à cette multitude étoit difficile et que, étant attroupée, les suites en devenoient dangereuses. On eut donc recours à d'autres moyens. Les magistrats s'en mêlèrent; on punit quelques usuriers convaincus de fraude; on laissa la liberté du prix du blé dans les marchés; et le Roi ordonna, sous des peines rigoureuses, qu'on y apportât tous les blés des greniers et -ranges de la campagne, et que chaque propriétaire n'en gardât que ce qu'il en falloit pour la subsistance de sa famille jusques à la récolte prochaine. Il fit venir quelques blés des côtes d'Afrique, et donna quelque argent pour subvenir aux besoins des pauvres. Les riches se cotisèrent aussi pour les soulager; et toutes ces choses endormirent un peu le mal et firent diminuer le prix du blé. Mais Dieu, [qui ne vouloit point perdre entièrement la France et la livrer en proie a ses ennemis, dont elle étoit environnée de toutes parts, envoya une bonne récolte, et] inspira au Roi une sérieuse envie de faire la paix, que la nécessité présente lui fit envisager comme un point absolument nécessaire. Le premier pas pour y parvenir étoit de déterminer le duc de Savoie à quitter la ligue. M. de Chamlay fut envoyé, l'année suivante, le trouver pour lui faire de nouvelles propositions. D'un autre côté, le roi de Suède fit à l'Empereur quelques ouvertures de la part du Roi, qui lièrent des conférences secrètes en Suisse [entre leurs ministres qui y passèrent sous des
noms supposés ^ Ces conférences servirent à dresser le plan de la paix de Ryswyk] ; mais elles n'eurent pas d'effet alors, parce que l'heure n'en étoit pas venue; et l'on se porta encore à la continuation de la guerre pour la campagne suivante.
Année J694. — Campagne de Flandres. — W le Dauphin, qui commanda cette année les armées en Flandres^, eut sous lui M. de Luxembourg et une armée de quatre-vingt-deux bataillons et de cent soixantedeux escadrons 3, Dès qu'elle fut assemblée, il la mena camper à Fleurus, et de là à Gembloux, ensuite à Saint- Trond, petite ville du pays de Liège. Le maréchal de Boufflers, qui commandoit sous Monseigneur une autre armée de quinze à seize mille hommes*, alla camper à Horion, village k deux lieues de la ville de Liège, entre la Meuse et le Jaar^, et de là à Waremme. Le marquis de
1. Le principal chargé d'affaires de France était l'abbé Morel, que nous retrouverons plus loin lors des négociations préliminaires de la paix de Ryswyk.
2. Saint-Hilaire servit cette année encore dans l'armée de Flandre ; son récit peut donc être regardé comme celui d'un témoin oculaire, ou au moins bien informé. Les correspondances et relations relatives à cette campagne de Flandre sont conservées dans les volumes 1255 à 1259 du Dépôt de la guerre (avril à septembre 1694).
3. Quatre-vingt-dix-huit bataillons et cent quatre-vingt-dix escadrons, d'après l'Histoire militaire, t. III, p. 2, qui ajoute que l'artillerie se composait de soixante-six pièces de canon, sous les ordres de M. de Vigny. Les chiffres donnés par l'état de contrôle du 3 mai (vol. Guerre 1255, n° 82 bis] sont conformes à ceux donnés par notre auteur.
4. Quinze bataillons et vingt-trois escadrons [ibidem, n° 82 ter).
5. Le Jaar ou plutôt Geer est un affluent de gauche de la Meuse, dans laquelle il se jette à Maëstricht.
320 MÉMOIRES DE SMNT-inLAIRE. [1694
la Valette commanda aussi sous les mêmes ordres un petit camp volant du côté de la mer, et le njarqu.s d'Hurcourt un autre dans le pays de Luxembourg, pour s'opposer au comte d'Autel', qui couvroit le pays de Juliers avec les troupes palatmes.
Le prince d'Orange avoit aussi assemb e près de Louvain une armée de cent trente bataillons et de cent quarante escadrons. L'électeur de Bavière campoit sLr son flanc avec un corps de dix à douze mdle hommes, composé de ses troupes et de celles d Espagne. Le comte de Thian^ avoit un petit camp volant sous Gand; et les troupes de Brandebourg et celles de Liège, faisant environ vingt mille hommes, campmen et ga;doient de grandes hgnes qu'elles avoient faites en dehors de cette ville, pour lui servir de première enceinte. Ainsi, les Pays-Bas étoient couverts de troupes, et l'on s'attendoit à de grands événements, [sans considérer que de si puissantes armées se combattent difficilement et cherchent plutôt a se derobei Quelques avantages] .
^ Le premier mouvement que fit le prince d Orange fut d'aller camper à l'abbaye de f'Hertogendael de là à Tirlemont, qu'il mit devant les hgnes qu il fit faire et qui furent couvertes par la riviere de Geete Il demeura là pendant tout le temps que 1 armée de France fut campée à Saint-Trond et à Oreye^ près de
1 ci-dessus, p. 246.
9 n était -énéral-maior des armées impériales.
?■ L'abbaye de Vau-le-Duc, en flamand S'Hertogendael, avait 4. Sur le Jaar, en amont de Tongres.
Tongres, où elle alla après avoir consommé tous les fourrages des environs de Saint-Trond. [La droite, au camp d'Oreye, fut appuyée à Tongres, et la gauche au village de Munster. L'armée de M. de Boufilers campa à cette gauche et faisoit les escortes des convois de vivres qui venoient de Huy et de Namur.]
Les armées demeurèrent dans cette situation jusques au 22 juillet, et il ne s'étoit encore rien passé que quelques enlèvements de chevaux aux fourrages, lorsque le prince d'Orange, qui vouloit tirer l'armée de France du voisinage de Liège, et lui donner de l'ombrage à son tour, décampa de Tirlemont et s'en vint au Mont-Saint-André ^ près de la Méhaigne, où il appuya sa droite. Ce mouvement détermina Monseigneur à mener son armée sur les hauteurs de Vinalmont^, près de Huy. Sa gauche fut appuyée à la Méhaigne, et sa droite se prolongea du côté de Liège ^ [Les troupes de M. de Boufflers campèrent en retour derrière cette gauche, faisant face du côté de Liège, puis se mêlèrent dans les lignes, lorsque le grand retranchement que Monseigneur fît faire à la tête de son camp et sur son flanc gauche, pour se couvrir des troupes de Liège, fut achevé. Il vouloit, au moyen de ce retranchement, s'assurer la liberté de faire les détachements qu'il conviendroit pour les escortes de ses convois et
i. Sur un petit affluent de la Geete, à six kilomètres à l'est de Perwez.
2. Cette localité, que notre auteur, comme l'Histoire militaire, appelle Vignamont, est au nord d'Huy, sur la route de Saint- Trond.
3. Lettre de Saint-Pouenge, du 23 juillet (vol. Guerre 1257 n° 114).
de ses fourrages, qui devinreul bientôt rares et difficiles- car les ennemis barroient le front du camp, les derrières étoient fermés par la Meuse, la droite avmt été fourragée par les précédents camps, et la gauche étoit contrainte par la Méhaigne, que les ennemis tenoient aussi. Outre cela, tout le pays au delà etmt assez stérile et ruiné par le précédent siège de Namui , sans compter qu'il est parsemé de bois très propres pour les embuscades.] ^
I Pour obvier à ces inconvénients, pendant près d un mois qu'on fut dans ce camp,] Monseigneur fit construire des ponts sur la Meuse, derrière son camp, pour aller fourrager au-delà : ce qui fut fort pénible et embai rassant, à c^use des grands défilés et de la cote roide dont la Meuse est bordée en cet endroit, et quil talloit monter et descendre. Ces incommodités firent iuger que le dessein du prince d'Orange etoit de conl:ind?e Monseigneur, par la nécessité et 1 embarras des fourrages, de passer la Meuse sur ces ponts afi de charger son arrière-garde, [à moins qu il n aimat mieux passer la Méhaigne pour tirer sur Namur : ce qui pai>oissoit encore plus périlleux, en ce que le prince d'Orange n'auroitpas manqué de la passer aussi et de faire j(^ndre à son armée le grand corps d mfanterie nui étoit resté jusque-là dans les lignes de Liège. Pai ce moven, son armée auroit été de beaucoup supérieure, et auroit contraint infailliblement celle de France
à combattre avec désavantage dans un terrain ou sa cavalerie ne lui auroit pas été d'un grand usage 1-
1 11 y a des considérations analogues dans une 1° Y';^1«"J^ chînrée du maréchal de Luxembourg au Roi, datée du 0 août (vol. Guerre 1258, n° 27).
Mais en peu de temps on fut hors de cet embarras. Le prince d'Orange, qui avoit dt^jà fait son projet pour la campagne, voulut prendre Huy, ou du moins arriver si brusquement sur l'Escaut, qu'il le pût passer et se rendre maître des lignes d'Espierres, qui couvroient le Tournaisis et la chàtellenie de Lille, avant que notre armée pût s'y opposer. Il ne réussit pas dans ce dernier projet, par la diligence extrême que firent les François pour y arriver à temps, quoiqu'ils eussent deux grandes marches de plus à faire.
Le prince d'Orange, pour l'exécution de son dessein, renvoya ses gros bagages à Louvain, et, délogeant en même temps du Mont-Saint-André, il [alla camper le même jour^ à Sombreffe, et le lendemain à Arquennes et Feluy, d'où il] poursuivit sa route vers l'Escaut, après avoir démembré deux détachements de son armée : l'un étoit de vingt mille hommes sous le duc de Wurtemberg, qui alla passer l'Escaut à Audenarde pour s'avancer sur les lignes d'Espierres et favoriser la construction des ponts qu'il vouloit faire jeter sur l'Escaut [vis-à-vis du village d'Hauterive] par le second détachement, que commandoit le général Tettau-, et que le prince d'Orange suivit avec le reste de son armée.
Monseigneur, [ayant été incontinent averti que l'ennemi étoit décampé du Mont-Saint-André et qu'il tiroit sur Sombreffe,] envoya ordre au marquis d'Harcourt de s'avancer avec vingt escadrons qu'il commandoit dans le Luxembourg, et de venir couvrir Huy. Puis