‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 22 sur 210 · Ci-dessus, tome I, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, tome I, p

Cette affaire en seroit peut-être demeurée là, sans un nouvel incident qui survint au sujet de la régale ^ C'est un droit fort ancien que nos rois oiit^e jouir du revenu des archevêchés et évêchés du royaume pendant la vacance du siège et jusques à ce que le prélat qu'ils ont nommé pour le remplir leur ait prêté serment. Le Roi nomme aussi, pendant cette vacance, à tous les bénéfices et dignités de la collation desdits archevêques et évêques, à la réserve des cures. Ce droit de régale dérive tant du patronage que le Roi a sur toutes les églises de son royaume, que de son droit féodal sur le temporel des bénéfices, et il prétend l'étendre dans tous les diocèses. Quelques évêchés ont cru cependant en être exempts, et, en particulier, l'évêque et le chapitre de Pamiers, à l'occasion des- ([uels ce différend fut suscité. Le Roi avoit nommé quelques sujets à des bénéfices vacants dans ce diocèse; l'évêque 2 en nomma d'autres, et fut appuyé par le Pape. L'affaire fut soutenue si indiscrètement par l'évêque et queUiues-uns de ses chanoines, que le Roi en exila plusieurs dans les provinces, ainsi que l'évêque lui-même ^

Il s'émut encore un autre débat au sujet de l'abbesse

1. L'affaire de la régale suscita de nombreux traités, dissertations, pamphlets, etc., dont on trouvera l'énumération dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale, Histoire religieuse, Ld', n°* 476 et suivants.

2. L'évêque de Pamiers, François-Etienne de Caulet, étant mort le 7 août 1680, son successeur François d'Anglure de Bourlémont ne fut nommé qu'en juillet de l'année suivante.

3. M. de Bourlémont se démit enfin de son évêché en novembre 1685 et reçut à la place l'abbaye de Saint-Florent de Saumur [Dangeau, t. I, p. 250).

d'un couvent du village de Charonne près Paris, laquelle étant morte, le Roi en nomma à sa place une, que les religieuses ne voulurent ni reconnoître ni recevoir : elles élurent même une d'entre elles pour remplir cette place. Le Pape prit leur parti, et le Roi, voulant terminer la dispute, supprima le couvent et dispersa les religieuses dans d'autres * ; mais ce prince ne jugea pas à propos d'en demeurer là, et, pour témoi- "•ner son mécontentement de la conduite du Pape qui contredisoit ses droits, il fit examiner dans l'assemblée du clergé, qui se tint à Saint-Germain-en-Laye en 1 682, les thèses de Sorbonne dont j'ai parlée L'assemblée en déclara la doctrine orthodoxe et en conséquence celle des ultramontains erronée et abusive, [touchant l'infaillibilité du Pape, sa supériorité sur les conciles et son prétendu droit sur le temporel des rois]. Ce décret fut confirmé par un arrêt du parlement de Paris ^ et la cour de Rome fut si peu ménagée, qu'on fit courir le bruit que la résolution étoit prise de créer un patriarche en France, sur le modèle de celui de Venise. Le Pape fut si indigné des mauvais procédés qu'il prétendoit qu'on tenoit à son égard, qu'il refusa de

i. L'abbé Legendre a raconté ces faits dans ses Mémoires (p. 39-41); le monastère fut vendu aux enchères, après la dispersion des religieuses, pour payer les dettes de la communauté. C'est dans ce couvent qu'avaient été élevées, trente ans auparavant, les filles de Gaston d'Orléans.

Page 1