Labbé Mathieu Ysoré d'Hervault (1647-1716) avait été
le reçut à la tête de son clergé et le conduisit sous le dais qu'on lui avoit préparé. Il communia pendant la messe, et le Pape, en ayant été averti, interdit cette église le lendemain, et donna ordre, dans toutes les autres églises de Rome, de cesser le service divin sitôt qu'on y verroit paroître M. de Lavardin, qui ne manqua pas de dépêcher un courrier à Sa Majesté sur ces nouvelles affaires. L'ordre qu'il en reçut fut de faire afficher à la porte du palais du Pape, et dans tous les cjuartiers de Rome, une protestation solennelle, qui fut dressée à Paris', contre la bulle d'excommunication et l'interdit de l'église de Saint-Louis.
Le Roi ne se contenta pas de cela et fit aussi assembler les chambi^es du Parlement, où l'avocat général Talon 2, en plaidant sur cette matière, attaqua personnellement le souverain pontife, [et le traita de fauteur d'hérésie et de vieillard tombé en enfance =>]. Ensuite il protesta contre l'excommunication et l'interdit de l'église Saint-Louis, et contre tout ce que le Pape pourroil faire en conséquence, dont il interjeta appel au
nommé auditeur de rote en janvier 1681; en 1688, le Roi lui donnera l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely, et il deviendra archevêque de Tours en 1693.
1 M. de Lavardin, sans attendre les ordres du Roi, avait immédiatement adressé au gouvernement pontifical une protestation, dont le résumé fut donné par la Gazette, et qui fut imprimée et distribuée à profusion.
2 Denis Talon (1628-1698) avait succédé à son père comme avocat général en 1652. Il fut récompensé de son attitude dans la présente affaire par une charge de président à mortier (1690).
3 Ce réquisitoire est imprimé dans les Œuvres d'Orner et Denis Talon, publiées en 1821; il avait paru dès 1688 en une petite plaquette in-4°. Si l'avocat général n'employa pas textuellement les termes reproduits par notre auteur, du moins le sens s'y trouve bien.
futur concile, [qui apparemment ne se tiendra pas si tôt]. La cour donna un arrêt conforme aux conclusions de l'avocat général.
[On peut juger de ce procédé qu'on étoit fort revenu en France de la terreur des foudres du Vatican; mais, comme le Roi sait pourvoir à tout,] il fit assembler chez les évêques les curés et les supérieurs des communautés religieuses : ceux-là leur firent de beaux discours pour prévenir les troubles qui auroient pu survenir, si sa puissance n'avoit pas été aussi absolue.
Sa Majesté, croyant en avoir assez fait, et fâchée peutêtre que les choses eussent été portées si loin, écrivit une belle lettre au Pape pour le radoucir et l'engager à quelque accommodement. Il la fit porter par M. de Chamlay\ qu'il chargea de la négociation; mais le Pape, obsédé par la faction d'Autriche, et d'ailleurs homme un peu trop ferme et entêté, quoiqu'il eût mille bonnes qualités et fût un grand homme de bien, ne voulut pas recevoir la lettre, ni voir M. de Ghamlay, qui s'en retourna sans avoir rien fait^.
Ce pendant les Espagnols et les Génois, qui étoient les conseillers intimes du Pape, craignirent que le ressentiment de la France ne tombât sur eux et que le Roi ne fît avancer des troupes du côté de l'Italie, où ils ne seroient pas les plus forts. Ils feignirent de por-
1. Jules-Louis Bolé, marquis de Chamlay (1650-1719), avait depuis 1670 la charge de maréchal des logis des camps et armées du Roi, et ce fut sous ce titre qu'il prit la part la plus importante à la préparation et à la direction stratégique de toutes les campagnes de la seconde moitié du règne de LouisXIV. Il fut envoyé en Italie incognito, sous un prétexte spécieux, afin de ne pas engager le gouvernement royal.