‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 26 sur 210 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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2. Ange-Marie Ranuzzi, nonce en France depuis 1683, fui nommé cardinal en 1686 et resta en France jusqu'en juillet 1689; il mourut en septembre de la même année. On appréciait en France son caractère doux et conciliant {Mémoires de Sourches, t. I, p. 440).

vie d'avoir le collier de l'Ordre, qu'on lui promit à son retour ^ .

Quand le Pape sut que ce seigneur approchoit de Rome à main armée, il l'excommunia dans toutes les formes ^ Cela ne l'empêcha pas de poursuivre son chemin, non plus que les cardinaux d'Estrées et Maidalchin'i» d'aller au-devant de lui hors les portes de Rome. L'ambassadeur fit son entrée avec un pompeux équipau^e et quatre ou cinq cents hommes armés''. Les douaniers, par ordre du Pape, qui ne le tenoit pas pour ambassadeur, voulurent se mettre en devoir de visiter son équipage; mais, comme ils n'étoient pas les plus forts, il leur fallut se retirer bien vite et essuyer quelques rudes paroles.

Toutes les rues de Rome étoient pleines de monde accouru à ce nouveau spectacle, qui avoit plus l'air d'une espèce de triomphe que d'une entrée d'ambassadeur. M. de Lavardin jeta, en passant, quelques pièces d'argent au peuple, pour se le concilier, et, comme les Italiens de Rome en sont friands, ils crièrent hautement : Vive le roi de France et son ambassadeur Lavardin! sans songer qu'ils pourroient bien déplaire au Pape. L'ambassadeur, au milieu de ces acclamations,

1. Henri-Charles de Beaumanoir (1644-1701), était colonel d'infanterie et lieutenant général au gouvernement de Bretagne; il reçut l'ordre du Saint-Esprit l'année suivante, 1688.

■^ Ch Gérin [l'Ambassade de Lavardin, dans la Jîecue des Questions historiques d'octobre 1874, p. 382-432) a raconté en détail toute cette affaire.

3. François Maidalchini (1621-1700) avait été créé cardinal en 1647 par Innocent X.

4. Cette entrée eut lieu le 16 novembre 1687 [Gazette, p. 664-

arriva au palais Farnèse, où il devoit loger; son escorte se mit en bataille sur la place, où il tint toujours une garde tant qu'il fut à Rome. Il détachoit de fréquentes patrouilles, pour empêcher les sbires, qui avoient été menacés d'avoir le nez et les oreilles coupés, d'approcher de son quartier.

Cinq ou six jours s'étant écoulés, M. de Lavardin fit demander audience au Pape, qui répondit qu'il ignoroit qu'il y eût un ambassadeur de France à Rome depuis la mort du duc d'Estrées ; qu'à la vérité il avoit appris qu'il étoit arrivé un certain François, suivi de beaucoup de gens de guerre, qui se nommoit le marquis de Lavardin, et qu'il avoit excommunié.

Après ce refus, M. de Lavardin se promena dans Rome avec un cortège magnifique : cent gardes à cheval le suivoient l'épée nue ; le reste de ses troupes se tenoit en bataille sur la place du palais Farnèse.

Malgré les défenses du Pape, quelques seigneurs romains affectionnés à la France ne laissèrent pas de rendre visite à M. de Lavardin, et les ministres étrangers, qui témoignoient être fâchés de la suppression des franchises, en firent autant. J'ajouterai que M. de Lavardin ne laissoit pas d'entendre tous les jours la messe, quoiqu'il fût excommunié dans toutes les formes. La bravade fut encore poussée plus loin* : l'ambassadeur alla, le jour de Noël, entendre la messe de minuit et faire ses dévotions dans l'église de Saint-Louis, où l'abbé d'Hervault-, auditeur de rote,

1. Gazette de 1688, p. 43-44. Le Catalogue de la Bibliothèque nationale indique sous les cotes Lb^', n<" 3908-3916, un certain nombre de publications relatives à cette affaire de M. de Lavardin ; voyez aussi le travail de Ch. Gérin indiqué ci-dessus.

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