Le 26 octobre [Gazette, p
et leur laissa le prince de Waldecki pour commander les troupes qui restèrent en Hollande. Celles qu'il fit embarquer avec lui étoient toutes choisies, et montoient à dix mille hommes de pied et quatre mille chevaux; le maréchal de Schonberg eut sous lui le commandement de cette armée. L'armée navale étoit composée de soixante-cinq vaisseaux de ligne, de dix brûlots et de quatre cent cinquante autres bâtiments de transport, de vivres et de débarquement, qui arborèrent tous le pa^^llon d'Angleterre et les armes du prince d'Orange, au-dessous desquelles on avoit placé cette devise : Pro Deo et Libertate^. Elle mit à la voile le 30 octobre 1688, avec un vent favorable; mais à peine fut-elle en pleine mer, qu'il s'éleva une furieuse tempête, qui dispersa cette prodigieuse armée, et la jeta dans le plus grand péril. A force d'art et de bonheur, elle vint relâcher vers les ports d'où elle étoit partie, à la réserve de quelques bâtiments, cjui furent emportés vers le Nord et rejoignirent quelques jours après.
Le prince d'Orange, loin de se rebuter par un accident si fâcheux, et d'en tirer un mauvais présage, fit réparer avec une application et une diligence extrême les dommages causés par la tempête, et remit à la voile le 1 1 novembre, à l'entrée de la nuit. L'amiral Herbert^
1. Georges -Frédéric, comte de Waldeck-Wildungen, fait maréchal général des troupes impériales en 1682, reçut en 1688 le commandement de l'armée hollandaise avec le titre de maréchal de camp général, mais mourut en 1692.
2. « Pour la Religion et la Liberté », dit la Gazette, p. 640.
3. Arthur Herbert (1647-1716) était parvenu au grade de vice-amiral lorsqu'il fut élu membre du Parlement en 1685; ayant refusé de voter contre le test, il fut disgracié, passa en
qui avoit quitté le roi d'Angleterre pour se joindre au prince, conduisoitl'avant-garde, Ewertsen^ la bataille, et lui l'arrière-garde. Us rencontrèrent l'armée d'Angleterre, forte de quarante gros vaisseaux de guerre, [dans le plus étroit de la Manche], qui les laissèrent passer sans aucun obstacle, et, cette fois, la navigation fut si heureuse, que toute cette flotte arriva le 1 5 suivant à la rade de Darmouth et Torbay, et débarqua sans empêchement; car le roi d'Angleterre, qui ne s'étoit pas attendu d'être trahi par son armée de mer, avoit envoyé ses troupes de terre du côté du Nord et de l'Ecosse, où le prince d'Orange avoit répandu le bruit qu'il vouloit débarquer, ce qu'il eût fait probablement, s'il n'avoit été assuré de la flotte angloise.
Dès que le roi d'Angleterre eut appris le débarquement du prince d'Orange, il passa, tout d'un coup, d'une extrémité à l'autre : au lieu de ce courage et de cette hauteur avec laquelle il s'étoit conduit, il tomba dans l'excès de la timidité. Ses premières démarches furent de rétablir l'évêque de Londres, de révoquer la commission qu'il avoit donnée à ceux qui composoient la chambre ecclésiastique, et de casser tout ce qu'elle avoit fait en vertu de cette commission. Il rétablit le collège de la Madeleine, fit fermer l'église de la Savoie, qu'il avoit donnée aux Jésuites, et toutes les églises et chapelles dont il avoit mis les catholiques
Hollande et se mit au service de Guillaume d'Orange. Après sa défaite à Beachy-Head en 1690, il dut se retirer et finit sa vie dans la retraite.
1. Corneille Ewertsen (1642-1706), était vice-amiral de Hollande depuis 1686; il obtint en 1691 le grade d'amiral de Zélande et le conserva jusqu'à sa mort.
88 MÉMOIRES DE SAINT-IlllAIUE. [1688
en possession. Les vieilles chartes qu'il avoit ôtées aux villes leur furent rendues. En un mot, il détruisit en un tourne-main tout son ouvrage depuis son avènement à la couronne*, et, pour assurer la naissance légitime du prince de Galles, que le prince d'Orange avoit attaqué dans son manifeste, il fit dresser par le chancelier un procès-verbal de toutes les circonstances de l'accouchement de la reine, qui fut signé de la reine douairière et de plusieurs seigneurs et dames qui y avoient assisté, comme il est de coutume en pareil cas^.
Parmi tous ces troubles, les archevêques de Cantorbéry et d'York ^ vinrent lui présenter un mémoire signé de sept évèques et de neuf ou dix des plus grands seigneurs de l'État : ce mémoire* tendoit à demander la convocation d'un Parlement libre et régulier dans toutes les formes, afin, disoient-ils, de calmer les esprits et de prendre des mesures pour empêcher la désolation de l'État et garantir sa personne du péril qui le menaçoit. Ce prince, épouvanté, sans réfléchir à la conjoncture et aux conséquences, fit écrire aussitôt les lettres circulaires, et ce fut une espèce de bonheur pour lui que la révolution d'Angleterre fût si subite ; car, si le Parlement avoit eu le temps de s'assembler, il y a bien de l'apparence qu'il auroit commencé par lui faire son procès, tant les esprits étoient universellement irrités contre lui.