‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 37 sur 210 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

rupture ouverte avec sa couronne le premier acte d'hostilité de la part de leurs troupes ou de leurs vaisseaux contre son allié*.

Peu de temps avant cette déclaration, le prince d'Orange avoit fait la revue de quinze ou vingt mille hommes des troupes hollandoises^ et, les ayant ensuite fait marcher vers les ports ^ il revint à la Haye, où il découvi'it son véritable dessein à quelques ministres des États qui lui étoient affidés, et qui s'employèrent à lui gagner leurs amis, en attendant que l'armement fût prêt. Il se rendit alors à l'assemblée des États- Généraux, et leur adressa un discours dont la substance étoit qu'ils avoient été émus à juste titre de tout ce qui s' étoit passé au sujet de l'électorat de Cologne depuis la mort du dernier électeur, et qu'ils en avoient inféré que la France avoit eu dessein de tenir l'Allemagne enchaînée afin de s'emparer plus facilement du reste des Pays-Bas espagnols et subjuguer les Provinces-Unies avec l'assistance du roi d'Angleterre, [qui avoit déjà mis sur pied des armées de terre et

1. C'est le 9 septembre 1688 que M. d'Avaux se rendit à l'assemblée des États-Généraux pour leur faire part des observations de Louis XIV : son discours fut résumé dans la Gazette (p. 466-467) ; voyez aussi les Négociations du comte d'Avaux en Hollande, publiées en 1752-1753 par l'abbé Mallet. L'ambassadeur d'Angleterre joignit ses représentations à celles du ministre de France, et tous deux remirent des mémoires, dont les Etats envoyèrent copie aux principales villes pour avoir leur avis.

2. Dès la fin d'août, presque toutes les troupes de la République avaient été réunies aux environs de Mmègue, et le prince d'Orange en passa la revue le 28 septembre [Gazette, p. 479, 491 et 502).

3. Les premiers échelons de troupes s'étaient embarqués sur la Meuse dès le 28 au soir.

de mer]. Il ajouta que, pour qu'on ne s'imaginât point que ce qu'il avançoit fût une fiction, il leur portoit en main une pièce authentique capable de convaincre les plus incrédules et de tourner tous leurs soupçons en certitude, et qui leur feroit connoître les mesures secrètes prises entre les deux rois pour l'exécution de leur projet [et la destruction entière de la religion protestante ; mais que Dieu, qui en étoit le protecteur aussi bien que de leurs États, leur ouvroit un moyen sûr de conserver leur religion et leur liberté]. Cette pièce étoit un traité, feint ou vrai, qu'on disoit avoir été envoyé au prince d'Orange par la trahison du comte de Sunderland, ministre et secrétaire d'État du roi d'Angleterre*.

Là-dessus, il leur déclara qu'il falloit coimnencer par délivrer l'Angleterre du papisme et de la servitude, que cette gloire étoit réservée à la Hollande, que toute la nation angloise l'en conjuroit par sa bouche, et qu'en reconnoissance d'un si grand bienfait tout le royaume se déclareroit pour la cause coimiiune; que, pour lui, il étoit prêt de conduire en personne le secours qu'on demandoit et, se chargeant de cette grande affaire, d'exposer sa vie en ce rencontre,

1. Robert Spencer, comte de Sunderland (1641-1702), d'abord ambassadeur en France (1671), avait été une première fois secrétaire d'Etat en 1678, et l'était redevenu en 1682 ; il se maintint sous Jacques II, mais le trahissait pour le prince d'Orange, et celui-ci le récompensa en le nommant lord chambellan, puis lord chief-justice. — Il ne semble pas que Guillaume d'Orange ait présenté aux Etats une pièce qu'il ne pouvait croire authentique ; mais l'opinion d'un traité secret entre l'Angleterre et la France avait été la conséquence des déclarations de M. d'Avaux, et le prince exploita certainement cette croyance.

comme en tous les autres, pour la religion et le bien

public*. ,

Le discours du prince d'Orange et les pièces qu il montra aux États-Généraux étant bien examinés dans cette assemblée, il fut remercié de son zèle, et l'expédition incontinent agréée. Peu de jours après, les États- Généraux publièrent un manifeste conçu à peu près dans ces termes ^ :

« Que les États-Généraux ont résok d'assister le prince d'Orange de toutes leurs forces, lequel, après avoir été exhorté plusieurs fois, par les prières réitérées des personnes les plus qualifiées d'Angleterre, de vouloir bien s'opposer au gouvernement arbitraire que Sa Majesté Britannique a résolu d'introduire dans ce royaume, s'est déterminé à y passer pour sauver la religion anglicane, que Sa Majesté a aussi entrepris de détruire; et, ces deux entreprises, contraires aux lois divines et humaines, et particulièrement à celles du royaume, étant sur le point de le bouleverser entièrement, le prince d'Orange, poussé par sa piété, qui ne lui permet pas de souffrir la ruine de la religion et le renversement d'un si bel État, prétend, avec fa grâce de Dieu, faire assembler un Parlement libre où les suffrages partent du cœur, et non d'une injuste contrainte à laquelle on a voulu assujettir tous les

1 Guillaume ne manifesta nullement l'intention de détrôner son beau-père, mais seulement celle de sauver la religion anglicane et d'assurer l'élection d'un parlement indépendant.

2 Ce qui va suivre est le résumé du manifeste des Etats, qui fut^publié à grand nombre d'exemplaires, et traduit en anglais, sous ce titre : « Résolution contenant les raisons qui ont mu Leurs Hautes Puissances d'assister de vaisseaux et de troupes Son Altesse passant en personne en Angleterre. «

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membres avant seulement de les faire nommer; que cependant son dessein n'est pas de vouloir envahir le trône, ni de forcer les consciences, ainsi que les ennemis de la religion et de la liberté anglicane le voudroient persuader, ne prétendant apporter aucun changement légitime, mais seulement empêcher les suites funestes que les entreprises de Sa Majesté Britannique entraineroient infailliblement; que le dessein du roi paroit manifestement dans l'alliance étroite qu'il a contractée avec Sa Majesté Très Chrétienne, laquelle témoigne assez, dans toutes les occasions, combien elle en veut aux Provinces-Unies, et dont, par conséquent, les moindres démarches doivent être suspectes; que, si on souffre qu'à son exemple Sa Majesté Britannique devienne absolue dans ses États, il n'y aura plus de sûreté pour elles; ainsi, qu'étant de leur intérêt que les choses y demeurent selon les lois fondamentales de l'État, et que la religion anglicane y soit conservée, elles espèrent que Dieu donnera un heureux succès au prince d'Orange. »

De son côté, ce prince publia un manifeste plus étendu, mais le même pour le fond, à la réserve qu'il y révoquoit en doute la naissance légitime du prince de Galles, dont il prétendoit que le Parlement d'Angleterre décidât*.

Ensuite, ce prince prit congé des États-Généraux^,

1. Ce second manifeste, rédigé par Burnet, était intitulé : « Déclarations de Guillaume-Henri, prince d'Orange..., pour justifier qu'il n'est entré en armes dans le royaume d'Angleterre que pour la conservation de la religion protestante et pour le rétablissement des libertés d'Angleterre... »

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