Le roi Jacques, et non le prince de Galles
Rochesler, où il seroit le maître, en attendant qu'il put calmer les esprits.
Le roi ne répliqua rien, et, comprenant ce que cela vouloit dire, il demanda ses carrosses et partit sur-lechamp pour Rochester, étant accompagné des Mylords Arran * et Dumbarton - , et de quelques gardes du prince, qui avoient ordre de le laisser évader. Ce malheureux roi en profita bientôt et s'embarqua une seconde fois pour la France, où il arriva le 6 janvier 1689^. Le Roi lui donna asile, le traita et l'entretint en roi"*.
Le soir du même jour, 28 décembre, que le roi d'Angleterre sortit de Londres, le prince d'Orange y arriva en carrosse, accompagné du maréchal de Schonberg, qui étoit dans le même fond à sa gauche, et alla descendre au palais de Saint-James, où il fut reçu par les corps ecclésiastiques et séculiers avec une grande démonstration de joie, d'estime et de respect^. Quelques heures après, ce prince alla rendre visite à la reine douairière^ et l'assura qu'il feroit ses propres
1. James Hamilton, comte d'Arran (1656-1734), chambellan du roi et lieutenant-colonel de cavalerie, se rallia par la suite à Guillaume d'Orange.
2. Georges Douglas (1636-1692) avait servi en France pendant le protectorat de Cromwell. Créé comte de Dumbarton en 1675, il avait commandé en chef l'armée d'Ecosse en 1685, et passa en France à la suite de Jacques II.
3. Il débarqua le 4 au matin à Ambleteuse, et arriva à Saint- Germain le 7 au soir.
4. Sur la première réception de Jacques II par Louis XIV, voyez le Journal de Dangeau, t. II, p. 292, et les Mémoires de Sourches, t. III, p. 7-8.
5. Il y eut des feux de joie par toute la ville [Gazette, p. 23).
6. Catherine -de Portugal (1638-1705), qui avait épousé Charles II en 1661; elle resta en Angleterre jusqu'en 1093,
intérêts des siens et qu'il prendroit soin de sa personne préférablement à tout autre. Le prince et la princesse de Danemark arrivèrent aussi à Londres et vinrent descendre chez le prince d'Orange. Cette visite se passa en compliments et en beaucoup de témoignages d'une amitié réciproque ' .
Voilà comme est arrivée cette fameuse révolution d'Angleterre, qui ne coûta point de sang, et j'en ai déduit toutes les particularités parce que je les ai crues dignes de remarque, et que je m'imputerois à faute d'avoir omis aucune des circonstances d'un événement si extraordinaire et si mémorable, [duquel chacun a jugé si différemment], et dont la France a senti le contre-coup ; car, aussitôt que le Roi sut positivement que le prince d'Orange passoit en Angleterre, il ne douta point qu'il n'y réussît, et en inféra que, dès que le nouveau gouvernement auroit pris une forme, cette puissance se joindroit à l'Empire, l'Espagne et la Hollande pour lui faire la guerre. Ainsi il résolut de la commencer le premier, afin de pourchasser ses avantages ; [mais on fut étonné qu'il commençât par l'Empire plutôt que par la Hollande, qu'il avoit menacée, et qui avoit causé directement la révolution d'Angleterre au moyen de l'assistance qu'elle avoit donnée au prince d'Orange.]
Mgr le Dauphin vint donc assiéger Philipsbourg à la fin du mois de septembre, avec une armée de plus de trente mille hommes, et prit cette place en peu de jours, malgré les pluies continuelles, parce
et retourna alors en Portugal, où elle exerça la régence pendant la maladie de son frère Pierre II. 1. Gazette, p. 23.
qu'elle fut mal défendue et que le gouverneur ne voulut pas risquer à une mauvaise capitulation l'argent qu'il y avoit amassée A son retour en Allemagne, il fut mis au conseil de guerre, et ne se seroit pas tiré 'd'affaire sans M. de Stahrenberg, qui avoit défendu Vienne^, et dont il portoit le nom. Cet homme eut tant de déplaisir de la honte (lu'il avoit reçue, qu'il se fit tuer la campagne suivante en Hongrie ^ [belle leçon pour apprendre que l'intérêt le plus particulier qu'un honnête homme puisse avoir est son honneur et son devoir].
M. du Bordage, maréchal de camp*, fut tué au siège de Philipsbourg, qui d'ailleurs coûta forCpeu de monde. De là. Monseigneur alla assiéger Heidelberg, Mannheun et Frankenthal. Ces places firent peu ou point de résis-
1. Philipsbourg fut investi le 28 septembre, et la tranchée ouverte le 10 octobre; la place se rendit le 30 (Quincy, Histoire militaire, t. II, p. 121-138; Gazette,^. 515-516, 526-528, 567-570 et 580-581). Les pièces relatives aux préparatifs de l'expédition et au siège lui-même sont dans les volumes Guerre 823-826 et 831-832.
2. Ernest-Rûdiger, comte de Stahrenberg, le défenseur de Vienne (ci-dessus, p. 21), était mort en mai 1687; il s'agit ici de son neveu Guidobaldo, comte de Stahrenberg (1657-1737), qui avait alors un commandement en Hongrie contre les Turcs, et que nous retrouverons par la suite.
3. Ce t'ouverneur était Richard, comte de Stahrenberg, qui était cou'sin germain du comte Guidobaldo; il fut tué, non pas l'année suivante, mais le 19 août 1691, au combat de Salan-
kemen. .
4. René de Montbourcher, marquis du Bordage, venait d être fait maréchal de camp; il fut blessé grièvement le 19 octobre, et mourut quelques heures après. Zélé huguenot, il avait été arrêté en 1686 au moment de passer la frontière, et ne s'était converti qu'après plusieurs mois de prison.
tanceS et Monseigneur retourna en France, après avoir soumis tout le Palatinat [et fait occuper les villes de Worms et de Spire].
D'un autre côté, le marquis de Boufflers, avec un corps séparé, prit Kaiserslautern, Mayence, Kreuznach et tous les petits postes sur le Rhin, excepté le château de Rheinfels^ et Coblenz, qu'il fit bombarder^.
Le maréchal d'Humières, avec un autre petit corps d'armée, se saisit de Trêves, et se rabattit surHuy, où il laissa une bonne garnison, qui fit des courses pendant l'hiver dans la mairie de Bois-le-Duc, appartenant aux Hollandois, et en tira de grosses contributions*.
Année Î689. — [Au commencement de cette année, le Roi fit une promotion de soixante-quinze chevaliers de son Ordre, où plusieurs des principaux officiers généraux furent compris, au grand regret des courtisans qui y prétendoient, et qui avoient accoutumé d'occuper ces places ■'' . Il créa aussi de nouvelles rentes sur l'hôtel-de-ville de Paris, afin de suppléer au peu
1. Dépôt de la guerre, vol. 827, 828 et 832; Histoire militaire, t. Il, p. 138-140.