‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 50 sur 210 · Le couronnement n'eut lieu que le 21 avril [Gazette · texte numérisé non relu

Le couronnement n'eut lieu que le 21 avril [Gazette

^ 3. Richard Talbot, comte puis duc de Tyrconnel (1630-1691), avait longtemps lutté en Irlande contre les troupes de Crom-

des seigneurs du pays, qui y assembla une armée et occupa toutes les villes, à la réserve de quelques châteaux et de la ville de Londonderry, où plusieurs protestants se retirèrent et y tinrent pour le prince d'Orange.

L'Ecosse, qui l'avoit reconnu pour roi, n'étoit pas tranquille. Le roi Jacques y avoit un parti considérable, et le duc de Gordon', qui en étoit le chef, tenoit le château d'Edimbourg, ville capitale, et ne vouloit point reconnoître le prince d'Orange. Toutes ces dispositions donnèrent un rayon d'espérance au roi Jacques, qui écrivit de belles lettres au Pape et aux princes catholiques pour leur demander quelques secours d'argent et leur persuader qu'il se trouvoit détrôné et fugitif de son royaume par son grand amour pour la religion catholique et la propagation de la foi. Le Pape, non plus que les autres, n'en fut point persuadé, et fit répondre sèchement au cardinal d'Esté^, qui lui avoit

well, s'était retiré ensuite en Espagne et avait servi sous Condé en 1656. Gentilhomme de la chambre du duc d'York à la restauration, il fut toujours le champion des Irlandais dans toutes les mesures prises contre eux; nommé vice-roi d'Irlande en 1685, il y organisa la résistance contre les Orangistes, et mourut à Limerick en août 1691, non sans soupçon de poison.

i. Georges Gordon, marquis Huntley, puis duc de Gordon (1643-1716), avait servi en France en 1674; créé duc en 1684, il joua un rôle très important dans les affaires d'Ecosse, mais fit sa soumission à Guillaume d'Orange en 1690, et vécut depuis dans une retraite absolue.

2. Renauld d'Esté (1655-1737), cardinal en 1686, était oncle de la reine femme de Jacques II; il résigna son chapeau en 1694 pour succéder comme duc de Modène à son neveu François II, mort sans enfants, et épousa une Brunswick- Hanovre.

106 ArÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1689

présenté la lettre, que le roi Jacques étoit moins à plaindre dans son malheur, parce qu'il lui étoit arrivé par sa faute à cause de sa liaison trop étroite avec la France, qu'il avoit voulu prendre pour modèle dans la conduite de son État sans considérer que, de tout temps, les Anglois ont pris de grands ombrages des liaisons faites avec cette couronne et les ont condamnées comme des vues qui tendoient à détruire leur liberté et à leur imposer un joug arbitraire' ; mais le plus fort de la réponse (jue le ressentiment du Pape lui laissa échapper étoit qu'il ne feignit pas d'ajouter que les attentats de la France sur l'Allemagne et sur l'Espagne, joints aux démêlés que le saint-siège avoit eus avec elle au sujet des franchises, avoient obligé l'Empereur, les princes de l'Empire et l'Espagne à s'unir avec la Hollande, et occasionné l'entreprise du prince d'Orange sur l'Angleterre. C'étoit bien la vérité; mais il me semble qu'un pape la devoit taire, surtout en un pareil rencontre. Du surplus, il s'excusa de le secourir d'argent en ce que la grande dépense qu'il avoit faite pour la guerre du Turc lui en ôtoit le moyen, et celle qu'il étoit encore obligé de faire pour l'augmentation de ses troupes et la fortification de ses places, excuse beaucoup plus politique que pieuse. La réponse de l'Empereur ne fut pas plus consolante; car, après lui avoir remis devant les yeux les mêmes choses, il s'excusa de lui donner aucune assistance et finit seulement sa lettre en priant Dieu de vouloir conduire le

1. Les Mémoires de Sourches (t. III, p. 497) donnent le texte d'un bref du Pape au roi Jacques, en date du 1" février, conçu en termes vagues, mais point du tout conformes à ce que dit ici notre auteur.

tout pour sa plus grande gloire et lui donner des consolations proportionnées à ses disgrâces.

Campagne d'Irlande. — Le roi Jacques ne laissa pas de passer en Irlande avec les secours de troupes et d'argent que le Roi lui donnai Le prince d'Orange tenta inutilement de s'opposer à son passage, n'ayant pu assez promptement mettre un nombre suffisant de vaisseaux en mer pour empêcher le trajet; et, comme il étoit occupé en Angleterre, dans ce commencement de régne, à établir son gouvernement et à lui donner une forme convenable à ses desseins, il ne put envoyer d'armée en Irlande que dans l'automne, de sorte que le roi Jacques y eut beau jeu et prit Kilmore^; mais il échoua devant Londonderry, qui fut mal attaqué et très bien défendu : ce qui l'obligea de se retirer^.

Le maréchal de Schonberg arriva en Irlande sur ces entrefaites, avec l'armée du prince d'Orange, qui y débarqua sans aucun empêchement^. Il s'empara d'abord de Coleraine, piit Carrickfergus et plusieurs petits postes^, et se rendit maitre de tout le nord de l'Irlande, où il fit hiverner ses troupes.

Le roi Jacques ne fut pas plus heureux du côté d'Ecosse ; car le château d'Edimbourg fut assiégé par les troupes du prince d'Orange et rendu par le duc de

1. Il s'embarqua à Brest le 7 mars et débarqua à Kingsale le 22.

2. Ce château du nord de l'Irlande, à peu de distance de Londonderry, fut enlevé dans les derniers jours d'avril.

3. Histoire militaire, p. 233-234; Gazette, p. 265-266, 286- 287, 299, 339, 350, etc.

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