Le 22 mai [Gazette, p. 328 et
2 John Graham, vicomte Dundee (1649-1689), avait d'abord servi sous le prince d'Orange et combattu avec lui à Seneffc (1674); il avait eu une lieutenance dans les gardes du duc d'York en 1678, mais se consacra surtout à la défense des libertés écossaises.
3. Le vicomte se maintint pendant longtemps dans les montagnes, où il faisait une guerre de partisans; il fut tué le 6 août dans un combat contre le général Mackay (Gazette, p. 340, .343, 408, 421, 429).
et presque ruiné quatre électorats de l'Empire, afin d'en ôter la commodité à leurs ennemis'. Cette conduite attira tous les princes d'Allemagne dans le parti de l'Empereur, si bien qu'il eut le moyen d'envoyer une grosse armée sur le Rhin, quoique le traité de paix qui se ménageoit entre lui et le Turc eût été rompu sur la nouvelle que ce dernier reçut de la rupture entre les François et l'Empire.
Cette armée étoit composée de trente mille hommes des troupes impériales, de dix mille Saxons, [d'autant de Hessiens], et de vingt-quatre mille hommes des troupes tant de l'électeur de Bavière que des Cercles, le tout sous le commandement de M. de Lorraine. Outre tous ces armements, l'électeur de Brandebourg se mit en campagne vers le Bas-Rhin avec une armée de vingt mille hommes ; mais, avant que ces forces fussent assemblées, on eut le temps de pourvoir à Bonn et Kayserswert, et le maréchal de Duras entra dans le Palatinat avec une armée de près de quarante mille hommes, d'où il chassa quelques troupes de Bavière et des Cercles qui avoient voulu établir des postes dans les masures des places du Palatinat. Le brùlement recommença, et dura jusques à ce que les Impériaux se fussent mis en campagne-. Leur armée, s'étant assemblée aux environs de Francfort, marcha droit au
1. C'est pendant l'hiver de 1688 et le printemps de l'année suivante qu'eurent lieu les incendies du Palatinat. Spire ne fut détruite qu'en mai 1689 par le maréchal de Duras. Les correspondances relatives à ces exécutions se trouvent dans les volumes 829, 871 et 873-876 du Dépôt de la guerre.
2. Voyez les correspondances des volumes Guerre 877 et 878. Les 17 et 22 juin 1689, l'intendant de la Fond raconte la destruction de Worms, Spire et Oppenheim (vol. 877) j dans le
Rhin, sur lequel elle jeta des pouls, et investit Mayencc le 17 juillet'.
Siège de Maycnce par les Impériaux. — Le marquis d'Huxelles^ lieutenant général, homme fort à la mode dans ce temps-là et favori du ministre^ commandoit dans la place et y avoit ajouté, pour la rendre moins mauvaise, tous les ouvrages de fortification que le temps et la situation du terrain avoient pu permettre \ 11 avoit dix à douze mille hommes, choisis entre la meilleure infanterie du royaume, et plusieurs officiers majors, créatures de M. de Louvois, pour agir sous ses ordres. Il ne manquoit dans la place ni vivres ni ar-^ent, il y avoit beaucoup de canons et de munitions de guerre; mais la quantité de poudre n'y étoit pas tout à fait proportionnée ; [mais le ministre ne le voulut pas; je le sais de M. de la Frezelière, qui avoit eu ordre de lui de munir cette place, et qui lui proposa
volume 884, les pièces 4, 39 et 71 bis sont relatives à l'incendie de Baden, d'Hildesheim et des villages environnants.
1. L'armée impériale se dirigea vers le Rhin; mais, pendant plus de trois semaines, ses mouvements incertains, et parfois contradictoires, firent douter des intentions de M. de Lorraine (vol. Guerre 877, lettres de MM. d'Huxelles, de Duras, de Chamlay, etc., 20, 23 et 25 juin, 7 et 8 juillet). Le 22 et le 24 juillet, le maréchal de Duras annonça l'investissement de la
place. ^ . ,.
2 Nicolas de Laye du Blé (1652-1730) avait été fait lieutenant général dans la promotion de 1688; il devint maréchal de France en 1703.
3. Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. XI, p. 36-45 : « 11 devint l'homme de M. de Louvois, à qui il rendoit compte, et qui le mena vite. »
4. Voyez ses lettres des premiers jours de juin dans le volume Guerre 877.
1689] MÉMOIRES DE SAIXT-HILAIRE. Ml
d'y en envoyer davantage, quand on en avoit tout le temps ^].
Les Impériaux ouvrirent la tranchée le 22 juillet^; toutes les approches leur furent disputées dans les règles de l'art, et avec toute la valeur et la vigilance possible. Le feu du canon et de la niousqueterie de la ville, qui ne cessoit de tirer jour et nuit, leur causa grand dommage et leur tua bien du monde. Malgré ces obstacles, les tranchées se trouvèrent presque assez avancées, le 6 septembre, pour attaquer les dehors de la place, qui faisoient sa principale défense. Les ennemis sortirent de toutes parts de leurs lignes parallèles et vinrent en plein jour attaquer le chemin couvert avec tant d'acharnement, que presque toute leur infanterie, soutenue d'un corps de cavalerie, y combattit pendant plus de trois heures ; mais les François soutinrent cet assaut avec tant de science et de valeur, qu'ils conservèrent leur terrain, et que les Impériaux furent obligés de se retirer après avoir fait seulement deux logements sur le glacis. La perte fut grande de part et d'autre, mais incomparablement plus du côté des Impériaux, qui perdirent aussi plusieurs officiers généraux^.
1. Saint-Hilaire va renouveler ci-après, p. 113, en les précisant, ces accusations contre Louvois.
2. Guerre, vol. 877, 24, 29 et 31 juillet. — Toutes les minutes de Louvois relatives au siège de Mayence sont dans le volume Guerre 886, et celles qui lui furent adressées dans les volumes 877, 883 et 885 ; il y a un journal du siège dans le Mercure de novembre, et les correspondances de la Gazette (p. 380- 482) sont aussi à consulter, ainsi que VHistoire militaire par Quincy, t. II, p. 174-204.