C'est le 6 septembre qu'eut lieu cette attaque; le récit
Cependant M. de Duras avoit reçu ordre de repasser le Rhin et de marcher à M. de Lorraine pour le combattre et le forcer de lever le siégea II fit savoir au marquis d'Huxelles le jour qu'il comptoit arriver en présence des Impériaux (cette circonstance est précise). Ainsi, on avoit lieu d'espérer que Mayence seroit secourue, et on en attendit l'événement, quand on apprit que le marquis d'Huxelles avoit capitulé ^ sans avoir soutenu une seconde attaque, ni attendu ce que teroit l'armée, qui n'étoit plus qu'à deux marches des Impériaux^.
Cette nouvelle surprit tout le monde, et les excuses du marquis d'Huxelles furent mal reçues ^ Il eut beau dire, pour sa justification, qu'il lui avoit été impossible
s'en trouve dans une lettre de M. du Plessis à Louvois (vol. Guerre 884, n" 22) et dans une autre lettre envoyée de Strasbourg (n» 54) ; à la première est joint un état des officiers allemands tués et blessés (n"> 23).
1. Le Roi et Louvois avaient décidé cette manœuvre malgré les objections présentées par Chamlay (longue lettre du 4 septembre, vol. Guerre 884, n" 13), et aussi par le maréchal de Duras (n« 14) ; le 12 septembre, alors qu'on ignorait encore à Versailles la reddition de la place, le Roi écrivait au maréchal de hâter sa marche (n° 56).
2. La place capitula le 8 septembre; sur les trois derniers jours du siège et la reddition de la ville, on peut voir les relations et lettres du volume 884 du Dépôt de la guerre, n°' 30, 36, 37, 46, 47, 49, 55, 70, 109 et 110; le n° 40 est un état nominatif des officiers de la garnison tués et blessés pendant le siège.
3. M. de Duras était parvenu à Stolhofen; quand il apprit la capitulation, il écrivit au Roi qu'il ramenait ses troupes en arrière (ibidem, n" 49).
4. C'est M. de Barbezières que le marquis d'Huxelles envoya pour porter au Roi la capitulation [Dangeau, t. Il, p. 472).
de tenir plus longtemps, parce que l'assaut qu'il avoit soutenu avoit tant consommé de poudre, que, bien loin d'en avoir pour résister à un second qu'il attendoit d'un moment à l'autre, à peine lui en restoit-il assez pour capituler; il ajoutoit que presque tous les mousquets de son infanterie avoient crevé à cause du grand feu qu'elle avoit fait, ou à cause de leur mauvaise qualité*. Les plus clairvoyants ne donnèrent point là-dedans, et disoient que le marquis d'Huxelles avoit prouvé en ce siège qu'il savoit également commander et obéir : l'un, parce qu'il avoit défendu sa place dans toutes les règles de la science militaire ; et l'autre, parce qu'il l'avoit rendue dans le temps limité par le ministre, qui craignoit sa chute, et avoit besoin d'un mauvais événement pour se rendre plus nécessaire et rattraper tout son crédit^.
1. Dangeau dit, le 14 septembre : « M. de Duras avoit envoyé un cuirassier dans Mayence pour avertir M. d'Huxelles qu'il avoit ordre du Roi de le secourir. Le cuirassier est entré et ressorti, et a rapporté un billet de M. d'Huxelles, qui lui mande qu'il a été obligé de capituler parce qu'il n'avoit plus de poudre et que tous les mousquets étoient crevés. » Voici le billet de M. d'Huxelles au maréchal (vol. Guerre 884, 8 septembre) : « L'homme qui m'a rendu vos lettres du 2 et du 3 sur le même papier est venu trop tard; car, n'ayant reçu aucune lettre de la cour ni des vôtres de tout le siège, et ne me restant plus de poudre et de mousquets que ce qu'il m'en falloit pour disputer une capitulation, j'avois envoyé des otages à l'armée ennemie, et j'en avois reçu des leurs, quand il est arrivé. J'ai cru même que, ne me restant pas assez de munitions pour attendre le temps que vous me marquez, je ne devois faire nul incident à la capitulation qui étoit proposée. Je sortirai dimanche matin d'ici avec toute la garnison, pour aller à Landau, où j'arriverai le vendredi ou samedi suivant. Huxelles. n
2. Saint-Hilaire se rencontre ici avec Saint-Simon (Mémoires,
Pendant le siège de Mayence, l'électeur de Brandebourg avoit pris Kay serswert <, et de là étoit venu devant Bonn, oùcommandoitM. d'Asfeld, maréchal de camp^, cjui avoit une garnison de six à sept mille hommes ^ L'Électeur, ne se sentant pas assez fort pour emporter la place de vive force, la fit bombarder furieusement et convertir le siège en blocus''. Il se donna plusieurs petits combats entre ses troupes et la garnison, qui faisoit de fréquentes sorties, en l'une desquelles l'Electeur courut risque de la vie ou d'être fait prisonnier; mais, dès que Mayence fut rendue, M. de Lorraine lui envoya un renfort de troupes^ avec lesquelles il com-
éd Boislisle, t. X, p. 348, 430 et 594-597), et il est certain que ce fut alors une opinion assez courante. Camille Roussel a essayé de la réfuter [Histoire de Louvois, t. IV, p. 256-257 et 384-387). 1. Quincy, Histoire militaire,^. 157; vol. Guerre 889, n"' 139, 151, 156 et 158. La tranchée fut ouverte le 19 juin, et la ville se rendit le 25; le commissaire Broichot accusa M. Marcognet, qui y commandait, de s'être mal défendu (sa lettre au ministre,
2 M. d'Asfeld avait été créé maréchal de camp dans la promotion de l'année précédente; nous allons le voir mourir à la lin du siège : ci-contre, p. 115.
3 Vol. Guerre 889, n" 8, demande de munitions par M. d Asfeld; n° 28, rapport de l'ingénieur Lalande sur l'état des fortifications. , ^ , ,
4 La place fut investie le 20 juillet, et M. de Brandebourg, après l'avoir fait bombarder pendant trente-six heures les 24 et 25 juillet, essaya ensuite de la réduire par la famine; le 12 septembre, la tranchée n'était pas encore ouverte (vol. Guerre 884 n" 67). Les correspondances relatives au siège sont dans les volumes Guerre 877, 884, 886, et surtout 889, n" 168, 171-190, 193-206, 211-217.
5. Le duc de Lorraine y vint en personne (vol. Guerre »S1, II»' 100-102).
mença le siège dans les règles et prit la placée qui fut vaillamment défendue par la garnison et par M. d'Asfeld, qui y fut tué^. Par le moyen de cette prise, les François furent totalement expulsés de l'électorat de Cologne, dont le prince Clément de Bavière devint entièrement le maître.
Le marquis de Boufflers, qui commandoit une petite armée sur la Moselle, haiTcla de tout son pouvoir celle de l'électeur de Brandebourg pendant qu'elle fut devant Bonn, et passa au fil del'épée cinq ou six cents hommes qu'il avoit jetés dans la petite ville de Kochem^.
Campagne de Flandres. — La campagne de Flandres
1. La tranchée fut ouverte le 24 septembre, la contrescarpe emportée le 9 octobre, et la ville capitula le 10 (vol. 884, n°' 140, 141, 156-160, 169, 180). La copie de la capitulation est dans le volume 889, n" 209; après le départ de la garnison, les malades et les blessés restés dans la ville furent indignement traités par les Allemands (vol. 889, n°231 bis, lettre de quatre capitaines blessés à M. de Louvois).
2. Blessé dangereusement le 9 octobre, il mourut dix jours plus tard. Le sieur Proust écrivait à Louvois le 21 octobre (vol. 884, n° 163) : « M. d'Asfeld arriva le 18 au soir à Aix-la- Chapelle, avec une escoi-te de quinze cavaliers et un lieutenant. Il se portoit assez bien de sa blessure; mais, ayant été surpris de convulsions la même nuit, il est mort le lendemain, à dix heures du matin. Sa blessure étoit fort grande, dans le gros de la cuisse, au-dessous de la hanche; il a été mal pansé. » Le marquis de Boufflers lui rendit ce témoignage (vol. 889, n° 225) : « La perte de M. d'Asfeld est très grande; c'étoit un sujet de beaucoup de mérite et de distinction. Les deux frères, qui sont dans les dragons, sont fort dignes des grâces et des bontés du Roi. »
3. Vol. Guerre 883 et 884, lettres de Boufflers; un état des prisonniers fait à Kochem est dans le volume 884, n''26. Cette petite place, sur la Moselle, entre Trêves et Coblenz, fut emportée le 26 août (Histoire militaire, p. 206-209).
ne fut pas plus favorable à la France. Le prince de f
Vaudémont, mestre de camp général des Espagnols, força les lignes d'Espierres et tira de grosses contributions du Tournaisis et de la cbàtellenie de Lille. Le maréchal d'Humières, qui commandoit l'armée de France, fit une tentative sur celle de Hollande, qui ne lui réussit pas. Ces deux armées, à peu près d'égale force, après divers mouvements, se trouvèrent campées assez près l'une de l'autre en deçà de la Sambre, séparées toutefois par la petite rivière d'Heuse. Un jour que les Hollandois étoient au fourrage, le maréchal d'Humières voulut les inquiéter et fit pousser les fourrageurs fort vivement : ce qui donna l'alarme au camp ennemi, d'où plusieurs troupes s'ébranlèrent pour favoriser la retraite de leurs gens qui étoient poursuivis. Les généraux ennemis jetèrent de l'infanterie dans la petite ville de Walcourt\ et l'on vint dire au maréchal d'Humières qu'il seroit aisé de l'y forcera Un gentilhomme du pays, qui se trouva présent, assura qu'il y avoit plusieurs brèches aux murailles de cette place. Le crédule maréchal, sans la faire reconnoître davantage et sans penser que les ennemis tenoient, au moyen de leur armée qui étoit en bataille, une communication avec Walcourt qu'il ne pouvoit leur ôter, ni même leur donner un combat général, à cause des