Sur la Sambre, dans la province actuelle de Namur
2. Sur la malheureuse affaire de ^\ alcourt (25 août 1689), on peut voir les lettres du maréchal d'Humières et de l'intendant Du-'ué de Bagnols, avec un état nominatif des officiers tués et blessés (vol. Guerre 888, n- 38 et 194), et celles de MM. de Villars d'Artagnan et d'Escures (vol. Guerre 891, n°' 44, 81 et 222); \' Histoire militaire, p. 160-165; la Gazette, p. 433-434; V Histoire de Lowois, t. IV, p. 218-220, etc.
grands défilés qui séparoient les deux armées et du poste avantageux que celle des ennemis occupoit, fit marcher ses meilleurs corps d'infanterie droit à cette ville. Les généraux hollandois y jetèrent de nouvelles troupes, qu'ils rafraîchirent tant qu'ils voulurent, et le combat devint fort inégal ; car ceux-ci faisoient un très grand feu à couvert des murailles, tandis que les François s'en approchoient à découvert, et qu'ils étoient encore battus par le canon de l'armée ennemie. Cela ne les empêcha pas d'arriver au pied des murailles ; mais ils les trouvèrent hautes, bonnes, et sans aucune des brèches qu'on leur avoit promis. Ils essuyèrent pendant plus d'une grosse heure, dans cette situation, le grand feu de l'ennemi, sans lui pouvoir faire aucun mal. Enfin, tout bien considéré, le maréchal fut contraint de laisser les Hollandois dans Walcourt et de se retirer dans son camp de Bossut, après avoir perdu quantité de bons officiers et des soldats, notamment du régiment des gardes et de celui de Champagne^. Le bailli Colbert, qui en étoit colonel, fut tué-, ainsi que le marquis de Saint-Gelais, maréchal de camp de jour^. [Cet exemple doit apprendre aux généraux qu'il
1. Les gardes françaises eurent sept officiers tués et dix-neuf blessés, Cliampagne quatre tués et dix-sept blessés; il y eut en tout cent cinquante tués et deux cent quatre-vingt-quatre blessés (vol. Guerre 888, n" 205, et 891, n" 82 bis).
2. Antoine-Martin, dit le bailli Colbert, commandeur de Boncourt, avait le grade de brigadier depuis l'année précédente; blessé le 25 août, il mourut le 2 septembre. C'était le quatrième fils du ministre.
3. Charles de Lusignan, marquis de Saint-Gelais, était maréchal de camp depuis l'année précédente; il se trouvait auprès du maréchal d'Humières, lorsqu un boulet de canon le renversa.
ne faut se fier au rapport d'autrui qu'après l'avoir bien examiné soi-même.]
Les ennemis décampèrent quelques jours après cette action, pour aller repasser la Sambre à Charleroy et se poster le long de cette rivière, leur centre vis-à-vis la petite ville de Chàtelet. Le maréchal d'Humières vint camper au village de Gerpinnes, qui n'est qu'à deux lieues de là. Il lui prit envie d'aller canonner les Hollandois dans leur camp. Il fit marcher son armée, et la mit en bataille vis-à-vis du camp de l'ennemi, sur les hauteurs qui bordent la Sambre. Son artillerie fut pos-^ tée avantageusement; mais les ennemis, avertis de son dessein, s'étoient précautionnés et avoient disposé leur artillerie de manière que la canonnade du maréchal ne réussit pas et que ses troupes reçurent plus de dommage qu'il n'en put causer à l'ennemi Ml revmt le soir du même jour dans son camp de Gerpinnes, et, comme la saison étoit déjà avancée, les armées n'entreprirent plus rien et ne cherchèrent qu'à subsister commodément en attendant le temps d'entrer en quartiers d'hiver.
Campagne de Catalogne. — Le Roi eut aussi cette année une petite armée en Catalogne, sous le duc de Noailles, gouverneur de Roussillon. Ce général prit
1. Vol. Guerre 888, n<" 47 et 48, lettres du maréchal d'Humières; vol. 891, n" 227, lettre de M. d'Escures, et, n" 305, lettre intéressante de M. du Metz, lieutenant de l'artillerie : il y eut douze cents coups de canons tirés; on consomma 6 100 livres de poudre, près de 1,200 boulets de divers calibres, 200 livres de plomb, 300 livres de mèche; de plus, une pièce de quatre creva et six affûts furent détériorés. Le maréchal annonça seulement trois tués et une dizaine de blessés.
Campredon * et quelques autres postes au commencement de la campagne; mais les Espagnols, étant accourus avec des forces supérieures, le contraignirent de se retirer en Roussillon et de leur abandonner ses petites conquêtes^.
I Le pape Innocent XI mourut à Rome au mois d'août^, et Sa Majesté perdit en sa personne un implacable ennemi. Il est vrai qu'on ne le ménagea guère; mais aussi, quoique père commun, il poussa sa partialité bien loin. A cela près, il eut toutes les qualités convenables à son caractère, ce qui fut cause que les Romains ne l'aimèrent guère durant sa vie, et le voulurent béatifier après sa mort, lui attribuant plusieurs miracles, que je ne prétends pas contester*. Au moins est-il certain qu'il en fit un bien avéré, qui est celui de se faire regretter par les protestants.]
L'hiver ayant mis fin aux actions militaires, on songea de part et d'autre à se mettre en état de faire de grands efforts la campagne suivante. La France mit sur pied quantité de nouvelles troupes, afin d'agir à l'offensive, et l'Empereur, ayant perdu une bataille en Servie, pendant l'hiver, contre le Turc^, tâcha inuti-