Le 16 août (Histoire militaire, p
avoient fait relever les quais de leurs rivières et construire de distance en distance, principalement le long de la Sambre, de petits forts qui se donnoient la main les uns aux autres, et qui étoient soutenus par les garnisons de leurs places. Malgré ce bon ordre, M. de Watteville, maréchal de camp\ très brave et galant homme, eut ordre de faire contribuer le comté de Namur. Il se mit en chemin avec un assez gros détachement de cavalerie et d'infanterie, avec lequel il passa la Sambre et emporta la redoute de Floreffe-; puis, s 'étendant un peu dans le pays, il fit mettre le feu à quelques maisons; mais le prince de Barbançon, gouverneur de Namur ^, en étant averti, fit tirer trois coups de canon pour avertir les garnisons voisines, et en même temps envoya un gros détachement de la sienne sous le bai'on de Bressey, sergent-major de bataille*, pour s'opposer aux François. Cet officier, qui étoit fort entendu et connoissoit parfaitement le pays, s'avança vers Floreffe à dessein de couper M. de Watteville et lui ôter le passage de Floreffe, jugeant bien qu'il n'oseroit percer plus avant dans un pays où il
1. Louis du Fossé de la Motte, comte de Watteville, devint lieutenant général en 1693.
2. Sur la rive droite de la Sambre, à quelques kilomètres ouest-sud-ouest de Namur.
3. Octave-Ignace de Ligne-Arenberg, prince de Barbançon (1640-1693), était mestre de camp général des troupes espagnoles aux Pays-Bas; il avait le gouvernement de Namur depuis 1674; il sera tué à Nerwinde.
4. Claude de Bressey de Belfrey, comte de Bressey, était ingénieur au service de l'Espagne; il passa à. celui de France en 1691, obtint presque aussitôt le grade de maréchal de camp (1693), devint lieutenant général en 1696, et mourut en février
étoit découvert et où il pouvoit être accablé d'une heure à l'autre par les garnisons voisines. En effet, M. de Watteville commença à faire retraite quand il apperçut les troupes du baron de Bressey, qui chargea vigoureusement son arrière-garde, la mit en désordre et, continuant à pousser son avantage, fit repasser fort brusquement la rivière à M. de Watteville et à son détachements [qui y perdit quelques officiers et soldats tués^ et, outre cela, plusieurs prisonniers, parmi lesquels étoient le sieur de Cerisy, lieutenant-colonel du régiment de Condé, qui fut aussi fort blessé, deux capitaines de cavalerie et quelques subalternes].
La saison de commencer la campagne étant arrivée, le maréchal-duc de Luxembourg, qui eut le commandement de la principale armée, assembla ses troupes à Leuze, dans le voisinage d'Ath; leur nombre étoit d'environ trente mille hommes. Quelques jours après, il alla passer l'Escaut au village de Pottes et fut camper à Deynze sur la Lys : ce qui obligea les troupes espagnoles, qui s'assembloient pour se joindre aux HoUandois, de changer de dessein et de se venir poster derrière le canal de Bruges, [aux environs de Gand, afin de couvrir cette partie de leur pays, sur laquelle ils crurent qu'on avoit quelque dessein]. M. de Luxembourg, qui avoit de toutes autres vues, décampa de Deynze dès qu'il apprit que l'armée hoUandoise, sous M. de Waldeck, s'ébranloit pour commencer la cam-
1. Lettres de MM. de Watteville, de Gournay, de Vignau et du Rozcl, 6 et 7 avril, dans le volume Guerre 946, n"^ 22, 27, 29, 176 et 170.
2. M. de Langallerie, lieutenant-colonel des dragons du Dauphin, se noya, et M. de Barrière, capitaine au régiment de Normandie, fut tué.
pagne, et résolut de la combattre à quelque prix que ce fût, avant que les troupes espagnoles et les autres qui leur dévoient encore venir l'eussent pu joindre. Il laissa donc huit ou dix mille hommes au maréchal d'Humières pour couvrir la Flandre Françoise et amuser les Espagnols du côté de la Lys et du canal de Bruges, et, avec tout le reste de ses troupes, il vint camper au village de Gerpinnes, où presque toutes les troupes et l'artillerie de l'armée du marquis de Boufflers, qui étoit dans le Luxembourg, le joignirent dès le même soir*.
L'armée se mit en marche et arriva le lendemain matin sur les bords de la Sambre, vis-à-vis du château de Froidmont", qui étoit au delà, et que les ennemis gardoient avec cent dragons. Les gués de la rivière, dont les bords sont élevés, étoient rompus, difficiles et défendus par des redoutes de terre gardées par des détachements d'infanterie de la garnison de Namur et par quelques paysans armés. Les grenadiers de l'armée, qui avoient marché à la tète avec deux régiments de dragons, se mirent d'abord à escarmoucher vigoureusement contre ceux qui tenoient les redoutes ; se jetant ensuite dans la rivière, ils la passèrent et les leur firent abandonner. La tête de l'armée arrivant alors avec les pontons de cuivre, on les lança à l'eau pour former incessamment des ponts, et en même temps on raccommoda les gués autant qu'il fut possible, et on fit passer deux brigades de cavalerie pour tenir les hauteurs au delà et couvrir le passage. Ensuite on