Vol. Guerre 942, n
furent repoussés jusqu'à la ligne de son armée, dont M. de Luxembourg, qui se trouva là, eut le temps de considérer la situation ; mais, comme on étoit au déclin du jour, et que son infanterie n'avoit pu suivre, il ramena sa cavalerie à Velaine, où toute son armée campa cette nuit.
Bataille de Fleur us. — Le lendemain, dès le point du jour, l'armée marcha droit à Fleurus, et, quand on fut à la vue de l'ennemi, la tête de l'armée fit une petite halte, et la ligne se forma, tirant sur la droite, la gauche laissant le bourg de Fleurus devant elle. Pendant ce temps-là, M. de Luxembourg considéroit attentivement la situation de l'ennemi, et, quand il l'eut bien remarquée, il aima mieux suivre le dessein périlleux de prendre ses derrières avec sa droite que de l'attaquer par son front; je vais en donner l'intelligence ' .
La plaine de Fleurus peut avoir en tous sens environ trois quarts de lieue de travers. Les ennemis y couvrirent leur droite d'un petit ruisseau et l'ap-
1. Saint-Hilaire était à Fleurus, et il y commandait en second l'artillerie; c'est donc en témoin oculaire qu'il va parler. On peut comparer à son récit ceux de la Gazette, p. 313-314, 343- 347 et 349-360, du marquis de Quincy, Histoire militaire, t. II, p. 250-268, des Mémoires de Sourc/ics, t. III, p. 498-506, des Mémoires de Feuquière, t. III, p. 262-267, du comte de Ségur, le Tapissier de Notre-Dame, p. 177-201, la relation du volume supplémentaire du Mercure de juillet, par Donneau de Vizé, qui fut aussi imprimée à part. Les correspondances et relations manuscrites sont dans les volumes Guerre 942 et 952-954; les lettres du maréchal de Luxembourg des 3, 5 et 7 juillet (vol. 942, n"' 82, 88 et 91) et une de Guiscard, du 7 (vol. 952, n» 36), sont les plus intéressantes ; il y a un plan de la bataille en tête du volume 942 et dans l'ouvrage de Quincy.
puyèrent au village d'IIeppigniesi et à quelques bois qui sont du côté du midi, et leur gauche au château de Saint-Amand2, qu'ils laissèrent un peu devant eux. Tout ce front étoit couvert, savoir : la droite et une partie du centre, par un ruisseau qui dérive du bourg de Fleurus et dont les bords sont élevés et peu accessibles; il va se décharger dans la Sambre près le château de Froidmont, après s'être fort écarté dans la campagne. La droite des ennemis étoit aussi couverte devant leur flanc d'une prairie molle qui joignoit d'un côté le village d'Heppignies et de l'autre approchoit le bourg de Fleurus, que les ennemis n'occupèrent pas. Du côté de leur gauche, il y avoit un autre ruisseau tjui prend sa source près du château de Saint-Amand et tombe dans celui de Fleurus, sous le feu du mousquet des ennemis. Les rives en étoient aussi fort difficiles et se trouvoient bordées de leur côté par de bonnes haies, des jardinages, quelques maisons, et le château de Saint-Amand, qui fermoit la gauche. Les ennemis avoient posté beaucoup d'infanterie dans ce dernier front et le protégeoient de leurs lignes et de leur canon.
M. de Luxembourg, ayant pris son parti, laissa la gauche de l'armée sous M. de Gournay^ vis-à-vis de Fleurus, en deçà du ruisseau, afin qu'elle fût plus en sûreté pendant le mouvement qu'il vouloit faire et