Non pas un détroit, mais un cap; en anglais, Beachyhead
cinq vaisseaux. Cette bataille se donna le 10 juillet, et les Holiandois y montrèrent toute l'ardeur possible'. Il n'en fut pas de même des Anglois, qui les secondèrent mal et prirent le large. Sur les plaintes que les Holiandois en firent, l'amiral anglois, à son retour, fut mis au conseil de guerre, et plusieurs officiers destitués, étant tous soupçonnés de lâcheté ou d'intelligence avec le roi Jacques.
M. de Tourville n'ayant eu affaire que contre les Holiandois, il les rompit, et se rendit le maitre de la mer. Il longea les côtes d'Angleterre, et y fit une descente qui eut peu de succès par le bon ordre qu'avoit apporté la princesse d'Orange, régente en ce royaume dans l'absence de son mari 2. Ainsi il fallut se rembarquer, après avoir seulement mis le feu à quelques villages le long de la côte, et brûlé des cabanes de pêcheurs^.
Après cette expédition, l'armée de France revint dans ses ports, et M. de Tourville, qui avoit battu les ennemis, ne laissa pas de tomber en une espèce de disgrâce, parce qu'il fut accusé par un de ses principaux officiers, qui tenoit fort à la cour, de n'avoir pas assez poussé sa victoire. Cependant il s'en justifia; car il a encore commandé les armées depuis*.
1 Histoire militaire, p. 327-330; Gazette, p. 370-371. 11 y a des relations et des lettres, ainsi que des états des vaisseaux engagés, dans le registre B< 12 des archives de la Marine.
2. C'est le 1" et le 2 août que se fit ce débarquement, dans les environs de Torbay [Histoire militaire, p. 334-336).
3. 11 put néanmoins brûler douze bâtiments dans le port de Tvnemouth [Gazette, p. 416).
4 Mémoires de Sourches, t. III, p. 297 : « On disoit que le Roi avoit trouvé mauvais que M. de Tourville fût si tôt sorti de la Manche; qu'il lui en avoit fait savoir son mécontentement, et
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Campagne d'Irlande. — Quand le prince d'Orange fut arrivé en Irlande avec de nouvelles troupes', il trouva que le maréchal de Schônberg lui avoit bien aplani des difficultés : il avoit pris plusieurs places sur les gens du i^oi Jacques, et entr'autres celle de Charleinont^, qu'il avoit tenue bloquée pendant l'hiver afin de la réduire par famine, étant bien informé qu'elle manqueroit de vivres; et, d'ailleurs, il lui étoit impossible de l'attaquer de vive force, parce qu'il n'avoit point d'artillerie ^ Pendant le blocus, les Irlandois firent tous leurs efforts pour introduire un convoi de vivres dans cette place, et s'y avancèrent en nombre suffisant, à dessein de forcer un passage pour l'y jeter; mais le maréchal de Schônberg, bien informé que ce convoi n'étoit pas abondant en vivres, par une ruse singulière le laissa entrer dans la ville sans aucun empêchement. Quand le convoi eut été déchargé, et que les voitures et l'escorte voulurent s'en retourner, ils trouvèrent tous les passages si bien fermés et si garnis de troupes, qu'il leur fut absolument impossible (le passer outre ; ils se virent contraints de rentrer dans la ville, où ils causèrent bientôt la famine "*, et l'obli-
qu'il s'étoit défendu sur l'impossibilité où il s'étoit trouvé de tenir la mer, ayant quatre mille malades sur sa flotte. »
1. Le prince de Danemark débarqua à Carricli;fergus, dans le comté d'Antrim, le 21 juin 1690, et le roi Guillaume le 24.