M. de Boisseleau
n'entendoit pas la langue, n'obéît à regret à un étranger et ne fît mille cabales pour l'obliger à se rendre, dès qu'il voudroit tirer la défense en longueur et la faire servir de ressource à son parti presque abattu. Cependant ce galant homme se résolut de surmonter ces grandes difficultés par son courage et son habileté, et répondit à la sommation du prince d'Orange que ce seroit lui donner mauvaise opinion de lui, s'il remettoit ainsi une place qui lui avoit été confiée, et que, conmie il ne doutoit pas de sa générosité, il prétendoit mériter l'honneur de son estime en la disputant jusque à la dernière extrémité.
Après cette sage réponse, le prince d'Orange fit conmiencer ses attaques pour emporter la place d'emblée; mais il y trouva tant de résistance, et y perdit tant de monde, qu'il changea ce dessein, et jugea plus convenable de la réduire dans les formes. Pour cela, il envoya chercher de la grosse artillerie, et le bonheur voulut que le commandant d'Inniskillino-i pour le roi Jacques se mit en campagne et tomba sur l'escorte du convoi, qu'il défit; et s'en étant rendu maître, il fit crever tout le canon et sauter les poudres 2. Cet événement fit perdre bien du temps au prince d'Orange, qui fut obligé de faire venir un autre convoi, et les pluies qui survinrent en l'attendant rendirent son entreprise plus difficile. Cependant il ne se rebuta pas encore, et battit vigoureusement la place, à laquelle on donna plusieurs assauts, que la valeur et