‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 80 sur 210 · Le comte de Schônberg · texte numérisé non relu

Le comte de Schônberg

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tant, étant dans un désordre et une confusion inexprimable. Cependant elle ne fut point poursuivie, et l'on en attribua la cause à la mort du maréchal de Schonberg, et à un coup de canon qui emporta la genouillère de la botte du prince d'Orange et lui fit une grande contusion. L'armée angloise, dépourvue de ses chefs, demeura dans l'inaction près d'un mois, au lieu de poursuivre sa pointe. Le roi Jacques crut son malheur si grand et si irréparable, qu'il abandonna l'Irlande et repassa en France, où le faux bruit de la mort du prince d'Orange se répandit bientôt, et avec tant de démonstrations de la joie des peuples S [que l'on en doit conclure que ce prince étoit fort redouté ou haï, ou bien qu'ils croyoient que cette mort produiroit une bonne paix, au moyen de laquelle ils seroient déchargés de tant de contributions publiques et extraordinaires].

Mais le prince d'Orange donna bientôt des signes de vie : il commença par se saisir de la ville de Drogheda, où le roi Jacques avoit ses magasins, et, ayant su qu'il avoit abandonné l'Irlande, il envoya deux détachements de son armée, dont l'un se saisit de Dublin, capitale du royaume, et l'autre des villes de Waterford et de Dungannon^. Sur ce qui lui fut rapporté que les comtes de Lauzun et de Tyrconnel avoient ramassé les débris de leur armée derrière la rivière de Limerick, il rassembla toute la sienne et marcha à eux. 11 y eut une légère escarmouche sur le bord de cette

1. Mémoires de Sourches, t. III, p. 273-274, avec de très curieux détails sur ces réjouissances spontanées; Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. X, p. 494-498.

2. Waterford, dans le sud de l'île, province de Munster; Dungannon, dans l'Ulster.

rivières et, le prince d'Orange se mettant en état de la passer, MM. de Lauzun et de Tyrconnel jugèrent à propos de se séparer et de se retirer, le premier avec les troupes françoiscs du côté de Gallway^, et l'autre avec les Irlandois, dans des lieux sûrs et presque inaccessibles, derrière la ville de Limerick, qu'ils pourvurent d'une nombreuse garnison sous le commandement de M. de Boisseleau, capitaine dans le régiment des gardes de Sa Majesté^, qui lui avoit permis de passer en Irlande avec le roi Jacques.

Ce gentilhomme fut d'abord sommé, de la part du prince d'Orange, de lui remettre cette ville*, qui n'avoit proprement de défense que celle d'une garnison composée toute d'Irlandois intimidés par les mauvais succès de la campagne, sans espérance d'aucun secours, et accablés par le départ du roi Jacques. Il ne doutoit pas que la garnison, dont il =

1. Le 19 août (vol. Guerre 962, n° 160). La rivière de Limerick est le Shannon. . , , .u

2 C'est dans ce port du Connaught que s'était fait le débarquement des troupes françaises, et les bâtiments de transport et d'escorte s'y trouvaient encore.

3 -V.lexandre de Rainier, marquis de Boisseleau, était capitaine aux gardes françaises depuis 1679 et remplissait dans l'armée de Lauzun les fonctions de major-général; il mourut en

4 Sur le siège de Limerick, voyez le volume Guerre 962, n"» 153 155 156, 162, 168, 171, 172 (leUres de MM. de Lauzun, de' Bois'seleaù, d'Esgrigny, de la Hoguette, de TyrconneJ); V Histoire militaire, t. II, p. 3,39-340; la Gazette, p. 470, 4/6, 486 498-499 et 531. Il y a un état de la garnison dans le volume Guerre 962, n° 169. Le marquis de Boisseleau fit paraître une relation du siège, qui est donnée en^ Appendice dans le t. lU des Mémoires de Sourchcs, p. 512-517.

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