Dans la promotion de janvier
portèrent, cette année 1690, sur cette quantité prodigieuse d'ennemis qu'on peut dire qu'elle s'étoit suscités, confondirent l'espérance qu'ils avoient conçue [de détruire ce beau royaume, ou tout au moins d'en réduire les limites si à l'étroit, que les États voisins le tiendroient en crainte perpétuelle ; mais la Providence, qui se joue des desseins des hommes et de leurs entreprises, décida en faveur de la France par la journée de Fleurus, et l'a protégée visiblement pendant toute cette guerre, faisant agir les causes secondes avec cette activité, cette vigueur et ce courage nécessaires pour surmonter les plus grands périls et les faire courir aux autres]. Ainsi les puissances confédérées, [se trouvant déchues de la meilleure partie de leurs espérances,] firent de nouveaux efforts pour se remettre des pertes qu'elles avoient souffertes, et, se ranimant par les heureux succès du prince d'Orange en Irlande et en Angleterre, [où sa domination s'affermissoit de plus en plus et le mettoit en état de passer en Flandres, pour tâcher d'y réparer les pertes de son parti,] elles mirent de nouvelles forces sur pied, et espérèrent de leurs négociations que les Suisses, du moins les cantons protestants, romproient avec la France. Mais toutes leurs peines de ce côté-là devinrent inutiles, et les Suisses aimèrent mieux se conserver l'amitié et l'argent de la France, que de s'attirer sur les bras des affaires très dangereuses pour leur repos et leur liberté.
Le Roi, de son côté, augmentoit toujours ses troupes [et se mettoit en état de continuer les bons succès de ses ai'mes], quoi qu'il en coûtât au-dedans de son royaume tant en hommes qu'en argent; mais il fut
admirablement servi par M. de Pontchartrain, qui eut les finances à la place de M. Le Peletier^.
Il étoit d'une assez bonne famille ^ dont il y avoit dt^à eu deux ou trois secrétaires d'État =* ; mais il n'étoit pas né fort riche, et avoit été contraint par le désordre de ses affaires de vendre une charge de conseiller au Parlement qu'il avoit et de se retirer, avec sa famille, à la campagne, où il demeuroit la plus grande partie de l'année ^ [En ce temps-là, M. d'Argouges, premier président du parlement de Bretagne, fut fait conseiller d'État^ et le Roi lui donna une somme considérable à prendre sur celui qui seroit pourvu de cette charge. Un des amis de M. de Pontchartrain ^ qui en eut avis,
1. Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain (1643-1727), conseiller au parlement de Paris (1661), premier président du parlement de Bretagne (1677), était contrôleur général des finances depuis le 20 septembre 1689 et secrétaire d'État de la marine et de la maison du Roi depuis 1690; il devint chancelier en 1699.
2. Originaire du Blésois; le premier connu vivait au commencement du xv" siècle.
3. Paul Phélypeaux de Pontchartrain, secrétaire d'Etat en 1610; Raymond Phélypeaux d'Herbault, en 1621; Louis Phélypeaux de la Vrillière, en 1629; Balthazar Phélypeaux de Châteauneuf, en 1676.
4. Ceci est une erreur : Pontchartrain était toujours conseiller aux requêtes du Palais, lorsqu'il acheta la charge de premier président à Rennes, et il habitait chez son père, rue Pierre-Sarrazin {Mémoires de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. VI,
5. François d'Argouges, premier président du parlement de Bretagne en 1661, avait obtenu en 1675 une place de conseiller d'État, et sa charge resta longtemps vacante par la difficulté d'y pourvoir.