‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 84 sur 210 · Comparez l'anecdote qui va suivre avec les divers récits · texte numérisé non relu

Comparez l'anecdote qui va suivre avec les divers récits

le vint trouver et lui remontra combien il étoit fâcheux que les beaux talents qu'il possédoit demeurassent ensevelis, et que, une telle occasion se présentant de les remettre en lumière et de faire sa fortune, il falloit de nécessité faire les derniers efforts pour cela, d'autant plus qu'il n'auroit pas de peine à obtenir l'agrément de cette charge au moyen de son mérite et du crédit de M. de Chàteauneuf, secrétaire d'État, son proche parent et de même nom. M. de Pontchartrain répondit à cela qu'il étoit vrai que cela se pourroit bien, mais que d'ailleurs il étoit du tout dans l'impossibilité de trouver cet argent. « Peut-être, reprit l'autre, que M. d'Argouges, qui est si bien dans ses affaires, se voudra bien passer d'argent comptant, pourvu que d'ailleurs il trouve toutes ses sûretés. » — « Sur ce pied-là, répondit M. de Pontchartrain, vous n'avez qu'à traiter. » Ainsi fut fait, et il se trouva bientôt revêtu de cette charge, où il acquit beaucoup de réputation. J'ai dit toutes ces choses pour montrer la bizarrerie de la fortune, qui va chercher les uns et se moque des autres qui courent de toutes leurs forces après elle.]

[M. de Pontchartrain fut plusieurs années en Bretagne et venoit souvent passer les hivers à Paris. Il devint dévot, parce que la dévotion redevenoit à la mode pour faire fortune, et, dans ce train, il se retiroit, les bonnes fêtes, à l'Institution des Pères de l'Oratoire *, où M. Le Peletier, véritablement homme de bien, se retiroit aussi dans ce temps. Ce fut là, et avec

qu'en a donnés Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. VI, p. 275-278, 454 et 558), où il attribue le choix de Pontchartrain à Colbert, conseille soit par Hotman, soit par Pussort. 1. Rue d'Enfer, près de l'Observatoire.

celte apparence, que ces deux Messieurs lièrent une amitié fort étroite, dont M. de Pontchartrain se trouva si bien, qu'il attrapa une charge d'intendant des finances', et s'en acquitta de manière que M, Le Peletier, en se retirant, le proposa au Roi, même à l'exclusion de son propre frère, intendant des finances 2, comme la personne la plus capable de remplir sa place. Aussi est-il vrai que M. de Pontchartrain a beaucoup d'esprit, mais de ces esprits fins et aisés qui visent à leur but sans aucun scrupule, et, comme son principal, et celui de sa femme ^ étoit de s'enrichir, ils n'ont rejeté aucune affaire de celles dont il pouvoit leur revenir de l'argent, et ne se sont jamais mis en peine qu'ils fussent dommageables à l'État, pourvu qu'ils eussent tant par affaire*. Ainsi les partisans, de leur temps, ont eu bon temps et sont devenus tous très riches, au grand dommage du public]

Année i69i. — Le prince d'Orange, ayant affermi son gouvernement en Angleterre au moyen de ses heureux succès en Irlande, et obtenu tout ce qu'il avoit voulu de son Parlement, fit passer beaucoup de troupes angloises dans les Pays-Bas, et les suivit de près, [prétendant se mettre de bonne heure en campagne et prendre de grands avantages]. Il fut reçu en

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