Chioraonte, en Piémont, sur la Doire Ripaire
de tous les peuples, et principalement ceux de France, qui souffroient extrêmement de la famine et de la disette d'argent.
Sa Majesté ressentit vivement l'iniquité de pareilles demandes et fit distribuer aux commandants, dans les provinces et dans les principales villes, des lettres circulaires à ce sujets par lesquelles il faisoit connoître les raisons qu'il avoit de ne point consentir à ces articles [et faisoit voir que, même en les acceptant, la guerre ne seroit point cessée pour cela, puisqu'ils fixoient dans deux mois l'exécution de toutes leurs demandes et que, pendant ce temps-là, ils prétendoient l'obliger à leur livrer les places qu'ils demandoient dans les Pays-Bas et dans l'Alsace et à raser celles dont ils exigeoient la démolition.]
[« Ils refusent, disoit le Roi, de prendre de leur « côté d'autres engagements que celui de suspendre « tous les actes d'hostilité jusques au 1" août, se réser- « vant la liberté d'agir alors par la voie des armes si « le roi d'Espagne, mon petit-fils, persistoit dans la « résolution de défendre la couronne que Dieu lui a « donnée. »]
[Il marquoit ensuite combien cette suspension étoit plus dangereuse que la guerre même, puisqu'elle ne dispensoit point de la dépense d'entretenir les armées et, qu'après que le terme en seroit expiré, les Alliés l'auroient attaqué avec les nouveaux avantages qu'ils aurpient tirés des places où il les auroit lui-même
1. Le texte de ces lettres circulaires, dont notre auteur va donner ci-après deux phrases, est bien connu; on le trouvera notamment dans le Journal de Dangeau, t. XII, p. 448-450.
introduits, en même temps qu'il auroit démoli celles qui servoient de rempart à ses villes frontières.]
« Je suis persuadé, ajoutoit-il, que mes peuples s'op- « poseroient eux-mêmes à la recevoir à des conditions « également contraires à la justice et à l'honneur du « nom françois. »
Les peuples, quoique fort épuisés, louèrent le Roi de n'avoir pas accordé des articles si préjudiciables à l'État et qui, sans en finir les malheurs, ôtoient plus à la couronne qu'elle ne pouvoit perdre en plusieurs campagnes. On ne murmura contre aucun des édits bursaux, qui furent encore lâchés; les particuliers portèrent de gré à gré leur vaisselle d'argent à la MonnoieS et chacun se força pour continuer la guerre avec moins de malheur. On pourvut au mieux qu'il fut possible à remédier à la famine, et on ordonna des prières pour apaiser la colère de Dieu, qui s'étendoit visiblement sur nous.
M. de Chamillart, accablé du poids des affaires et ne pouvant suffire à tous les devoirs de ses charges, s'étoit démis l'année précédente de celle de contrôleur général des finances, que le Roi avoit donnée à Desmaretz-, [qui n'avoit pas laissé que de l'accepter
1. Sur ces vaisselles d'argent offertes au Roi par les particuliers et portées par eux à la Monnaie, on peut voir les Mémoires de .Saint-Simon, t. XVII, p. 401-412 et 564-568.
2. Nicolas Desmaretz, neveu de Colbert et son collaborateur dans les derniers temps de son ministère, avait été ensuite disgracié pour malversations; en 1705, Chamillart avait obtenu de se servir de lui pour la gestion des finances, et enfin en 1708 il lui avait cédé la charge de contrôleur général.
dans un temps aussi difficile;] et celle-ci ^ il fut destitué du secrétariat de la Guerre^, qui fut donné à Voysin-^
Expéditions maritimes. — Costebelle*, gouverneur de Plaisance dans la Nouvelle-France^, se rendit maître sur les Anglois des forts Saint-Jean et Guillaume, sur le rivage oriental de Terre-Neuve. Le premier fut forcé et la garnison prise à discrétion, l'autre par capitulation; mais les troupes qui étoient dedans furent faites prisonnières de guerre.
Duguay-Trouin^ eut aussi quelques avantages dans un combat qu'il livra à une flotte angloise, sur laquelle il enleva cinq vaisseaux marchands. Les armateurs de part et d'autre se firent aussi quelques prises.
Louis de Bourbon, prince de Gonti, mourut au mois de février de cette année, dans la quarante-cinquième année de son âge". Il avoit toutes les qualités