‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 107 sur 175 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

3. Guillaume Buys, conseiller pensionnaire de la ville d'Amsterdam, fut ambassadeur en France en 1713 et mourut en

4. Gouda est une ville de la Hollande du Sud, au nord de Rotterdam.

que le Roi la reconnût reine de la Grande-Bretagne et la succession de ces royaumes dans la ligne protestante, sous la garantie des Alliés, et obligeât le Prétendant à sortir du royaume de France. Ils demandèrent aussi que Dunkerque, si funeste au commerce de leur nation, fût démoli et son port ruiné.

Le prince Eugène et le comte de Sinzendorf*, chargés des intérêts de l'Empereur, le duc de Marlborough et le vicomte de Townshend-, plénipotentiaires de la reine d'Angleterre, et le conseiller pensionnaire Heinsius^, avec quelques autres députés de la République, ayant examiné les propositions du président Rouillé, ne les trouvèrent pas assez étendues pour servir de fondement à une négociation, et, pendant qu'un gentilhomme alla porter au Roi cette réponse et demander de plus grands éclaircissements, le duc de Marlborough alla concerter avec la reine Anne sur les avantages particuliers que l'Angleterre pouvoit se procurer en cas de congrès.

On en étoit là, lorsque le marquis de Torcy, qui souffroit impatiemment que M. de Ghamillart eût commencé ces négociations sans sa participation, [lui étant ministre des Affaires étrangères*,] s'intrigua si

1. Philippe-Louis, comte de Sinzendorf (1671-1742), avait été ambassadeur à Paris de 1699 à 1701, puis à la Haye en 1709; il fut plénipotentiaire au congrès d'Utrecht, puis premier ministre de l'empereur Charles VI.

2. Charles, vicomte Townshend (1674-1738), venait d'être nommé ambassadeur d'Angleterre auprès des Etats-Généraux ; il prit part ensuite aux négociations de Gertruydenberg.

3. Antoine Heinsius (1641-1720), ambassadeur en France en 1678 et 1683, était grand pensionnaire de Hollande depuis

4. Sur ces conflits d'attributions entre Torcy et Chamillart,

bien que le Roi, qui d'ailleurs étoit fort impatient d'avancer un ouvrage aussi nécessaire que celui de la paix, lui ordonna de se rendre à la Haye et se remit à sa prudence de l'usage qu'il auroit occasion d'en faire. Ce ministre étant arrivé à la Haye, où ceux d'Angleterre s'étoient aussi rendus, eut une longue conférence*, et, le 20 de mai 1709, Rouillé et son collègue déclarèrent que le Roi consentiroit à démolir Dunkerque et céderoit les places dont on conviendi'oit pour former la barrière que les États-Généraux demandoient pour eux, offrant du surplus de remettre toutes choses sur le pied où elles étoient par le traité de Ryswyk et de raser certaines forteresses qui donnoient de la jalousie aux Alliés. Mais il arriva qu'à mesure que nos ministres sembloient se relâcher, les prétentions grossissoient. L'Empereur demandoit la Haute et Basse- Alsace. On leur offrit, a ce qu'on a dit, seulement la ville de Strasbourg. Il est probable même que le marquis de Torcy ne convint point de l'avance que M. de Chamillart avoit faite du rappel du roi d'Espagne, et, s'il est vrai qu'il ait écrit la lettre dont j'ai parlé ci-dessus, il est à présumer qu'il n'étoit pas assez inconsidéré, pour faire cette avance sans la participation du Roi, dans une affaire d'une si grande importance. Quoi qu'il en soit, dans les conférences qui suivirent, nos ministres [virent bien la difficulté de terminer quelque chose et] témoignèrent que, n'étant pas ins-

voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XVII, p. 179 et suivantes.

1. Sur ce voyage et cette négociation, on peut voir les Mémoires de Torcy lui-même, édit. Michaud et Poujoulat, p. 555 et suivantes.

triiils sur chacune des nouvelles demandes qu'on leur t'aisoit, il y en avoit même de trop fortes pour qu'on en pût exiger l'exécution de la part de Sa Majesté.

On en étoit là, lorsque les Alliés firent leurs demandes préliminaires, et ce fut le 28 de mai, dont les principales étoient que le Roi rappelât le roi d'Espagne et qu'en cas qu'il refusât d'évacuer le trône il joignit ses forces à celles des Alliés pour l'y contraindre. Ils demandoient encore [la démolition de Dunkerque et] qu'on rendit d'abord Strasbourg et Brisach à l'Empire; Furnes, le fort de la Kenoque^ Ypres, Menin, Warneton, Comines, Wervicq^, Poperinghe^, Lille, Tournay, Gondé et Maubeuge aux HoUandois; le comté de Nice au duc de Savoie, avec Exilles, Fénestrelles, Ghaumont^ la vallée de Pragelas, et quelques autres choses, et que tout cela seroit exécuté avant que de dresser l'instrument de la paix. Tous les ministres des Alliés signèrent ces préliminaires et les présentèrent aux nôtres, qui s'en excusèrent sur ce qu'ils n'avoient pas ordre du Roi de consentir à quelques-uns de ces articles; à quoi M. de Torcy ajouta qu'il alloit retourner à Versailles pour y prendre les ordres du Roi et qu'il feroit savoir sa dernière réponse avant le 15 de juin, [et il tint parole; après quoi le président Rouillé s'en revint aussi.] Ainsi toutes les apparences de paix parurent plus éloignées que jamais, au grand déplaisir

1. La Kenoque ou Quenoque est un fort sur l'Yser dans la Flandre occidentale à peu de distance de Dixmude.

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