III. A l'égard de l'Angleterre, le Roi devoit recon
noître la reine Anne en cette qualité et l'ordre établi pour sa succession par les arrêts du Parlement d'Angleterre; céder l'île de Terre-Neuve aux Anglois; et on devoit convenir d'une restitution réciproque de tout ce qui avoit été occupé dans les Indes, tant de la part de la France que de l'Angleterre, durant cette guerre. Il consentoit de raser les fortifications de Dunkerque et d'en combler le port, sans les pouvoir rétablir, et qu'à l'égard du Prétendant, appelé roi d'Angleterre, dans ce projet Sa Majesté offroit de consentir qu'il sortiroit de France aussitôt que la paix seroit faite, pourvu qu'il eût une entière liberté de se retirer et d'aller oi^i il voudroit, en jouissant d'une neutralité parfaite.
IV. On convenoit de céder aux Provinces-Unies la barrière qu'elles avoient demandée par les préliminaires, et de faire en sorte que les places des Pays-Bas qui appartenoient encore au roi d'Espagne fussent remises à l'Archiduc, après la signature de la paix; et enfin de confirmer ce qui avoit été offert aux États- Généraux pour leur commerce .
V. En consentant aux demandes des Alliés en faveur du duc de Savoie, Sa Majesté exigeoit le rétablissement des électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États et dignités, et que leurs ministres fussent admis aux conférences.
Ce fut sur ce fondement que les Alliés accordèrent les passeports, à l'arrivée desquels le Roi tint un grand conseil^ oii il appela le duc d'Albe^, ambassadeur
1. Le Journal de Dangeaa ne parle pas de ce conseil extraordinaire.
2, Antoine-Martin de Tolède, duc d Albe, nommé ambassadeur en France en 1703, y mourut en fonctions le 28 mai 1711.
d'Espagne près de lui, qui apparemment ne manqua pas d'envoyer le résultat à Madrid. L'après-midi, le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, nommés pour cette négociation, eurent un long entretien avec Sa Majesté dans son cabinet, où le marquis de Torcy fut aussi appelé, et ils partirent le 4 mars pour aller à Gertruydenberg, où les conférences se dévoient tenir, et y arrivèrent le 9 . Ils s'y abouchèrent d'abord avec les mêmes députés des Provinces-Unies qui avoientété chargés ci-devant d'écouter les propositions du président Rouillé. Dans cette première conférence, les ministres des Provinces-Unies jugèrent que l'offre de donner des villes en otage pour garantir la promesse de ne se point mêler des affaires d'Espagne n'étoit point acceptable parce que par là les Alliés se trouveroient engagés dans une guerre particulière et incertaine avec l'Espagne pendant que la France jouiroit delà paix; ils ajoutèrent qu'on nepouvoit exiger d'eux qu'ils demeurassent engagés dans une guerre sujette à toutes sortes d'incidents, et qui même feroit courir risque de ne recouvrer jamais l'Espagne et les Indes, mais que la paix devoit être générale.
Les plénipotentiaires de France ne heurtèrent pas directement ce sentiment; mais ils proposèrent que, puisqu'ils voyoient bien que les Alliés ne vouloient qu'une paix générale et qui procurât la restitution de l'Espagne et des hides, dont le roi Philippe étoit encore en possession, il n'y avoit que deux voies pour le porter à s'en désister, l'une de contrainte et l'autre de persuasion ; que la première, à leur avis, seroit trop rude à la France, et que par conséquent la seconde seroit seule praticable et pourroit réussir, si on leur
remettoit entre les mains quelques portions de la monarchie d'Espagne dont ils pussent disposer en laveur de ce roi, et, par ce moyen, le porter à renoncer au reste. Ils demandèrent ensuite à ceux des Alliés si, pour parvenir à une paix générale, ils ne voudroient pas consentir à un partage. Ils proposèrent plusieurs alternatives, l'une desquelles étant acceptée, le roi Charles entreroit en possession de la monarchie d'Espagne, à l'exception de cette portion, qui seroit au roi Philippe. Après plusieurs conférences qui se tinrent sur ce sujet, nos ministres réduisirent cette alternative aux royaumes de Sicile et de Sardaigne.
Quoique toutes les cours des Alliés eussent retenti des cris des particuliers, qui, sans aucune réflexion, vouloient une restitution totale de la monarchie d'Espagne, on ne laissa pas d'entrevoir que le plus grand nombre des Alliés auroit enfin consenti à cette condition, si leurs ministres ne s'étoient pas avisés de demander à nos plénipotentiaires de s'expliquer plus nettement : savoir si, en cas qu'ils consentissent à la proposition du partage, l'Espagne et les Indes seroient effectivement remises à l'Archiduc; et ils voulurent juger que nos plénipotentiaires penchoient à la négative, sur ce que l'un d'eux demanda si les Alliés ne vouloient pas se contenter que le Roi leur fournît une certaine somme d'argent pour les aider à faire la conquête de l'Espagne et des Indes. Les ministres des Alliés firent connoître que, bien loin d'écouter une pareille proposition, [qui supposoit l'obligation de conquérir l'Espagne et les Indes, et qu'avant de s'expliquer sur la proposition d'un partage,] ils dévoient savoir plus à fond l'intention de la France. Pour cela, ils chargèrent
Petkum de tâcher de démêler ce que nos plénipotentiaires pensoient là-dessus, et de leur dire à toute extrémité qu'ils ne pouvoient accepter la proposition d'un subside par la raison que j'ai dite, et de leur demander en même temps un éclaircissement au sujet de l'Espagne et des Indes en faveur de l'Archiduc; mais qu'en tout cas qu'il leur déclarât qu'ils demeureroient fermes sur le fondement qui avoit été proposé d'abord, de la restitution entière de la monarchie, conformément aux préliminaires.
Nos plénipotentiaires ne répondirent pas directement à Petkum, et demandèrent peu de jours après une nouvelle conférence et dirent à ceux des Alliés que, quoiqu'ils ne se crussent pas obligés de recevoir les paroles qui leur étoient portées par le ministre de Holstein, ils n'avoient pas laissé d'envoyer à notre cour la proposition qui leur avoit été faite ; mais qu'ils n'avoient pu recevoir aucun ordre sur ce sujet, parce qu'elle y avoit été trouvée obscure et ambiguë. Là-dessus, les députés leur repartirent ce qu'ils avoient dit des subsides et le motif de leur refus, surtout parce qu'il avoit paru, par les discours tenus dans la précédente conférence, qu'on ne pou voit jamais s'accorder, tant à l'égard des sommes que pour la sûreté du paiement, non plus qu'à celui de la sûreté que la France donneroit de n'assister le roi d'Espagne directement ni indirectement; à quoi ils ajoutèrent que, nos plénipotentiaires ayant proposé un partage et l'ayant réduit, en dernier lieu, à la Sicile et à la Sardaigne, on avoit toujours entendu et on entendoit encore, du côté des Alliés, qu'en cas qu'ils se déclarassent sur cette proposition, les articles préliminaires, avec cette exception
seule, subsisteroient en leur entier, [aussi bien que tous les autres que la France avoit déclarés devoir subsister avant qu'on reprît cette négociation;] et qu'en conséquence l'Espagne et les Indes, avec leurs dépendances, dévoient être restituées en conformité des préliminaires, c'est-à-dire, dans le temps qui y étoit epxrimé, ou dans tel autre espace dont on pourroit convenir; [ce qui n'étant pas exécuté, alors ce qui étoit stipulé dans les préliminaires auroit lieu et la suspension d'armes cesseroit.] Que l'article de la restitution de l'Espagne et des Indes étant le fondement et le point capital de la négociation, les Alliés ne pouvoient en aucune manière demeurer dans l'incertitude à cet égard, ni se contenter de paroles et de promesses, sans être assurés qu'elles seroient suivies des effets. C'est pourquoi ils demandoient qu'on leur donnât là-dessus une déclaration claire et précise avant qu'eux-mêmes vinssent s'expliquer sur le partage proposé; mais qu'après qu'ils seroient éclaircis et assurés à cet égard, ils faciliteroient les voies pour terminer le reste de la manière la plus convenable. Qu'entre les moyens qui pourroient contribuer à faciliter la fin de cette affaire, celui-ci pouvoit être employé, savoir qu'au cas que le Roi ne pût, par voie de persuasion, porter son petit-fils à quitter l'Espagne et les Indes, conformément aux préliminaires, mais qu'il fût obligé d'employer les voies de contrainte, en ce cas les Alliés feroient aussi agir, pour cette fin, les troupes qu'ils avoient en Espagne et en Portugal pendant le temps limité pour la cessation d'armes, ou pendant tel autre espace de temps dont on conviendroit, quoiqu'ils n'y fussent pas obligés par les préliminaires, et qu'ils pussent satisfaire à leurs engagements en demeurant dans l'inaction.
Nos plénipotentiaires virent bien, par le succès de cette conférence, que tout moyen de conclure la paix leur étoit ôté, et relevèrent fort le dernier discours des députés, et, non contents de cela, ils écrivirent au conseiller pensionnaire Heinsius ce qui suit, [et qui (ut regardé comme une réponse à ses propositions* :]
« Vous savez, disoient-ils à ce pensionnaire par leur « lettre, que nous avons consenti à tout ce que Mes- « sieurs les députés nous a voient proposé, sans qu'on a puisse dire que nous avons varié sur quoi que ce « puisse être, encore moins que nous ayons rétracté « les paroles que nous avions données, par ordre du « Roi notre maître, dans la vue de parvenir à la paix, « si nécessaire à toute l'Europe.
« Messieurs les députés n'en ont pas jugé de même. « Vous n'avez pas oublié ce qui s'est passé entre eux « et nous, depuis le commencement de la négociation. « Trouvez bon, Monsieur, que nous vous remettions « devant les yeux les propositions nouvellement invenc( tées, injustes, impossibles dans leur exécution, que « ces Messieurs, pour toute réponse aux nôtres, nous « firent dans leur dernière conférence, que nous ne « laisserons pas de vous remettre devant les yeux, « quoique persuadés que vous en êtes déjà bien « informé.
« Ils nous dirent que la résolution de leurs maîtres « et de leurs Alliés étoit de rejeter absolument toute « offre d'argent de la part du Roi pour les aider à sou- « tenir la guerre d'Espagne, de quelque nature qu'elle « pût être, et quelque sûreté que Sa Majesté voulût
1. Le texte complet de la lettre de MM. d'Huxelles et de Polignac au pensionnaire est dans l'ouvrage de Laraberty, t. VI, p. 60-63.
23i MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1710
« donner pour le paiement; que la République et ses « alliés prétendoient obliger le Roi notre maître à « faire seul la guerre au Roi, son petit-fils, pour le « contraindre à renoncer à sa couronne, et que, sans « unir leurs forces à celles de Sa Majesté, il falloit que « ce monarque fût dépossédé de l'Espagne et des « Indes dans le terme de deux mois, lequel étant expiré « sans que le roi Catholique fût réellement chassé de « son trône, la trêve dont les Alliés seroient convenus « avec le Roi notre maître cesseroit, et qu'ils repren- « droient les armes contre Sa Majesté, quoiqu'elle eût « exécuté toutes les autres conditions contenues dans « les articles préliminaires ; (|u'avant que de les signer « ils vouloient bien, moyennant l'engagement ci-des- « sus, s'expliquer positivement sur le partage qu'ils « consentiroient de laisser au roi d'Espagne, et qu'ils « faciliteroient même les moyens de convenir des « demandes ultérieures; qu'enfin ils pourroient perce mettre, comme une grâce, que les troupes qu'ils ont « en Portugal et en Catalogne concourussent avec « celles de France, pendant l'espace de deux mois, « pour faciliter la conquête de l'Espagne et des Indes « que Sa Majesté seroit obligée de faire en faveur de « l'Archiduc; mais qu'aussitôt que ce terme seroit « expiré, ces mêmes troupes des Alliés cesseroient « d'agir et que la trêve seroit rompue.
« Nous représentâmes à Messieurs les députés que « ces propositions étoient contradictoires tant à celles « qu'ils nous avoient toujours faites qu'aux articles IV « et V des préliminaires, auxquels l'article XXXVIl, « qu'il s'agissoit de régler entre nous, étoit relatif.
« Quant à la manière d'assurer aux x\lliés l'Espagne « et les Indes, ils nous dirent que la concession d'un
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« partage, dont ils s'expliqueroient dans la suite, et « qu'ils n'ont point encore déclaré, les mettoit en droit « d'exiger plus à présent que ne portoient les articles « IV et V.
« Nous leur répondîmes, par une raison sans « réplique, en leur demandant si, dans toutes nos con- « férences, il n'avoit pas été question d'un partage, et « si, sur ce fondement, ils avoient jamais exigé de nous a autre chose que les mesures de concert et d'union « des forces. Ils nous interrompirent là-dessus, en « disant que cela ne pouvoit plus subsister, et ils « nous déclarèrent, au nom des Alliés, qu'ils préten- « doient en un mot, soit que le partage fût accepté, « soit qu'il ne le fût pas, recevoir des mains du Roi « notre maître la monarchie d'Espagne et des Indes, « en lui laissant le soin d'employer seul les moyens, ou « de persuasion ou de contrainte, qu'il jugeroit les « plus efficaces pour mettre actuellement l'Archiduc en « possession de ces États dans l'espace de deux mois, « et cependant donnoient quinze jours de temps pour « y aviser. »
Après ce détail historique, je dirai que nos plénipotentiaires, résolus de se retirer, jugèrent à propos d'écrire à la Haye, au pensionnaire Heinsius, afin de se disculper de la rupture des conférences. [Je ne donnerai ici que le précis de la lettre qui contenoit encore plusieurs réflexions qui tendoient à montrer les bonnes intentions du Roi] et rejeter sur les Alliés la rupture de la négociation ; s'agissant de nouvelles demandes, jusqu'à présent inouïes, et dont l'accomplissement n'étoit pas au pouvoir de Sa Majesté, il étoit donc inutile, disoient-ils, de leur donner le terme de quinze jours offert par les députés pour avoir réponse ; qu'ils
la faisoient le sixième; et ils finissoient par prier le pensionnaire de leur faire réponse par l'exprès qu'ils lui envoyoient, ou de lui donner un certificat comme il avoit reçu cette lettre.
Il est aisé de présumer, par la teneur de ce qui se passa à ces conférences, que Sa Majesté, qui voyoit son royaume épuisé, et les prospérités continuelles de ses ennemis, se trouva dans la nécessité d'entamer toutes ces négociations et cjue les Alliés, enflés de tous leurs heureux succès, sans trop songer à l'inconstance des événements se flattoient, dis-je, de leur continuation ; joint à cela que quelques intérêts particuliers des subalternes y pou voient avoir part. Quoi qu'il en soit, je finis cette petite digression en disant que le pensionnaire Heinsius, ayant reçu la lettre de nos plénipotentiaires, la communiqua aussitôt aux députés de l'État pour les Affaires étrangères, qui en firent part aux ministres des autres puissances intéressées.
Ruptures des conférences. — Les États-Généraux s'assemblèrent le soir du même jour, et leur résolution fut qu'il étoit inutile de conférer plus longtemps sur lesdites propositions. Enfin, ils se rassemblèrent quatre jours après, et leur décision contint une justification de ce qui leur étoit imputé dans la lettre de nos ministres, qui, indignés qu'ils étoient de ce qui s'étoit passé dans les conférences, étoient partis de Gertruydenberg pour s'en retourner en France deux jours avant que cette prétendue justification fût arrivée audit Gertruydenberg. Je passe à présent aux faits militaires.
Campagne de Flandre, il iO. — Quoique les conférences pour la paix se tinssent à Gertruydenberg, et
n'v fussent pas encore rompues quand la campagne commença, les hostilités ne cessèrent pas; au contraire, les ennemis s'attachèrent avec plus de vivacité à poursuivre leurs conquêtes et à disposer leur armée et leurs préparatifs à cette fin. Ils firent avancer de très bonne heure sur la Meuse celles de leurs troupes qui avoient hiverné sur le Bas-Rhin, et, après un court séjour qu'elles y firent, elles vinrent brusquement en Flandre, se joindre à celles des villes de Hollande et d'autres qui avoient eu leurs quartiers dans les places et les pays de leurs nouvelles conquêtes et qui filoient au rendez-vous.
Le prince Eugène et le duc de Marlborough ne tardèrent pas à se mettre à leur tête. Nous ne fûmes pas si diligents : je ne sais si les espérances d'une paix qu'on traitoit et qu'on désiroit, et le mauvais état de nos affaires, n'en furent pas un peu la cause. Quoi qu'il en soit, il parut qu'on se contenta pendant l'hiver de remettre nos troupes au meilleur point qu'il fût possible, et de même les lignes que nous avions faites l'an passé le long de la Deule et du canal de Douay à Lille, jusques auprès de cette première ville.
A peu de temps de là, le maréchal de Montesquiou, qui étoit resté pendant l'hiver pour commander sur cette frontière, eut nouvelle que le prince Eugène et le duc de Marlborough assembloient leurs troupes et se mettoient en mouvement pour quelque entreprise considérable. Cet avis le fit mettre en campagne avec trente bataillons et autant d'escadrons qu'il ramassa, avec lesquels il alla camper dans ses lignes près de Lens, afin de se porter de droite ou de gauche selon les occurrences. A peine y fut-il établi que les ennemis,
avec les nombreuses troupes qu'ils avoient déjà mises ensemble, s'en approchèrent après quelques mouvements de feintes, et peu s'en fallut que, par leur diligence, ils ne surprissent le maréchal, qui se trouva obligé de se retirer hâtivement vers la Scarpe, avec quelque perte de tentes et d'équipages, de passer cette rivière, puis d'aller camper à Arleux et ensuite sous Cambrav. Ainsi les ennemis s^ai^rnèrent tout ce terrain et ne tardèrent pas à investir Douay. Tout ceci arriva vers le 30 avril et les jours suivants*. Le maréchal, en se retirant, augmenta la garnison de cette ville de plusieurs bons bataillons, et y jeta deux maréchaux de camp et deux brigadiers ; si bien que la garnison devint nombreuse. Il y avoit du canon et des munitions de guerre à suffisance; le plomb n'y put être proportionné, non plus que les vivi^es et l'argent, [parce qu'on manquoit de ces trois espèces ;] mais comme on trouve des ressources dans les grandes villes et du crédit, rien n'y manqua.
Dès qu'on eut appris ces fâcheuses nouvelles à la cour, Albergotti, lieutenant général, eut ordre de se jeter dedans la place pour y commander et y entra. On dépécha courriers sur courriers pour faire avancer les troupes qui dévoient composer l'armée de Flandre, et étoient encore en leurs quartiers dans le dedans du rovaume. dont aucunes se trouvoicnt éloisrnées: mais cela s'executoit avec lenteur a cause du manque de moyens et de subsistance, et nos affaires étoient en mauvais état.
Le maréchal de Villars eut encore le commandement de l'armée et ne partit de la cour pour se rendre sur
i. La ville fut investie le 22 avril Gazette de 1710. p. 215).
la frontière que le 12 de mai. Il séjourna plusieurs jours à Péronne pour faire ses dispositions, tant pour les troupes, à mesure qu'elles arrivoient, que pour leur subsistance. Il les divisa d'abord en deux corps; l'un sous Arras pour couvrir la Picardie et l'autre sous Gambray, où ëtoient celles du maréchal de Montesquiou, où il se rendit peu de jours après avec le corps d' Arras. Je parlerai bientôt de sa première tentative pour le secours de Douay.
Siège de Douay par les Alliés. — Mais avant d'en venir là, je crois être obligé de dire que les ennemis avoient ouvert leur tranchée devant cette ville, la nuit du 4 au 5 de mai, et que journellement il leur arrivoit quantité de troupes d'augmentation ^ Il en vint aussi quelques-unes au maréchal de Villars, qui ne purent point le mettre en forces égales à l'ennemi, qui dirigeoit ses attaques entre les portes d'Ocre et d'Esquerchin~, quoique ce fût l'endroit de la place le mieux fortifié. Ils le firent dans la présupposition juste que le maréchal ne manqueroit pas de tenter le secours de Douay en venant passer la Scarpe contre Arras, et se présenter en bataille devant eux, en marchant par les plaines qui régnent depuis cette ville jusques à eux. Ainsi ils couvrirent leur armée de ce côté-là par de bons retranchements érigés sur le terrain le plus avan-
1. Sur le siège de Douay, outre les renseignements fournis par le Journal de Dangeau et les Mémoires de Sourches, on peut consulter l'Histoire militaire, t. VI, p. 318-341, où il y a une relation détaillée.
2. La porte d'Ocre, au bout de la rue de ce nom, et la porte d'Esquerchin, aujourd'hui de Béthune, au bout de la rue d'Esquerchin et par où on allait au village de ce nom, sont sur le côté ouest de la ville.
tageux et le plus favorable et construits avec toutes les précautions et les règles de l'art. Dans cette position, leur armée couvroit leurs attaques qui se faisoient derrière elle. Parlons à présent de la première tentative du maréchal pour le secours de la ville assiégée.
Mouvements de l'armée du maréchal de Villars pendant le siège de Douay, et ceux des ennemis qui V assiégeaient. — Le maréchal, ayant assemblé toutes ses troupes près de Cambray, fit un mouvement le 22 mai en étendant sa gauche vers les villages de Sautricourt et de Marquion* et sa droite près de l'Escaut. Le lendemain, il fit une petite marche en avant vers Arleux^. Dès que les ennemis s'aperçurent de ce mouvement, ils approchèrent leur armée dudit Arleux par leur gauche, ayant leur droite à Vitry-sur-Scarpe^, où ils eurent quantité de ponts. Dans cette position, l'armée ennemie se trouva campée dans une situation très avantageuse, étant couverte de la Scarpe et d'une espèce d'inondation formée par deux coupures faites pour diminuer l'inondation autour d'une partie de Douay. L'armée du duc de Marlborough joignit la gauche de celle du prince Eugène et se prolongeoit jusqu'à Arleux, où ils avoient un poste bien retranché, accompagné de bonnes redoutes et de bons retranchements le long du front de bandière, aux lieux les plus accessibles, et derrière elle la Sensée'' et la Scarpe,
1. 11 n'y a pas de village du noiu de Sautricourt dans cette région; Marquion est au sud de Douay, sur la route d'Arras à Cambray.