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de Berwick en fit autant de la sienne et envoya plusieurs bataillons et quelques escadrons en Catalogne.
Campagne d'Espagne. — [Je viens à présent à la campagne d'Espagne dont les événements pensèrent être bien funestes au roi d'Espagne,] mais avant d'entrer tout à fait en la matière, je crois qu'il est assez à propos de dire un mot de la situation où étoient en ce temps-là les affaires et les esprits du royaume.
Quantité de seigneurs, mécontents du gouvernement présent et d'entrevoir que la paix ne se pourroit faire qu'au détriment de leur monarchie, s'étoient fort intrigués de différentes manières pour tâcher d'empêcher le démembrement. Un grand prince étranger fut soupçonné de leur avoir prêté l'oreille et d'entretenir des émissaires près d'eux, qui furent découverts et arrêtés ^ Puis après, et durant le premier triomphe des Alliés à Madrid, c'est-à-dire à leur première invasion, plusieurs seigneurs s'étoient déclarés en leur faveur, qui rentrèrent dans le devoir ou en firent semblant, lorsqu'ils furent obligés par le duc de Berwick d'abandonner cette ville capitale. Sa Majesté Catholique les a voit reçus en grâce à la faveur de la naissance du prince des Asturiesson premier fils; mais il arriva, au commencement de cette année-ci 1 71 0, que, le marquis d'Astorga^ étant à l'extrémité, il lui prit apparemment un remords de conscience, et il laissa un papier cacheté avec ordre de le remettre au roi d'Espagne, qui, l'ayant
1. Allusion au duc d'Orléans et à l'arrestation de ses agents Flotte et Regnault, dont il a été parlé plus haut, p. 201-202.
2. Melchior de Guzraan-Ossorio, marquis d'Astorga, avait été vice-roi de Galice en 1693; il mourut le 15 avril 1710,
lu, fît arrêter et garder fort étroitement le duc de Medina-Cœli, son premier ministre, sans lui laisser aucun de ses domestiques S et le fit transférer au château de Ségovie, où il étoit gardé à vue^. On saisit tous ses papiers ; on emprisonna ses secrétaires, et on inféra de tout ceci qu'il s'agissoit de quelque grande conspiration contre les intérêts de Sa Majesté.
Pendant que cela se passoit, le marquis de Villadarias^ rassembloit pour le roi d'Espagne une armée entre Fraga et Monçon'*, pour s'opposer à celle des Alliés, qui s'assembloit sur les frontières d'Aragon, et le marquis de Bay une autre moins nombreuse près d'Arroyo-del-Puerco^, entre le Tage et la Guadiana, contre les Portugais. Le roi partit le 5 mai pour se mettre à la tête de son armée de Catalogne, alla assiéger Balaguer, où il y avoit une bonne garnison, et fît un détachement pour délivrer le château d'Arenx*^, situé sur la Noguera Ribagorzana"^, bloqué par les miquelets depuis du temps. Amezaga^, un de ses lieu-
1. M. d'Astorga avait épousé la sœur du duc de Medina-Celi, ce qui ne l'empêcha pas de dénoncer son beau-frère : Dangeau, t. XIII, p. 147.