Combat de Penalva, 15 août
2. L'armée d'Espagne fut complètement battue [Histoire militaire de Quincy, t. VI, p. 423-427; Journal de Dangeau, t. XIII, p. 232-236; Mémoires de Sourches, t. XII, p. 337-338, 343 et 345-349).
3. Alagon est à l'ouest de Saragosse, sur le Jalon, presque au confluent de cette rivière avec l'Èbre; Tudela est sur l'Ebre, plus au nord-ouest, dans la direction de la Navarre.
25'l ^rÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1710
et six mille sur Agreda^ tellement que cette armée ne perdit qu'environ trois mille hommes; mais cette perte, qui n'auroit presque été rien dans une autre conjecture, pensa entraîner la perte du roi d'Espagne, qui se retira à Madrid ; car le résidu de son armée, qui s'étoit rassemblé fort a propos vers Arandade-Duero^ en Gastille, pour se conserver la communication avec la Navarre et le royaume de Léon, n'y pouvoit pas subsister longtemps, supposé qu'on l'y laissât tranquille, n'y ayant de ce côté-là aucuns magasins; mais le bonheur du roi d'Espagne voulut que, dans le Conseil que tinrent les Alliés après leur victoire, le plus grand nombre fût d'avis que leur armée marchât droit à Madrid, et prévalut sur celui de Stahrenberg, dont le sentiment fut d'aller dissiper le reste de l'armée espagnole et lui couper la communication dont j'ai parlé ci-dessus; ce qui vraisemblablement auroit opéré la perte entière de l'Espagne à Philippe V; mais le général Stahrenberg n'en fut pas le maître, et il eut dans la suite tout lieu de se repentir, comme on le verra bientôt, d'avoir déféré aux sentiments de ses alliés; ce qui pourra à l'avenir servir d'un exemple mémorable.
Pendant ce temps-là, le commandant de Lerida pour le roi d'Espagne, voyant l'armée ennemie éloignée de sa place, surprit Balaguer qui en est proche et le fit raser, de peur d'affoiblir trop sa garnison; et le roi
1. Agreda se Irouve dans les montagnes de la province de Soria, à l'ouest de Saragosse.
2. Sur le fleuve de ce nom, dans la province de Burgos, dans la direction de Valladolid.
d'Espagne fit transférer le duc de Medina-Cœli à Siguenza\ d'où il passa ensuite à Bayonne, et déclara aux grands de sa cour qu'il alloit résider à Valladolid, assurant en inéme temps qu'il ne vouloit forcer personne à le suivre, pas même ceux qui lui étoient les plus nécessaires par leurs emplois, [surtout ceux qui avoient des motifs pour se dispenser de ce voyage, et leur conservoit leurs charges.]
Il partit donc de Madrid le 9 septembre et arriva le 16 à Valladolid. La reine, avec le prince des Asturies, son fils, passa à Vittoria^.
Il y avoit déjà un peu de temps que le roi d'Espagne, n'étant pas fort content de ses généraux, avoit demandé au Roi M. le duc de Vendôme pour venir commander ses armées^. Les événements ont fait voir que la gloire de ramener le roi d'Espagne à Madrid, et le rétablissement de cette monarchie lui étoient réservés. 11 partit de la cour et étoit déjà en chemin, lorsqu'il apprit, avec des circonstances exagérées et capables de lui faire rebrousser chemin, la perte de la bataille de Saragosse. Ce prince ne laissa pas de continuer sa route jusqu'à Bayonne, où il s'arrêta quelques jours pour savoir où étoit le roi d'Espagne et le parti que le géné-
1. Siguenza, sur le Hénarès, dans la province de Guadalajara, en Nouvelle-Castille.
2. Saint-Simon [Mémoires, t. XX, p. 117 et suiv.) a raconté le départ de la cour de Madrid pour Valladolid et l'émigration presque complète de toute la noblesse. II a insisté sur le dévouement des Espagnols et les « prodiges » de leur fidélité.
3. Vendôme était en disgrâce depuis la campagne de 1708 en Flandre ; sur les instances de son petit-fils, Louis XIV lui avait permis d'aller se mettre à la tête des troupes espagnoles.
rai Stahrenberg auroit pris. Un courrier lui dit que le roi étoit à Valladolid, et que l'armée des Alliés, au lieu de poursuivre le reste des Espagnols, s'amusoit à courir un pays stérile et couvert, d'oîi le moindre revers l'obligeroit de se retirer, sans s'y pouvoir maintenir. Sur cette nouvelle, il espéra qu'avec les secours qui lui viendroient de France et un peu de patience, il feroit connoitre aux Alliés qu'ils n'avoient pas bien su profiter de leur victoire. Il rassembla aussi quelques troupes sur la frontière, et le duc de Noailles [en] envoya de Catalogne ; tout cela se mit en marche et arriva en Espagne, où il se reforma une armée considérable, pendant que celle des ennemis s'affoiblissoit par les maladies et par la disette.
Cependant l'Archiduc avoit fait son entrée à Madrid le 28 septembre ^ où il put juger, par la froideur que les habitants témoignèrent en cette rencontre, qu'il seroit plus facile de battre les troupes du roi d'Espagne que de lui ôter l'affection des habitants-. Il se rendit aussi maître de Tolède ^ pour s'ouvrir la communication avec les Portugais et tomber tous ensemble, après la jonction de leurs armées, sur celle d'Espagne qui se rassembloit. Mais cette jonction ne se put faire par des obstacles insurmontables et dont je ne suis pas bien
1. Il s'y était fait proclamer roi d'Espagne et avait forcé le corrégidor à le reconnaître sous menace de mort [Mémoires de Sourc/ies, t. XII, p. 390).
2. Devant l'attitude des Madrilènes, l'Archiduc ne fit que traverser Madrid sans entrer au palais royal; il alla coucher au palais du duc de Medina-Sidonia, hors de la ville, et s'en fut dès le lendemain au Pardo, à six lieues de Madrid.