Vol. Guerre 2048, n
duc de Noailles se trouveroil en état de faire le siège de Girone, et alors Votre Majesté pourroit retirer ses troupes d'Espagne, que les seules troupes du Roi son petit-fils seroient en état de conserver, la paix étant faite avec le Portugal et ne restant aux ennemis que quelques places maritimes, qu'ils auroient bien de la peine à soutenir, et les Hollandois en viendroient sûrement au traité que vous souhaitez. Mais, si les troupes restent en Quercy ou en Médoc, où elles sont très inutiles, nous serons contraints d'employer pour l'Aragon les quatorze bataillons de M. de Joffreville et de remettre la prise de Ciudad-Rodrigo et l'entreprise de Portugal au mois de septembre, qui est une saison bien moins favorable que celle du vert pour ce pays-là, sans compter les secours maritimes qui auront le temps d'arriver et de se remettre [sic). Je me flatte donc que Votre Majesté envoiera un ordre positif au maréchal de Montrevel, sans quoi il ne se résoudra jamais à se défaire de sa grande armée, et par ce moyen, je pourrai, du côté du Portugal, rendre quelque service à Votre Majesté, qui me console h l'égard de moi-même du malheur que les huit jours que j'ai tardé à partir, plus qu'il n'avoit été d'abord résolu, m'ont causé. Au reste, je ne puis m'empêcher de dire à Votre Majesté que, si la gloire de M. de Berwick est grande, sa modestie ne l'est pas moins, ni sa politesse pour moi, qui l'engageoit à vouloir s'excuser, sur ce que les ennemis l'avoient attaqué, d avoir remporté sans moi une victoire aussi complète et aussi signalée que celle-ci.
Je suis, avec un très profond respect, Sire, de Votre Majesté, très humble et très obéissant sujet et serviteur.
Philippe d'Orléans.
Le duc d'Orléans au ministre de la Guerre^.
A Almanza, ce 27' avril 1707.
Vous verrez, Monsieur, par la lettre que j'écris au Roi les mesures que j'ai prises avec M. le maréchal de Berwick, pour profiter de la bataille (ju'il a gagnée. Mais il ne faut pas que vous croyiez, quelque complète qu'elle soit, que nous avons moins besoin de troupes ici qu'auparavant; au contraire, c'est à présent qu'il faut faire un effort pour affermir Philippe V sur le trône, et le mettre en état de pouvoir se passer de toutes les troupes françoises, ce qui est impossible si M. de Montrevel nous fait manquer ou l'affaire de Portugal ou celle d'Aragon, en retenant les troupes qui nous sont destinées. Les troupes de M. de Médavy sont revenues; les troubles du Quercv sont apaisés, et, cela soit dit entre vous et moi, ce ne peut être que pour faire revue devant les dames ou pour gâter les vignes de Médoc que ces Messieurs veulent garder tant de troupes.
L'artillerie destinée pour l'iVragon tarde fort aussi; cependant le temps presse. Je compte en ceci fortement sur votre amitié, que vous presserez tout et me donnerez le moyen de réparer le malheur qui semble me poursuivre, mais qui aura beau faire, ne me dégoûtera jamais ni de mon métier, ni de mon devoir, et vous pourrez compter sur ma parfaite reconnoissance, jointe à l'amitié et à l'estime la plus particulière.
Philippe d'Orléans.