Vol. Guerre 2049, n
la faveur d'une nuit très obscure à Xativa; mais il ne s'en est sauvé un seul bataillon {sic), selon tous les avis qu'on a eus (le ce côté-là. La main du Seig^neur a agi dans cette affaire pour confondre les ennemis des deux rois et combler de gloire notre grand duc de Berwick, dont on ne peut assez louer le courage, la conduite, la présence d'esprit, l'intrépidité. Je puis vous en parler avec assurance; car je ne l'ai pas quitté d'un pas pendant toute l'action que pour porter de temps en temps les ordres dont il m'a fait l'honneur de me charger.
Il y a un grand nombre de blessés parmi les prisonniers, du moins quinze cents ; la campagne et les rues de cette ville sont couvertes de morts; c'est un terrible spectacle. Plurima mortis imago!
Nous partons d'ici demain et nous prendrons le chemin de Requena, pour aller droit à Valence. M. d'Asfeld reste ici avec treize bataillons et vingt-quatre escadrons. Si la cavalerie des ennemis ne se retire vite en Aragon, nous pourrions bien l'envelopper. Vous voyez bien, Monsieur, qu'on sait ici profiter de la victoire.
On a enterré le pauvre M. le major [illisible) et M. Thomas Petit, du même régiment, ce matin. Don Terencio Obern et capitaine Fagan ont été tués dans l'aflFaire, et Rouerck est dangereusement blessé. J'espère que Don Daniel Luigny et Mac-Dermot se tireront d'affaire. Le pauvre duc de Sarne a eu dix ou douze « cuchillades » ; M. le marquis de Sant'Elmo a eu le bras cassé, et plusieurs autres gentilshommes italiens fort blessés. Véritablement leur compagnie des gardes a fait merveilles. Le lieutenantcolonel O'Driscoll a une grande blessure à la main, et le capitaine Stapleton eut un coup d'épée au travers du corps. Je vous prie de dire à M. White que son ami Don Gregorio est blessé; mais j'espère que cela ne sera rien.
Le duc d'Orléans au Roi^.
A Almanza, ce 27 avril 1707.
Sire,
J'ai eu le malheur d'arriver ici un jour trop tard, quelque diligence que j'aie pu faire. Je ne parlerai point à Votre Majesté de ce que j'en ai senti, et j'oublierai ce qui ne regarde que moi pour me réjouir et faire compliment à Votre Majesté sur la grande victoire que son armée a remportée. Si toutes les troupes qui étoient destinées pour la Navarre étoient en marche et que M. de Montrevel n'en eût pas retenu dix bataillons et trois régiments de cavalerie, quoiqu'il assure lui-même que tout est fini en Quercy, ces dix bataillons avec la cavalerie de Navarre pourroient suffire à M. de Legall pour entrer en Aragon, dont la conquête à présent ne sera pas difficile, pendant que cette armée-ci achèvera de nettoyer le royaume de Valence, des deux côtés du Xucar, toujours à portée de se communiquer avec le corps d'Aragon par Teruel, et, dans ce même temps, les quatorze bataillons qui seroient passés du côté de Siguenza pourroient facilement, avec les treize escadrons espagnols qui sont passés du côté du Portugal, et joints avec les dix bataillons et les dix-h"uit escadrons qui y sont aux ordres de M. de Bay, non seulement reprendre Ciudad-Rodrigo, mais même profiter du peu de temps qui reste jusqu'au mois de juillet pour entrer en Portugal et forcer les Portugais peut-être à demander la paix, tandis que les deux corps restés en ce pays, après avoir soumis Aragon et Valence, passeroient l'Èbre et réunis feroient le siège de Lérida.
Si Votre Majesté vouloit faire passer en Roussillon les bataillons revenus d'Italie qu'elle destine à ce pays-ci, le