‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 135 sur 175 · Archives de la Marine, reg. B^ 32, n · texte numérisé non relu

Archives de la Marine, reg. B^ 32, n

force de voiles. Le Blackwell alUxqua le navire de la (jueue. La Dauphine et le Griffon le suivirent et abordèrent le navire que le Blackwell avoit attaqué et abordé, et, les grappins jetés à bord, ils l'enlevèrent après un long combat.

Pour moi, avec le Mars, j'abordai très bien le commandant. Le combat fut rude; mon navire étoit bien petit; je fus une heure abordé et une grosse partie de mes braves gens tués. MM. d'Allonne, Lescalys, Geslin, garde de la marine, et quelques officiers mariniers sautèrent à bord. Ils étoient les maîtres du gaillard d'arrière et avoient amené le pavillon; un coup de canon coupa le grappin; les navires se débordèrent; les ennemis reprirent courage, accablèrent et assommèrent tous mes gens. Je me raccommodai de mon mieux pour retourner aborder mon vaisseau. Le Fidèle^ qui n'avoit pas abordé, le démâta et le fit rendre.

Le troisième navire fit vent arrière. Je fis signal au Jersey et au Protée de le suivre. Le Protée le suivit jusqu'à l'entrée du banc qu'il y a à Blankelf, où nos pilotes ne sont pas pratiqués. Le Jersey, qui avoit abordé ce gros vaisseau, ne put pas le suivre, ayant un coup de canon à fleur d'eau. Le petit navire s'enfuit avec la flotte.

Ainsi, de quatre navires ennemis, trois de 70 à 76 canons et un de 40, deux des plus gros ont été pris, l'un par le Blackwell, la Dauphine et le Griffon, l'autre par le Mars et le Fidèle. Les deux navires pris s'appellent le Hamptoncourt et le Grafton; ils sont très beaux, tout neufs, de la nouvelle construction d'Angleterre et très bons voiliers; ils avoient 460 hommes d'équipage; le canon de leur première batterie de 33 livres de balles, et 16 à la deuxième. Celui qui a pris la fuite est le Oake, qui a 74 canons montés. Cette flotte alloità Lisbonne, aux Indes, à la Jamaïque et autres endroits, chargée de victuailles et autres marchandises.

Huit corsaires de Dunkerque qui étoient avec nous ont donné dans la flotte et fait force prises, dont je ne sais pas le nombre.

J'ai eu M. de Villeblain, capitaine de frégate, et M. Lescalys, enseigne de vaisseau, tués; M. d'Estaples blessé considérablement, M. d'Allonne sauvé par le Fidèle dans le vaisseau ennemi fort blessé; cinq gardes de la marine blessés presque tous mortellement. Du nombre de l'équipage, le commissaire vous enverra la liste après qu'il aura fait la revue. Je crains bien que le nombre ne soit grand; je connois douze soldats tués auprès de moi. Le gaillard d'avant a beaucoup souffert, et, si mon équipage avoit été bon comme il devroit l'être aux armements de Dunkerque, j'aurois enlevé à l'abordage avec le Mars un navire de 70 canons et 460 hommes d'équipage; mais, pour forcer des hommes, il faut de bons hommes. M. d'Allonne a sauté à bord, suivi de Lescalvs, enseigne, et de Geslin, garde de la marine, et de sept ou huit officiers mariniers ou soldats, et, si l'équipage avoit été bon, il y auroit sauté cent hommes. Je vous avoue que ma bile se soulève contre les commissaires des départements qui nous envoient de si mauvais matelots pendant qu'ils détournent les bons, sans considérer qu'ils exposent les armes du Roi et empêchent à de braves gens de faire des actions d'éclat.

(Suit l'énumération des services des officiers avec demande de récompenses.)

Le Blackweïl et le Griffon seront obligés d'entrer dans les jetées. Les vaisseaux seront plus tôt prêts que le remplacement des matelots morts ou blessés. Si vous souhaitez que Tescadre ressorte, il est nécessaire d'envover incessamment de l'argent au commissaire des classes pour nous lever et envoyer de bons matelots; car de mauvais nous en avons assez. L'armement sera plus que payé; les corsaires ont fait vingt prises, et les deux navires de guerre valent bien tout au moins quatre cent mille francs.

Je suis, etc.

De Foubin-Gardanne.

Le chevalier de Forbin au ministre'^.

A Brest, ce 24 septembre 1707.

... Je mis h la voile le 10* du mois de juin. Etant dehors les bancs, je me trouvai à la vue de douze navires de guerre anglois au vent à moi. Je les observai ; ils firent la route de la Meuse; je fis celle de ma mission.

Le i&, par la hauteur d'Itland, le Fidèle démâta de ses mâts de misaine et de beaupré. J'avois ordonné au Jersey de le suivre. M. de Roquefeuille me fit crier que l'avant de la Dauphine étoit fort ébranlé. Je lui ordonnai d'escorter le Fidèle, de le mener aux ports de Maesterland ou de Gottembourg2 pour se remâter et radouber, et de m'y attendre jusques à la fin de septembre. Le Jersey me suivit. Ce contretemps affoiblit beaucoup l'escadre, la Dauphine et le Fidèle étant les deux plus forts navires. Je ne laissai pas de suivre ma pointe.

Le i^^ de juillet, aux approches de Nord-cap, je rencontrai un navire portant pavillon moscovite, venant de Londres sans autre titre que la bannière et une patente. Le capitaine, le pilote et presque tout l'équipage étoient ennemis ; je lé fis brûler. Le commissaire y a trouvé seize ballots de drap, qui étoit toute sa cargaison, dont il vous rendra compte.

Les vents contraires, les mauvais temps et les brumes continuelles nous avoient presque tous séparés; nous nous sommes rejoints à l'atterrage et à la vue de Nord-cap, et, quelque diligence que nous ayons pu faire, nous n'avons pu arriver à l'atterrage de l'île de Kilduin en Laponie^, qui étoit le rendez-vous, que le 20^ juillet. Nous y sommes

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