‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 14 sur 175 · Iggingen est à l'ouest-nord-ouest de Graûnd · texte numérisé non relu

Iggingen est à l'ouest-nord-ouest de Graûnd

Le maréchal l'alla reconnoître aussitôt et trouva qu'ils avoient un <^rand ravin impraticable devant eux, qui pourtant devenoit moins difficile à mesure qu'il avançoit, et jugea même que cette armée se pouvoit tourner par son flanc et par ses derrières. Sur cela il prit la résolution de marcher à eux pour les attaquer le lendemain dès le point du jour, espérant que le reste de ses troupes arriveroit dans cet entretemps; mais la difficulté étoit que le marquis d'Hautefort n'avoit pas encore joint avec celles qu'il amenoit de Schorndorf, à cause de la longueur de la marche; et même les sentiments des officiers généraux se trouvèrent fort partagés sur le parti qu'on devoit prendre, les uns étant d'avis d'attaquer, et les autres soutenant au contraire qu'il n'étoit point de l'intérêt des armes du Roi de risquer une action douteuse dans un pays si éloigné des frontières de France, où, en cas de malheur, la retraite étoit si difficile.

Les ennemis décampent et font une marche de nuit qui les met hors de portée; mais leur arrière-garde ne laisse pas d'être un peu endommagée. — Mais toutes ces difficultés furent bientôt dissipées, en ce que les ennemis décampèrent dès que la nuit fut arrivée. Tout ce que le maréchal put faire, n'en ayant été averti que sur les trois heures du matin, fut d'ordonner à toute la cavalerie de l'aile droite et à tous les dragons de se tenir prêts à marcher, et de monter à cheval luimême, pour tâcher de charger leur arrière-garde. Il ne put la joindre qu'à deux lieues au delà du camp qu'ils venoient de quitter; il fit charger les dernières troupes, qui achevoient de passer un défilé. On leur tua environ deux cents cavaliers, et on en fit autant

de prisonniers, avec quelques officiers. Quelques-uns de nos escadrons, qu'un peu trop de chaleur avoit emportés, passèrent ce défilé, au delà duquel ils trouvèrent le comte de Mercy avec quantité d'escadrons, qui le leur fit repasser assez vite. [Nous perdîmes ainsi quelques officiers, cavaliers et dragons.]

Le maréchal cesse de poursuivre les ennemis qui s'en reviennent sur le Rhin. — Les ennemis poursuivirent leur route, et allèrent camper àEssingen*, sur le chemin de Nordlingen. Le maréchal cessa de les poursuivre, et s'en retourna à son camp de Gmiind, sur ce qu'il apprit que le marquis de Bareith avoit enfin pris le parti de marcher du''côté d'Heilbronn^, [qu'on disoit qu'il avoit dû prendre plus tôt. Je vais m'expliquer davantage sur ce fait.]

Ce marquis, après avoir abandonné ses lignes, crut fermement que le véritable dessein du maréchal de Villars, après cet événement, étoit de marcher droit en Bavière pour en chasser les Impériaux, et, en remettant cet Etat sous la puissance de son prince légitime, de porter encore la guerre de ce côté-là ; mais on n'en jugea pas de même dans la partie de l'Allemagne où les armées étoient alors, et où la terreur étoit répandue. Le marquis de Bareith envoyoit couriers sur couriers partout, et surtout à la cour de Vienne, où il demandoit des secours de troupes à cor et à cri, exposant en même temps la situation présente des affaires. Sur cela, cette cour jugea sainement que notre armée ne pouvoit se jeter du côté de la Bavière, et que le

1. Village sur la Rems, à sept ou huit railles au sud-ouest d'Aalen.

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