Vol. Guerre 2024, n
Saint-Hilaire au ministre de la Guerre'^.
A Paris, le 11 avril 1707.
Monseigneur, Il est vrai que j'ai reçu une lettre de M, de Dernières, par laquelle il me faisoitpart de l'inondation que les ennemis ont formée le long de la Lys jusques h Aire, au moyen de leurs écluses de Menin, el j'ai jugé, comme lui, qu'il seroit très utile d'avoir à la main les matériaux nécessaires pour faire un second pont sur la Lys et cette inondation, près de celui de Dullemont, en cas que les ennemis, la campagne prochaine, pussent se jeter sur Ypres ou du côté de la mer, parce que le déboucher sur le seul pont de Dullemont seroit lent, et qu'autrement, il faudroit aller chercher à passer la Lys au-dessus de l'inondation, ce qui pourroit être un détour considérable et préjudiciable. Quoique le travail pour faire un second pont de plus de cinq cents toises de longueur soit de grands frais et d'haleine, et que nous n'ayons dans nos magasins aucun des chevalets nécessaires ni de bois propres pour en faire, et peu de madriers et de poutrelles pour le couvrir, j'étois dans le dessein de vous en parler la première fois que j'aurois l'honneur de vous voir. Cependant, ayant été avanthier à Clichy rendre mes devoirs à M. de Vendôme, je l'ai mis sur ce projet, et il m'a répondu que le seul pont de Dullemont lui suiïîsoit, et qu'en autre cas il ne se faisoit pas une affaire d'aller passer la Lys au-dessus de l'inondation, et qu'ainsi il n'y avoit de ma part aucune ' précaution à prendre là-dessus. C'est une chose que vous pourrez savoir de lui précisément en droiture, en lui faisant part de l'avis que M. de Bernières vous donne, el en ayant, s'il vous plaît, la bonté de me ménager près de lui à cet égard ;
i. Vol. Guerre 2018, n" 42.
autrement il pourroit peut-être lui venir en pensée que je serois assez impertinent pour m'ingérer à commenter sur ses manœuvres. C'est la grâce que je vous demande, et celle de me croire, etc.
Sainct-Hilaire.
Saint-Hilaire au ministre de la Guerre"^.
Au camp des Estinnes, le 25 mai 1707.
Monseigneur,
M. de Vendôme m'a ordonné de faire charger sur des bateaux le canon et toutes les munitions de guerre portées par mon projet pour le prétendu siège de Huy et de faire descendre le tout à Namur. J'ai dépêché à M. Roujault pour avoir tous les bateaux nécessaires et se charger du payement, que j'entrevois pouvoir monter à environ dix mille écus. Je ne sais encore s'il le voudra et pourra faire.
Vous savez bien, Monseigneur, que nous n'avons point d'argent et que les vingt mille livres que vous avez fait donner h Lille ont été employées à payer une partie de nos dettes les plus criardes avant notre départ de Douay. Cette expédition, qui ne peut servir qu'à engager peutêtre à contretemps une bataille dont l'événement est incertain, et périlleux pour l'Etat dans la conjoncture présente, nous ne pouvons l'entreprendre sans avoir avant au moins vingt-cinq mille livres d'argent comptant pour les dépenses d'artillerie, non compris celles des voitures d'eau, non plus que sans une augmentation considérable d'officiers d'artillerie. J'en puis bien rassembler en ce cas huit ou dix dans les places, auxquels il faudra une augmentation de solde ; mais ce nombre ne suffit pas, et il sera nécessaire à mon avis d'eu faire venir promptement le tiers le meilleur