‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 147 sur 175 · Cette lettre ne s'est pas retrouvée · texte numérisé non relu

Cette lettre ne s'est pas retrouvée

geyck et M. de Bernières, auquel j'écris, après en avoir reçu l'ordre de Mgr le duc de Bourgogne ; mais vous ne devez rien remuer ni déplacer sans une nécessité absolue. Le Roi n'a pas ignoré le risque qu'a couru l'artillerie pendant la longue marche qu'elle vient de faire, ni les soins que vous vous êtes donnés pour sa conservation, et Sa Majesté m'a ordonné de vous dire qu'elle en est très contente.

Saint~Hilaire à M. Nicolay, premier président de la Chambre des Comptes^.

Au camp de Lovendegem, le 19 juillet 1708.

Il m'a été impossible, Monsieur, de vous parler plus tôt du combat que nous avons donné contre les ennemis près d'Audenarde, le 11 de ce mois, dont vous aurez sans doute appris toutes les particularités par des gens moins chargés d'affaires que moi. Tout ce que je vous en dirai donc est que nous avons donné un combat d'infanterie en détail et des plus mal à propos dans la conjoncture présente. On s'y est engagé je ne sais comment et, jusqu'à deux heures de nuit, que l'on a pris le parti de se retirer pour conserver Gand, l'avantage avoit été égal, si ce n'est que les ennemis s'étoient repliés sur notre droite et se trouvoient avoir tourné notre infanterie de la droite en cette partie, tellement qu'en se retirant la nuit avec peu de précaution, elle donna dans eux, qui firent beaucoup d'officiers et de soldats prisonniers, et en auroient peut-être fait davantage si une partie d'entre eux ne s'étoit sauvée àTournay.

Notre retraite sous Gand s'est faite plus heureusement qu'on ne l'avoit cru. Il s'est passé peu de chose à l'arrière-garde de notre colonne. J'ai ramené toute l'artillerie

1. Publiée par A. de Boislisle, Histoire de la maison de Nicolay, Pièces justificatives, t. I, p. 422-423.

sans avoir perdu chose au monde, ce qu'on ne croyoit pas qui se pût faire lorsque nous partîmes du champ de bataille.

Nous sommes ici dans une fort bonne situation, notre gauche sur Gand et notre droite se prolongeant du côté de Bruges. Nous avons le canal devant, tout le long duquel on fait un retranchement qui n'est pas encore achevé. Nous avons le canal du Sas derrière, et M. d'Artagnan y a pris cette nuit le Fort-Rouge, où il y avoit cent cinquante hommes qu'il a faits prisonniers de guerre.

Nous nous attachons singulièrement à conserver Gand et Bruges. A la vérité, les ennemis, dont la droite est près Menin et la gauche vers Comines, font des courses et du désordre en notre pays, d'où ils tireront de l'argent; mais ils ne peuvent prendre aucune de nos places, n'ayant point de grosse artillerie ni ce qu'il leur faut pour un siège.

Le passage de Gand leur étant fermé, ils ne peuvent rester longtemps où ils sont, manquant de vivres qui ne leur peuvent venir que de très loin et par charrois bien escortés, hors ce qu'ils tirent de Menin, qu'ils épuiseroienl bientôt.

Les troupes du prince Eugène, qui étoient hier en marche de Bruxelles à Alost, s'en sont retournées audit Bruxelles avec un convoi qu'elles menoient. Le prince Eugène fut hier les rejoindre. Je ne sais quel est leur dessein, si ce n'est l'entreprise de Namur, selon l'avis d'aucuns; mais je ne vois guère d'apparence qu'ils nous abandonnent les places de ce pays-ici. Je crois plutôt que la grande armée des ennemis se retirera au delà de l'Escaut, pour garantir Audenarde et couvrir les convois qui pourront leur venir, pendant que le prince Eugène entrera peut-être dans le pays de Waës pour couvrir Anvers, Hulst, le Sas-de-Gand et les autres places des Hollandois le long de la côte.

Nos troupes ont combattu avec plus de valeur que de

conduite. Nous ne manquons de rien et sommes en bon état, et dans un poste où nous n'avons jamais osé attaquer les ennemis lorsque nous étions dans la prospérité. Le capital est la possession de Gand, où nous sommes, ce qui contribuera fort à une bonne paix l'hiver prochain.

Voilà, Monsieur, un précis de tout ce qui s'est passé en ce pays-ci. M. le maréchal de Berwick doit être dans les derrières de Lille avec ses troupes et, quoique nous ne les ayons pas jointes, nous sommes encore plus forts que les ennemis.

Conservez-moi toujours, je vous supplie, l'honnear de vos bonnes grâces. Permettez-moi d'assurer Madame la première présidente de mes très humbles respects, et me croyez, s'il vous plaît. Monsieur, pour toute ma vie, etc.

Sainct-Hilaire.

Saint-Hilaire au ministre de la Guerre^.

Au camp de Lovendegem, le 27 juillet 1708. Monseigneur,

Dans la croyance où je suis que M. le maréchal de Berwick manque de canonniers et autres gens arlilliers pour jeter dans les places qui peuvent être menacées, j'ai demandé permission d'envover à Douay une compagnie de canonniers de celles qui servent dans cette armée, et cent deux hommes détachés de nos bataillons, dont six cadets bombardiers et six autres choisis entre les meilleurs. Ladite permission m'a été accordée, et ils sont partis ce matin pour se rendre audit Douav en traversant l'Artois, ce chemin étant plus sûr que l'autre, et M. de Vendôme l'a ordonné expressément.

Il m'ordonna hier de dépêcher h Douay pour y faire embarquer cinquante pièces de gros canon, avec les autres

Page 1