Vol. Guerre 2081, n
attirails h proportion, pour les faire passer à Condé, et aujourd'hui il m'a envoyé chercher pour me dire de faire passer tous ces attirails par terre, à travers l'Artois, à Dunkerque, et qu'il écrivoit à M. le maréchal de Berwick pour lui faire donner les escortes nécessaires, et que j'allasse parler à Mgr le duc de Bourgogne, qui désiroit faire le siège d'Ostende. Sur cela, j'ai pris la liberté de lui représenter que nous n'avions aucuns chariots à porter corps de canon, pour faire cette voiture dans un pays aussi difficile, et qu'ils étoient h Givet et à Maubeuge avec quelques affûts de 24 et autres trains dont nous manquons à Douay. Il m'a ordonné d'écrire sur-le-champ pour les faire venir, ce que j'ai fait chez lui. Après cela, je lui ai représenté la quantité de chevaux de charrois et le temps qu'il falloit pour transporter tout cet attirail, la difficulté même du passage dans la situation où sont les ennemis. Sur quoi, il m'a commandé d'écrire sur-le-champ à Douay, que les intendants dévoient fournir les chevaux et les voitures, et que c'étoit son affaire de faire passer le tout sûrement.
J'ai été ensuite trouver Mgr le duc de Bourgogne, qui a eu la bonté d'entrer dans toutes mes raisons ; mais cependant, après lui avoir montré les lettres que j'écrivois à Douay, Maubeuge et Givet, où une partie des difficultés étoient déduites, et même que nous ne pouvions fournir un seul sol pour ces dépenses, manquant absolument d'argent depuis longtemps, il a conclu qu'il falloit toujours mettre tous ces attirails en mouvement et, sur la grâce que je lui ai demandée de vouloir bien en informer Sa Majesté, il m'a dit qu'il le feroit. M. de Charmont a pris mes lettres, et on les doit envoyer ce soir par un courrier exprès à Douav et Maubeuge.
Pauvre petit subalterne que je suis, je n'ai pu insister davantage; mais, dans la conjoncture présente, dont je ne doute pourtant pas que vous ne soyez bien informé, je crois que vous ne désapprouverez pas mon petit raison-
nement, au contraire, sur lequel vous ferez l'attention que vous jugerez à propos.
Premièrement, il faudra plus de quatre mille chevaux du pays pour le transport de tout cet attirail, que je ne crois pas qu'on puisse rassembler dans la situation présente des choses. La grande dépense, soit pour le Roi ou poulie pays, la difficulté du passage sans l'escorte d'une armée, la variété des projets qu'on fait de deçà, qui changent d'un jour à l'autre aussi bien que la face des afiPaires, joint à cela que les ennemis vont sans doute assiéger Lille ou Tournay, leur grosse artillerie étant arrivée aujourd'hui à Bruxelles, malgré les précautions un peu trop tardives qu'on avoit prises pour faire sauter les écluses de Willebroeck, où ils ont à présent un poste. Or, s'ils assiègent Tournay ou Lille, duquel ils auront certainement meilleur marché, les voilà incontinent sur Douay, qui ne vaut rien, comme vous savez, ou sur Arras, et je doute fort que Sa Majesté préfère le siège d'Ostende et même la conservation de Gand et de Bruges à la conservation des frontières de son royaume. S'il en étoit autrement, il me paroitroit bien à propos de tâcher promptement de vider Douay de toute la grosse artillerie et des munitions de guerre superflues à la défense de la place; vous en avez tous les états. Elles ne se peuvent transporter par eau, les ennemis s'attachant à Lille ou à Tournay, et les chevaux et chariots qui doivent s'assembler audit Douay pour le prétendu siège d'Ostende pourroient servir à voiturer à Valenciennes et Cambray, et il n'y auroit guère de temps à perdre ; car je tiens qu'il y a plus de quinze millions pesant d'artillerie et munitions superflues à la défense dudit Douay, qu'on pourroit voiturer à Valenciennes et Cambray, en tout ou partie, selon le temps qu'on auroit et les moyens.
Pour revenir au siège d'Ostende, M. le comte de Bergeyck, que j'ai vu ce soir, dit qu il ne se peut faire, les
ennemis ayant une flotte en mer, et y fait encore d'autres objections, quant à présent, lesquelles seroient trop longues à déduire ici.
Et, pour revenir ensuite à ce qui est le plus présent, j'aurai l'honneur de vous dire, Monseigneur, que Mgr le duc de Bourgogne veut faire attaquer le fort Philippe, près Ostende, dont on prétend tirer des utilités, dont M. le comte de Bergeyck, avec lequel je m'en suis expliqué ce soir, ne convient pas, si ce n'est qu'il empêche de rien sortir de deçà dudit Ostende et met à couvert le fort de Plasschendaele que nous occupons sur le canal. Pour cet effet, il m'a demandé de la grosse artillerie de Dunkerque, qui est la seule place à portée d'en pouvoir tirer. Sur cela, j'ai eu l'honneur de le supplier de vouloir bien donner ses ordres lui-même, n'osant dégarnir Duukerque de grosse artillerie dans la conjoncture présente, et il a écrit à M. de Lomont la lettre dont vous trouverez copie dans ce paquet, après m'avoir demandé ce qu'il falloit, ce que je n'ai pu refuser de faire, et a écrit une lettre à Nieuport pour en tirer quatre-vingts milliers de poudre pour celte expédition.
Attendu les variations journelles qui surviennent, je vous demande la grâce. Monseigneur, de vouloir bien donner des ordres précis à ce qu'il ne soit rien dérangé des places de Sa Majesté que ce qu'elle jugera à propos ; car, d'un côté, j'ai peur de faillir contre son service et je ne puis me dispenser d'obéir lorsque Mgr le duc de Bourgogne parle.
Les chemins de l'Artois étant présentement fort hasardeux, je n'ai pu tirer de Douay les cinq pièces de batterie que vous m'ordonnez par votre lettre du 18 de faire passer à Calais, et je ne les y ai pu prendre qu'à Dunkerque, où j'ai écrit de les envoyer, tellement que voilà Dunkerque bien dépourvue de grosse artillerie, quand on en sortira encore les six pièces que Mgr le duc de Bourgogne ordonne.
J'ai ordre d'aller demain à Bruges pour m'aboucher avec M. le comte de la Motte sur l'expédition du fort Philippe.
J'ai l'honneur, etc.
Sainct-Hilaire,
Réponse en apostille : Il saura par Mgr le duc de Bourgogne les résolutions que le Roi a prises sur les ordres qui lui avoient été donnés pour le transport d'artillerie, et il se conformera à ce qui lui sera de nouveau ordonné par mondit seigneur.
A cette lettre est jointe la copie d'une lettre du duc de Bourgogne à M. de Lomont, commandant à Dunkerque, datée du 26 juillet; nous la donnons parce quelle a été omise dans V Appendice du tome II des Lettres du duc de Bourgogne au roi Philippe V, récemment paru :
M. de Lomont, je vous écris pour vous marquer que nous avons besoin, pour une expédition, de six pièces de 24, armées et montées sur six bous aflpûts de campagne à hauts rouages, avec leurs avant-trains, plus de deux affûts de rechange de même que les premiers avec leurs avanttrains, deux paires d'armes aussi, de même avec un tirebourre, les coins de mire desdites pièces et les leviers nécessaires pour icelles, deux chèvres complètes et tout à fait garnies, un cric à canon, deux mille boulets de 24, six plates-formes complètes à canons, six mortiers de 12 pouces, huit aflPûts de fer coulé pour iceux, garnis de leurs coussinets, douze cents bombes de 12 pouces, quinze cents fusées chargées pour lesdites bombes bien embarillées, six plates-formes complètes à mortiers, six cents grenades chargées, trois mille outils h remuer la terre bien emmanchés, dont les deux tiers bêches ou écoupes, six cents livres de mèche entonnée, deux mille sacs à terre aussi de même. Vous ferez embarquer le tout avec le plus de diligence qu'il vous sera possible et conduire à Nieuport avec l'escorte que vous jugerez néces-
saire, sous la conduite d'un officier d'artillerie de votre place, qui sache rendre compte desdites munitions de guerre et qui porte avec lui un état du contenu en sa voiture, afin qu'on le puisse confronter à l'ordre que je vous envoie. Vous m'avertirez du jour du départ et de celui que vous jugerez que cela pourra arriver à Nieuport. J'écris au Roi que je vous envoie cet ordre et que, connoissant votre application, je ne doute point qu'il ne soit exécuté ponctuellement. Il est bon que ce que vous arrangerez se fasse avec secret.
Saint-Hilaire au ministre de la Guerre ^ .
Au camp de Lovendegem, le 31 juillet 1708. Monseigneur,
J'ai été à Bruges, par ordre de Mgr le duc de Bourgog^ne, m'aboucher avec M. le comte de la Motte touchant les entreprises sur Ostende et sur le fort Philippe qu'on avoit projetées de deçà. J'ai rédigé cette conférence par écrit et l'ai rapportée à Mgr le duc de Bourgogne. Hier, il fit venir M. le comte de la Motte; cette affaire fut de nouveau agitée, et on conclut que l'entreprise d'Ostende étoit impossible quant à présent et que celle sur le fort Philippe étoit absolument inutile pour les fins qu'on s'étoit proposées. Mgr le duc de Bourgogne, en cette conséquence, a contremandé la grosse artillerie qui devoit venir de Dunkerque ; ainsi celte place ne sera pas dérangée.
Dans l'embarras d'affaires où vous êtes, j'ai jugé hors de propos de vous envoyer l'écrit que j'ai rapporté de la conférence que j'ai eue avec M. le comte de la Motte sur les sujets ci-dessus énoncés, d'autant plus que je ne crois pas que ces projets se renouvellent; si pourtant vous le désirez, je tiendrai cet écrit tout prêt.