Vol. Guerre 2082, n
V préparer, s'il est possible, jusques à cent pièces de g^ros canon et attirail en conséquence, que M. de Vendôme veut mener au secours de Lille, que l'on tient ici pour assiégé. Il vient d'écrire à M. de Dernières pour assembler tous les chevaux nécessaires dans le pays. A vue, je juge qu'il en faudra plus de six mille, et ce n'est pas une chose qui puisse être très prompte ni facile, principalement dans le temps de la moisson où nous sommes, outre que cet attirail n'est pas facile à mouvoir ni faire agir avec un pareil équipage et sur-le-champ, comme l'occasion le requiert, et même sans argent. Enfin, je vais partir dans ce moment et ferai du mieux qu'il me sera possible. Quoiqu'il ne m'appartienne pas de parler sur ce sujet et que je sache que les grands hommes comme M. de Vendôme pensent au-dessus du vulgaire, je ne puis m'empêcher de dire ici que je n'ai vu ni ouï dire qu'on se soit jamais servi d'un tel attirail en pareille occasion, qui est toujours une afiFaire de peu de temps. Je ne parlerai point de toutes les autres difficultés à alléguer contre ce projet, et même de son inutilité, s'il m'est permis de le dire; elles sont trop visibles d'elles-mêmes; je dirai seulement que, si malheur survient à notre armée, toute cette grosse artillerie sera absolument perdue, et les ennemis s'en serviront à prendre toutes nos places.
Mgr le duc de Bourgogne n'approuve point ce projet ni ne le tient possible dans l'exécution, non plus que les principaux de cette armée, qui en ont ouï parler il y a déjà quelques jours. Quoi qu'il en soit, je vais faire tous mes eflforts pour l'effectuer, à moins que vos ordres, que j'ai l'honneur de vous demander, adressés à Douay, où je compte d'arriver après-demain, ne m'arrêtent tout court.
J'ai l'honneur, etc.
Sainct-Hilaire.
Je vous demande la grâce. Monseigneur, de vouloir bien assurer Sa Majesté que le secours de Lille ne manquera pas en ce qui dépendra de moi tant que je vivrai.
Le ministre de la Guerre à Saint-Hilaire^.
A Fontainebleau, le 19 août 1708.
J'ai rendu compte au Roi de ce que vous me mandez par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le l'7 de ce mois, de l'ordre que M. le duc de Vendôme vous avoit donné d'aller à Douay préparer jusques à cent pièces de gros canon, dont il projetoit de se servir pour le secours de Lille. Sa Majesté, après avoir réfléchi aux difficultés et aux conséquences de ce grand attirail, m'a commandé de vous faire savoir qu'elle trouve bon que vous en prépariez seulement jusqu'à trente pièces du calibre de 24, et le plus que vous pourrez de 12, 8 et 4. Elle le mande ainsi à Mgr le duc de Bourgogne et à M. le duc de Vendôme, en leur faisant connoître quelles sont ses intentions pour cette expédition.
Saint-Hilaire au ministre de la Guerre'^-.
A Douay, le 28 août 1708.
Monseigneur, Vous trouverez ci-joint l'état des principales munitions de guerre qui sont dans cette place, laquelle n'est aucunement en état de défense et ne tiendroit pas deux fois vingtquatre heures devant l'ennemi. Les chemins couverts, principalement du côté de l'attaque, sont la plupart éboulés et sans aucunes palissades, quoiqu'il y en ait ici une provision de vingt-sept à vingt-huit mille, à ce que l'ingénieur vient de me dire. On n'a pas non plus formé l'inondation, et il faut huit jours pour le faire, quand les eaux sont bonnes, et, à présent qu'elles ne le sont pas, il en