‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 151 sur 175 · Vol. Guerre 2082, n · texte numérisé non relu

Vol. Guerre 2082, n

faut davantage. Cependant l'étal-major est ici dans une grande sécurité, et les ennemis battent Lille fortement depuis hier matin. J'ai l'honneur de vous dire tout ceci à propos de notre grosse artillerie, qui certainement paroît en grand péril, h moins qu'on n'y pourvoie promptement. J'espère qu'ils ne prendront point Lille; mais enfin les événements sont douteux. Il faut du temps pour cette évacuation, et il se raccourcit tous les jours. J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire là-dessus, et, si les ennemis se saisissoient de cette ville, ils y trouveroient des ressources pour d'autres conquêtes et n'auront pas besoin de les faire venir de leur pays.

Par l'état ci-joint, si vous le jugez à propos. Monseigneur, vous pourrez régler ce qui doit rester dans cette place, par rapport au temps qu'elle peut tenir, et donner vos ordres pour l'évacuation du superflu, qu'il me paroît qu'il faudroit distribuer à Valenciennes, Cambray et Arras, qui deviendroit aussi fort frontière par la prise de Lille. C'est pourquoi il y faudroit mettre seulement quelques grosses pièces, et une grande partie des fers coulés à cause de la facilité de la rivière, qui pourtant ne peut porter un grand poids depuis cette ville jusques audit Arras, ni fournir une suffisante quantité de bateaux tous à la fois. J'ai l'honneur de vous représenter toutes ces choses afin que vous puissiez faire l'attention que vous jugerez nécessaire et donner les ordres qui conviendront pour faire fournir par MM. les intendants les chevaux de trait, chariots et bateaux qui conviendront. Cela suppose que Sa Majesté trouve cette évacuation à propos. Vous pourrez, Monseigneur, adresser vos ordres à M. de Rond, commissaire provincial d'artillerie en cette ville, qui est homme diligent et entendu; car je ne crois pas que M. de Vendôme me laisse longtemps en cette ville, avec l'attirail que j'y ai préparé pour le secours de Lille, et il

me fâche fort d'y être si longtemps, pouvant être plus utile ailleurs, si le projet de M. de Vendôme de me faire joindre entre ici et Lille trouvoit ses difficultés, comme il pourroit bien arriver. Je n'ai pas encore la réponse de M. de Bernières par l'exprès que je lui ai dépêché; peut-être aurat-il joint M. le maréchal de Berwick qui sera passé outre Mons pour faire sa jonction avec Mgr le duc de Bourgogne. Si cela est, je ne puis plus rejoindre par delà de l'Escaut, à cause de la position de l'armée de M. de Marlborough, et je me trouverai contraint d'attendre que la nôtre ait passé cette rivière. Je vous assure, Monseigneur, que le voyage que j'ai fait en cette ville me déplaît fort ; car j'aurois pu être plus utile ailleurs, et je ne m'y serois pas épargné.

J'ai l'honneur, etc.

Sainct-Hilaire.

Le ministre de la Guerre à Saint-Hilaire^.

A Versailles, le 31 août 1708.

J'ai reçu vos deux lettres des 27 et 28 de ce mois^. Il n'y a pas d'apparence que l'armée de Sa Majesté étant une fois placée entre Lille et Douay, que cette place, quoique mauvaise, soit exposée et que les ennemis puissent songer à l'attaquer. Il y aura du temps pour vous donner des ordres sur ce que vous voulez prévenir d'avance. Rien ne contribueroit davantage à répandre une terreur universelle dans la Flandre que le transport que vous proposez de faire dans la conjoncture présente. Je vous donnerai de mes nouvelles de jour à autre et me réglerai pour cela sur celles que je recevrai de l'armée de Mgr le duc de Bourgogne et de l'état où se trouvera le siège de Lille.

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