Alexandre de Bar, brigadier d'infanterie depuis
offre ; il fit aussi payer argent comptant tous les vivres et munitions qui y étoient, ainsi qu'on les lui avoit payés quand on se rendit maître de sa place. De Bar et sa garnison furent conduits à Mantoue^
On négocie avec le 'prince Eugène pour le retour des troupes françaises et autres du Mantouan et Lombardie. Conclusion et conditions du traité, qui s'exécute de bonne foi de part et d'autre. — Le Roi, ayant perdu l'envie qu'il avoit à la fin de la campagne dernière de faire rentrer ses armées en Italie, pour réparer, s'il y avoit moyen, les pertes que les deux Couronnes y venoient de faire, envoya ordre au prince de Vaudémont et au comte de Médavy de négocier avec le prince Eugène, autorisé par l'Empereur, l'évacuation de Mantoue, du Mantouan, des places de la Lombardie et du château de Milan, qui étoient encore occupés par les armées des deux Couronnes, à condition que ses troupes se retireroient saines et sauves en France. Le traité en fut signé le 13 mars^, et portoit en substance que les officiers généraux et les troupes auroient la liberté de retourner en France, avec leur artillerie, armes et bagages, pour s'y rendre à petites journées par la route la plus commode, à travers le Piémont et la vallée de Suse, sans que le duc de Savoie, ni quelque autre puissance que ce fût, pussent leur refuser le pas-
1. Il y a dans les Mémoires militaires, t. VI, p. 750-753, les « Points et articles des demandes faites par M. de Bar et annotés par le comte de Wallis, commandant à Modène, G février 1707 ».
2. Les pièces relatives à cette négociation et le traité qui stipula le libre retour des troupes françaises sont dans les Mémoires militaires, p. 381, 384 et 753-768; voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XIV, p. 449.
sa^e ni les commodités nécessaires pour la subsistance des hommes et des chevaux; de plus, qu'on leur en fourniroit pour l'artillerie, et les voitures nécessaires pour les bagages, les malades et les blessés. Cette artillerie consistoit en trente-huit pièces de moyen calibre, des munitions pour tirer cinquante coups chacun et quinze coups par chaque cavalier et soldat. Ce traité fut ratifié par le duc de Savoie, et exécuté de bonne foi de part et d'autre. [Je finis ici le triste récit de cette guerre d'Italie par cette courte réflexion : 0 Ciel ! tes décrets sont impénétrables aussi bien qu'inévitables!]
Malgré tous les malheurs qui étoient arrivés à la France pendant la dernière campagne, le Roi redoubla de courage, et les peuples firent des efforts incompréhensibles pour le remettre en état de continuer la guerre, si on ne pouvoit la finir par une bonne et honorable paix.
L'électeur de Bavière avoit entamé pendant l'hiver, de la part de la France, quelques négociations avec les États-Généraux des Provinces-Unies, qui n'eurent point lieu, parce qu'eux et les Alliés firent des propositions trop déraisonnables pour les écouter. Ainsi on se prépara à leur résister de toutes parts, et à faire une campagne plus heureuse que la précédente, s'il étoit possible. Toutes les troupes furent bien recrutées et réparées, et nos armées se trouvèrent considérablement augmentées par le retour de nos troupes qui avoient été en Italie.
Campagne de Flandres de l'année 1707. — Notre armée de Flandres fut composée de cent vingt-trois bataillons, cent quatre-vingt-sept escadrons, quatre-
vingts pièces de canon, et plus d'officiers généraux qu'il n'étoit peut-être nécessaire. Elle fut commandée par l'électeur de Bavière, qui eut sous lui M. de Vendôme.
Au par-dessus de cette armée, nous avions encore un petit camp volant du côté de la Flandre, commandé par le comte de la Motte.
L'armée des ennemis fut commandée par le duc de Marlborough, et n'étoit pas tout à fait aussi nombreuse que la nôtre, en ce qu'ils n'eurent que quatre-vingtdix-neuf bataillons et cent soixante-sept escadrons ; mais ils avoient le double d'artillerie. Notre armée se trouva toute assemblée le 21 mai; elle alla camper, sa droite à Gosselies, et sa gauche au Piéton.
Le duc de Marlborough, qui étoit arrivé à la Haye dès le 18 avril, après y avoir conféré avec les États et ses officiers généraux^, et leur avoir donné ses ordres pour le commencement de la campagne, en partit au bout de quelques jours, pour aller négocier à la cour de Berlin, de la part de la reine d'Angleterre, et près du roi de Suède, qui étoit alors [à Altranstadt] en Saxe, où il tenoit en échec le roi Auguste, qu'il venoit de détrôner en Pologne 2. On a dit que ce Mylord ne fut pas content des négociations de son voyage; quoi qu'il en fût, il n'y séjourna pas longtemps, et s'en vint
1. Un « Etat des officiers généraux et brigadiers destinés à servir à l'armée des Pays-Bas, 28 mars 1707 «, a été publié dans les Mémoires militaires.
2. Il ne semble pas que Marlborough ait été envoyé vers Charles XII, mais plutôt auprès de l'électeur de Brandebourg, roi de Prusse, et du roi Auguste de Pologne, pour obtenir leur neutralité pendant la campagne qui allait s'ouvrir [Mémoires de Lambert!/, t- IV'; P- 432-436).
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joindre son armée, qui s'étoit assemblée près de Bruxelles, à Anderlecht, puis vint camper à Soignies.
L'Électeur arriva le 2l8 à Sombreffe, où l'armée se campa sur trois lignes en colonnes renversées. Sur ce mouvement, les ennemis levèrent leur camp de Soignies, et reprirent la route de Bruxelles, puis marchèrent à Louvain, où ils passèrent la Dyle, et vinrent camper à Bossut : de là ils couvroient en même temps Bruxelles, Malines, Louvain et le côté d'Anvers. Le duc de Marlborough en détacha quelques bataillons qu'il envoya dans les places de la Meuse, pour fortifier les garnisons, qui étoient très foibles.
L'Électeur décampa de Sombreffe le 2 juin, par le plus vilain temps du monde, et vint à Gembloux, où l'armée campa sur trois lignes, depuis Sauvenière^ jusqu'à Blanmont-, sa droite appuyée sur la petite rivière de l'Orneau^, et sa gauche vers la Thille^; on fit aussi camper quelques troupes de l'autre côté de la Méhaigne, pour couvrir le quartier général.
Les ennemis, de leur côté, marchèrent sur la Geete, et mirent leur droite à Hougaerde, et leur gauche à Waldruck^ ayant un bois devant eux, la rivière de Geete à leur droite, un gros ruisseau et des flaques d'eau impraticables à leur gauche. Il n'y avoit qu'un seul débouché pour aller à eux, de manière qu'il
1. Village à deux kilomètres sud-est de Gembloux; le manuscrit estropie ce nom en Fauventières .
2. Hameau de la commune de Chastre-Villeroux, sur la route de Bruxelles à Namur.
3. Petit ruisseau, sous-affluent de la Sambre, qui passe à Gembloux et à Sauvenière.