‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 21 sur 175 · Château fortifié à peu de distance à l'est de Carlsruhe · texte numérisé non relu

Château fortifié à peu de distance à l'est de Carlsruhe

et s'y rendit lui-même le lendemain à la petite pointe du jour. 11 trouva que les ennemis commençoient à embrasser Dourlach avec deux colonnes d'infanterie. Il ordonna encore au marquis de Nangis* de s'y jeter avec trois cents grenadiers et de faire faire un grand bruit d'instruments militaires, pour faire croire que toute l'armée arrivoit. Les dragons de la gauche y vinrent aussitôt au galop et furent suivis de trois brigades d'infanterie et d'une d'artillerie, que l'on posta auprès d'un moulin, au bord d'un ruisseau qui séparoit les deux armées. Pendant le jour, on se canonna de part et d'autre; le soir, les ennemis se campèrent, leur gauche, où ils avoient beaucoup d'infanterie, commençant sur la hauteur de Dourlach, toute l'armée se prolongeant dans la plaine qui est au-dessous, tirant vers Bruchsal, les montagnes derrière; le quartier général fut à Grôtzingen.

Le maréchal de Villars, de son côté, fit faire un petit mouvement à son armée et plaça sa droite près du château de Gottesau, qui, dans cette situation, se trouva à portée de soutenir les trois brigades qu'il avoit fait avancer contre Dourlach.

Petite canonnade de Dourlach. — Les armées demeurèrent pendant plusieurs jours en cette situation, et on se canonnoit avec assez de vivacité ; les ennemis y perdirent plus de monde que nous, parce qu'ils étoient

1. Louis-Armand de Brichanteau, marquis de Nangis, n'était encore que brigadier d'infanterie; il fut nommé maréchal de camp en 1708 et parvint en 1741 au grade de maréchal de France. Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. XII, p. 17 et 271) l'a peint à cette époque comme le favori des dames et la « fleur des pois « de la cour.

plus en vue, et quelques petits camps avancés qu'ils avoient furent même obligés de se retirer en arrière*.

Enfin, vers la fin du mois, tous les fourrages, entre les rivières d'Alb et de Murg*, se trouvant consommés, le maréchal renvoya tous ses gros bagages à Lauterbourg, et se prépara à décamper, pour aller à Rastadt. Dans ce dessein, il fit faire quantité de ponts sur l'Alb, afin de passer plus commodément, de même sur les ruisseaux qui pou voient embarrasser sa marche, et fit courir le bruit que ces ponts n'étoient faits que pour faire durer ses fourrages plus longtemps, et de les faire avec plus de facilité.

Le maréchal décampe et vient à Rastadt. — Toutes ces mesures étant prises, le maréchal fit marcher à l'entrée de la nuit vers Rastadt ses menus bagages et son artillerie, qui fut suivie par l'armée en belle ordonnance. Le marquis d'Hautefort fut chargé de l'arrière-garde, et de retirer les postes de Dourlach et des environs, qui étoient très proches de ceux des ennemis; ce qu'il fit très heureusement, à la faveur d'une grande pluie, qui endormit leur vigilance, tellement qu'ils ne s'aperçurent de la marche de notre armée que quand le jour fut venu. Elle campa à Rastadt, la droite à Kuppenheim^, la gauche vis-à-vis de Rastadt, aboutissant à un ravin qui alloit jusqu'à un

1. L'Histoire militaire du marquis de Quincy raconte cette canonnade et dit qu'elle fit beaucoup de mal aux ennemis (t. V, p. 319-321); voyez aussi les Mémoires militaires, l. VIT, p. 247.

2. Ces deux rivières sont deux affluents de droite du Rhin, au sud de Carlsruhe et de Dourlach.

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