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de la bataille d'Almanza renversa tous leurs projets.
Le marquis de Bay et le duc d'Ossone, voulant profiter de l'heureuse conjoncture, entrèrent dans le Portugal chacun de leur coté. Le duc vint assiéger Serpa et Moura*, qui firent quelque résistance, et il ne laissa pas, quoiqu'il eût peu de troupes, de réduire ces deux places; les garnisons furent faites prisonnières de guerre. Le niarquis de Bay, de son côté, entra dans ce royaume du côté de Castel-Rodrigo, dans la province de Tra-los-Montes^, et vint jusques au pont d'Olivença^ par une marche forcée. Il attaqua ce pont, s'en rendit maître et y fit quelques prisonniers de guerre. Ces deux généraux avoient dessein de pousser plus avant leurs exploits ; mais les chaleurs excessives qui avoient déjà commencé les obligèrent de mettre leurs troupes en quartier de rafraîchissement dans l'Estrémadure jusques à ce qu'elles fussent passées.
Après cela, le marquis de Bay rassembla ses troupes à Péralez^, et, ayant été joint par les mihces, il se mit en marche et arriva aux environs de Ciudad-Rodrigo^ vers le 17 septembre. Le lendemain, il fit investir la place et travailler à des lignes de circonvallation. Le
1. Villes de la rive gauche de la Guadiana, dans la province d'Alemtejo.
2. Castel-Rodrigo n est pas dans la province de Tra-los- Montes, mais dans celle de Beira-Alta.
3. Olivença est situé bien plus au sud, dans la province de Badajoz.
4. Cette localité, que la Gazette appelle le port de Peralez, doit être Peralejos-de-Abajo, dans la province espagnole de Salamanque.
5. Nous avons vu cette ville prise par les Portugais en 1706 : tome IV, p. 237-239.
20, la tranchée fut ouverte, et, le 4 octobre, les brèches se trouvèrent suffisantes pour y donner l'assaut. On somma le gouverneur de se rendre, et, pendant qu'il agitoit la question dans un conseil de guerre qu'il tint, MiromesniH, avec quatre cents grenadiers commandés pour essayer de monter sur la brèche, trouva le moyen de se glisser jusques au rempart de la ville, sans être aperçu et sans y trouver qu'un petit détachement qui s'opposa à son passage et qu'il força. Ainsi il entra dans cette place et fit passer d'abord au fil de l'épée une soixantaine de soldats qui se vouloient défendre. Le gouverneur sortit aussitôt du château et vint dans la ville pour tâcher de nous en chasser. Pendant ce temps-là, les troupes de l'armée se jetèrent dans la place. Le gouverneur voulut se retirer dans le château avec les siennes; mais Miromesnil, qui s'en étoit douté, y avoit déjà marché avec son détachement et y entra aussitôt que le gouverneur. Il y avoit dedans cinq cents hommes qui mirent les armes bas. Les assiégés eurent quatre cents hommes de tués dans la chaleur de l'action. On fit le gouverneur prisonnier avec deux cent quatrevingts officiers, dix-huit à dix-neuf cents soldats; on y trouva aussi six cents malades ou blessés, cinquantesix drapeaux ou étendards, treize pièces de canon, des mortiers, des vivres et des fourrages en grande quantité. Les deux Couronnes n'y eurent qu'environ trois cents soldats tués ou blessés. La conquête de cette place étoil très importante en ce qu'elle couvroit la Castille et donnoit entrée en Portugal-.
1. Jean-Baptiste Hue, luarquis de Miromesnil, avait eu un régiment d'infanterie en 1694, et était brigadier depuis 1704; il passera maréchal de camp en 1710.