Les correspondances de la Gazette (p. 488, 498-499 et
Pendant ce temps-là, les Portugais, ayant ramassé tout le plus de troupes qu'ils purent, marchèrent à Moura pour l'assiéger. Le marquis de Bay alla au secours et fit lever le siège sans coup férir; les pluies d'automne, qui sont ordinairement grandes dans ce pays-là, étant survenues, le marquis de Bay envoya ses troupes dans leurs quartiers d'hiver.
Siège de Lérida. — Je viens à présent au siège de Lérida, dont S. A. R. eut tout le temps de faire faire tous les préparatifs; car l'assemblage de la grosse artillerie et des munitions de guerre est très difficile à faire, principalement en Espagne, où il n'y avoit point d'arsenaux de réserve dans lesquels on pût puiser. Ce qui venoit de France se tiroit de fort loin, et ne pouvoit venir qu'à force d'argent, de peine et de lenteur, à cause de la difficulté des chemins et des passages dans les montagnes. Ainsi S. A. R., en attendant ces secours essentiels, eut tout le temps de faire faire ses lignes de circonvallation, l'établissement de ses quartiers et les autres dispositions'. Il voulut attendre que tout cela fût arrivé à son camp, ou à une petite portée, pour pousser son siège avec une égale vigueur et n'être pas obligé à le ralentir, quand il l'auroit une fois commencé, ce qui auroit produit deux méchants effets, en ce que son armée en auroit pu être découragée ou la maladie s'y mettre, ce qui arrive assez ordinairement quand les sièges dégé-
510-511) donnent des détails précis sur le siège et la prise de Ciudad-Rodrigo.
1. La Gazette dit en effet que le siège fut retardé d'abord par les chaleurs, ensuite par la nécessité de réunir des approvisionnements et des munitions (p. 380, 402, 461, 487-488, 499-500).
nèrent en longueur; et l'autre, que ses attaques et ses batteries mollissant une fois par défaut de canon et de munitions, les assiégés en auroient pris de l'audace, et eu toutes sortes de facilités de réparer les brèches et les autres travaux démolis jusqu'alors. C'est pourquoi ce prince différa l'ouverture de sa tranchée devant la ville jusques à la nuit du 2 au 3 octobre. Mais, avant de pousser plus loin la narration de ce siège, j'estime à propos de donner une courte description de la situation de cette place, de ses fortifications, de la force des assiégés et de celle de l'armée des deux Couronnes qui en fit le siège.
Cette ville ^ est située sur le bord de la rivière de Sègre, sur laquelle les ponts sont fort difficiles à construire et à maintenir, à cause de sa rapidité et des enflements subits qui surviennent aux moindres pluies. Elle est assez grande et a un évêché. Les fortifications en étoient irrégulières et médiocres, quoique les ennemis y eussent assez travaillé depuis qu'ils la tenoient; mais il y a un bon château, situé sur un roc très vif et très peu accessible, excepté du côté de la ville, où il y a une pointe de terre que les ennemis avoient fortifiée par un grand ouvrage, avec un chemin couvert [en bon état; et, partout ailleurs, tant de la ville que du château,] les ouvrages extérieurs étoient peu de chose; mais, en récompense, les avenues du château, qui étoit d'une petite capacité, étoient très difficiles, parce (|ue partout on trouvoit un terrain montueux et d'un roc fort vif qui n' étoit couvert d'aucune terre et que par
1. Le Grand Dictionnaire géographique de Bruzen de la Martinière donne aussi une description sommaire de Lérida et de ses fortifications.
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conséquent on ne pouvoit creuser, tellement qu'il falloit faire des tranchées par industrie, aussi bien que les batteries, pour lesquelles on étoit obligé d'apporter de la terre de bien loin pour remplir les gabions, les ennemis ayant eu d'ailleurs la précaution de détruire jusques au loin les menus bois dont on auroit pu faire des fascines et des piquets.
Consistance de l'armée des deux Couronnes. — Notre armée étoit composée de cinquante et un bataillons et de soixante-douze escadrons; l'artillerie n'étoit pas nombreuse.
Consistance de la garnison. — Un prince de Darmstadt^ commandoit dans la place, et sa garnison consistoit en deux bataillons anglois, un hollandois, deux portugais et deux de miquelets. Cette garnison ne manquoit de rien de ce qui est nécessaire à une bonne et longue défense.
Il y avoit encore un fort nommé Garden sur un rocher^ qui dépendoit de la ville et en étoit trop éloigné pour être utile à sa défense, et qui ne pouvoit nuire aux assiégeants, qui le laissèrent là par cette raison.
La tranchée devant la ville, ayant été ouverte, comme je l'ai dit, la nuit du 21 au 3 d'octobre^, quoique dans
1. C'était le prince Henri de Hesse-Darmstadt, frère du prince Georges dont il a été parlé déjà ci-dessus, tome II, p. 417; il était passé en Espagne avec son frère, et l'Archiduc lui avait donné le gouvernement de Lérida.