Quincj dit le 6 novembre
et recevroit éjj;alenieiit les propositions de ces officiers que celles du bri^çadier; à quoi il ajouta qu'il vouloit savoir sur l'heure si le prince de Darmstadt vouloit traiter pour le fort Garden aussi bien que pour le château, quoique ce fort n'eût point encore été attaqué, sans quoi il ne recevroit la garnison que prisonnière de guerre, et qu'il ne vouloit écouter d'autres propositions; moyennant quoi, et en considération du prince de Darmstadt, il leur accorderoit une capitulation honorable ; qu'il ne donnoit qu'une heure pour se déterminer, pendant laquelle il y eut encore quelques allées et venues.
Réduction du château de Lérida et du fort de Garden. — A la fin, le prince de Darmstadt accepta les conditions et capitula pour le château et le fort de Garden, où on entra le lendemain*.
La garnison fut conduite à l'armée de Mylord Gallway, avec les honneurs de la guerre; mais, pour ce qui étoit des bourgeois, des prêtres et des moines qui s'étoient retirés dans le château, il fut convenu qu'ils se remettroient entièrement à la clémence du roi d'Espagne et, quant aux miquelets, qu'ils suivroient la garnison le bâton blanc à la main-.
C'est ainsi que finit le siège de cette place, où nos armées, sous d'excellents capitaines, avoient ci-devant
1. La capitulation fut signée le 12 novembre, et la garnison sortit du château et du fort le 14. Le marquis de Quincy (p. 440) donne le texte de la capitulation.
2. C'est-à-dire sans armes ni bagages, n'ayant que leurs vêtements et un bâton pour les aider à marcher, au contraire de la garnison, qui, ayant obtenu les honneurs de la guerre, emportait ses armes et ses bagages.
échoué deux ou trois fois', et peut-être en seroit-il arrivé autant à celle-ci, si le prince de Darmstadt n'avoit pas fait la faute (dont il fut fort blâmé) de soutenir un assaut dans la ville, qui la ruina totalement, et de se retirer dans le château, qui étoit fort petit, avec le résidu d'une nombreuse garnison et trois ou quatre mille bourgeois qui s'y réfugièrent et y engendrèrent une corruption épouvantable qui y causa la disette et la peste, ainsi que je l'ai déjà dit, et le contraignit de se rendre, ce qu'il y a apparence qu'il n'auroit pas fait sans cela, dans une saison aussi avancée, où notre armée, après tant de séjour, commençoit à manquer de subsistance et de munitions, qui ne pouvoient lui venir que de très loin et avec beaucoup de difficulté.
S. A. R. se conduisit en ce siège avec toutes les précautions dont il se put aviser et toute la vigilance possible. Il exposa beaucoup sa personne, ce qu'on n'aura pas de peine à croire, puisque ce prince a toujours donné des marques certaines de son courage et de sa valeur.
Le marquis de Joffreville fait une course dans la Catalogne, y établit des contributions et revient à l'armée. — Sitôt que Lérida fut pris, on rasa tous les travaux du siège, et S. A. R. donna les ordres nécessaires pour la conservation de la place. Elle détacha encore le marquis de Jofîreville-, avec deux mille chevaux
1. Le comte d'IIarcourt avait échoué devant Lérida en 1646, et, l'année suivante, le Grand Condé avait été également obligé de lever le siège de cette place.
2. François Le Danois, marquis de JofTreville : tome III, p. 254.
pour aller faire une course dans la Catalogne, où il pénétra fort avant sans aucune opposition et se retira de même après y avoir établi des contributions, les peuples des environs s'étant empressés de se venir soumettre. D'Arènes, avec douze bataillons et quinze escadrons, s'en alla joindre le chevalier d'Asfeld, qui commandoit dans le royaume de Valence.
M. le duc d'Orléans s'en retourne à Madrid puis revient en France. — Mylord Gallway, avec son armée, se retira à Montblanch*, à deux ou trois lieues de Tarragone. Le reste de la nôtre fut distribué en quartiers d'hiver sur toute la frontière, et S. A. R. s'en retourna à Madrid après avoir donné tous ses ordres pour la conservation des places qu'il avoit prises ou que les ennemis lui avoient abandonnées. Comme il naquit un prince au roi d'Espagne-, il le tint sur les fonts de baptême au nom de celui de France et s'en retourna aussitôt à la cour.
D'Arènes, lieutenant général, va assiéger Morella et le prend. — D'Arènes, étant arrivé dans le royaume de Valence, alla faire le siège de Morella^ qui devoit naturellement être fatigant et de longue durée, à cause de l'arrière-saison et de la garnison qui étoit dedans ; mais, le 8 de décembre, une bombe, étant tombée par la cheminée dans la chambre où le gouverneur, le major et quelques autres officiers s'étoient retirés, les
1. Montblanch est au nord de Tarragone, entre cette ville et Lérida.
2. Louis, prince des Âsturies, né le 25 août, plus tard roi sous le nom de Louis P', et mort avant son père le 31 août 1724. La Gazette, p. 615-616, raconte la cérémonie de son baptême.