Aujourd'hui Raches, à mi-chemin entre Douay et Orchies
quelques cavaliers, dont les sacs étoient ou mal conditionnés, ou mal liés, laissèrent tomber des traînées de poudre sur le pavé. Ceux qui les suivoient y mirent le feu en marchant dessus, avec les fers de leurs chevaux. Il y en eut plusieurs de grillés, et ceux qui les suivoient ne purent passer. Cependant le reste faisoit toujours son chemin et arriva pendant la nuit jusqu'à une barrière du camp des ennemis qui étoit assez mal gardée, disant que c'étoit un de leurs partis qui revenoit de la guerre, et y passa presque tout à cette favecir et se jetèrent heureusement dans la ville ; car, s'il leur avoit fallu combattre en chemin, ils auroient été bien embarrassés, avec une charge aussi facile à s'enflammer.
Quelques jours après, les assiégeants donnèrent un autre assaut général au chemin couvert des tenailles et demi-lune. Leurs fourneaux y ayant fait des ouvertures, ils s'en emparèrent à la quatrième attaque et travaillèrent à s'y loger et y établir des batteries de canon, qui y montoient déjà, lorsque la garnison fît une grande sortie, se coulant le long du chemin couvert. Le chevalier de Luxembourg fut de la partie avec sa cavalerie, avec laquelle il pénétra jusques dans le parc de l'artillerie des assiégants et fit mettre le feu en quelques endroits et enclouer quelques pièces de canon. Pendant cela, l'infanterie chassoit les ennemis des ouvrages dont ils s'étoient rendus maîtres deux jours auparavant; le lendemain, les assiégeants les vinrent reprendre et s'en emparèrent à la troisième attaque. Mais ils ne les gardèrent que huit heures ; la garnison sortit encore et les obligea de les abandonner. La perte des uns et des autres fut fort grande.
Les autres nouvelles du maréchal de Boufïlers que Dubois avoit apportées répandirent beaucoup de joie dans toute l'armée, quoiqu'on jugeât bien qu'à la longue il falloit que Lille succombât, ce qui se confirma, quand on sut que le Mylord Marlborough avoit déjà trouvé le moyen de faire arriver devant cette ville, par la voie d'Ostende, un convoi considérable, chargé de munitions de guerre et de menues victuailles, venues d'Angleterre sur plusieurs bâtiments en premier lieu destinés pour le Portugal, sur lesquels il y avoit aussi fiuelques troupes réglées. Tout cela ayant débarqué, ce Mylord envoya seize mille hommes se saisir du canal de Nieuport;, qui s'emparèrent du village de Lefïînghem et du gros bourg d'Oudenbourg*. Ils étoient suivis par sept à huit cents chariots vides, partis de leur armée, qui passèrent le canal de Nieuport sur des ponts qu'on y jeta et allèrent charger ces munitions à Ostende, puis rejoignirent leur armée, non sans coup férir, ainsi que je le dirai bientôt. Et, pour assurer davantage la marche de ce convoi et de ceux qui pouvoient encore venir, le duc de Marlborough avoit aussi envoyé à Dixmude^ un brigadier avec six bataillons; un major général, avec un autre détachement, se posta à Rousselaere, et un lieutenant général les suivit avec un corps de cavalerie. M. de Vendôme, étant averti de toutes ces choses, fit passer de nouvelles troupes au comte de la Motte, qui étoit à Bruges, et distribua deux ou trois petits camps le long du canal de cette ville, jusqu'à Gand, où on avoit mis beaucoup d'infanterie, qui s'occupoit à rétablir les dehors de la