‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 5)Chapitre 83 sur 175 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

Les ennemis avoient aussi envoyé un gros corps à Gavere, (jui y arriva avant le comte d'Estrades, qui y amenoit les troupes du canal de Bruges et de Gand, et passa aussi la rivière. Un autre corps des ennemis tira sur Audenarde, où il passa l'Escaut.

Les Alliés ayant ainsi passé à Berchem, les troupes que nous y avions se retirèrent du côté de notre armée avec beaucoup de précipitation, avec perte de quelque monde, de leurs munitions et de leurs équipages. Le poste de Molden fut hâtivement replié au camp retranché de la montagne d' Audenarde, qui se trouva entièrement hors de toute communication avec notre armée, qui ne pouvoit plus le soutenir. Le comte de Hautefort fut donc obligé de se retirer hâtivement sous Mons, sans avoir été trop inquiété en sa retraite, et le comte d'Estrades ramena ses troupes à Gand.

Nos camps d'Escanaffles, Pont-à-l'Haye, Hérinnes et autres se replièrent sur Tournay, aussi bien que le corps de l'armée, qui s'étoit mis en marche pour les soutenir, et l'artillerie, après que nos deux ponts sur l'Escaut furent levés.

L'électeur de Bavière se retire précipitamment de devant Bruxelles et y laisse son canon. — Ceci fait, le duc de Marlborough s'avança avec son armée vers Bruxelles, faisant marcher -devant lui un corps de cinq ou six mille chevaux. L'électeur de Bavière, qui étoit encore devant cette ville, ayant été averti du passage des ennemis et de leur marche vers lui, leva hâtivement le siège, sans pouvoir emmener son artillerie, et se retira à Mons avec ses troupes. Le prince Eugène retourna achever son siège de la citadelle de Lille, et notre armée ne tarda pas à repasser l'Escaut et aller

camper derrière la Scarpe. Mais, comme on sut que la garnison d'Ath nous avoit surpris Saint-Ghislain près Mons, Albergotli y marcha avec un détachement et du canon et le reprit facilement le lendemain, parce que le poste ne valoit rien et qu'il y avoit peu de monde.

Peu après cette petite expédition, notre armée se sépara pour aller prendre des quartiers d'hiver, et, comme on jugea que la citadelle de Lille ne pouvoit plus se sauver, M. le duc de Bourgogne, accompagné de M. le duc de Berry, s'en revint en France, et M. de Vendôme ne tarda pas à prendre le même chemin.

Ainsi finit cette malheureuse campagne, qui, à en juger par les apparences, ne devoit pas avoir des suites aussi funestes. Je ne dirai point à qui en est précisément la faute; mais il me semble qu'on ne la peut aucunement attribuer à Mgr le duc de Bourgogne, en ce que la direction de toute l'armée étoit entre les mains de M. de Vendôme.

Je m'en vais faire à présent une relation sommaire du siège de la citadelle de Lille, pour éviter de tomber dans le détail de ce qui s'y passa, et sortir, au plus vite qu'il me sera possible, du récit d'une campagne aussi ennuyeuse.

Siège de la citadelle de Lille. — La ville de Lille ayant été prise en la manière que je l'ai dit, la plupart des troupes ennemies se logèrent dans la ville et commencèrent le siège de la citadelle avec lenteur, pour deux raisons : la première, en ce qu'ils manquoient de munitions de guerre, et l'autre, d'autant que le prince Eugène avoit marché avec la plus grande partie de ses troupes, pour favoriser le passage de l'Escaut au duc de Marlborough, qui vouloit sauver Bruxelles et les pays et places contigus qu'il avoit

occupés sur nous de ce côté-là. Mais, cette expédition finie, le prince Eugène s'en revint à son siège, où il lui arriva des munitions en abondance, le duc de Mariborough ayant tous les passages et les moyens libres de lui faire passer ses convois.

Pendant ce temps-là, les assiégeants se contentèrent d'avancer leurs travaux le plus qu'ils purent, et le feu étoit très médiocre pour ménager les munitions, dont on n'avoit guère de part ni d'autre.

Les assiégés de leur côté faisoient de fréquentes sorties qui retardoient souvent les progrès des assiégeants; et, entre autres, une le 20 novembre, dans laquelle ils ruinèrent quelques logements des assiégeants et détruisirent les ponts qu'ils avoient commencé de jeter sur l'avant-fossé. Le maréchal de Boufflers, ayant fait sortir sur eux la plus grande partie de sa garnison, reprit non seulement les angles saillants du chemin couvert, où les ennemis s'étoient logés, mais les chassa même de tout l'avant-chemin couvert, dont ils étoient aussi maîtres depuis quinze jours, combla leurs tranchées et leur tua et blessa beaucoup de monde.

Le prince Eugène, à son retour, trouva les affaires du siège en cet état, et, ne manquant plus de munitions, ayant la facilité des convois depuis le passage du duc de Mariborough au delà de l'Escaut dont j'ai parlé, il ranima les assiégeants par sa présence et leur fit reprendre le siège avec beaucoup plus de vigueur. Ils rattaquèrent donc l'avant-chemin couvert, dont ils se rendirent maîtres, puis continuèrent les sapes pour s'emparer du second et avancer leurs batteries pour s'en servir lorsque ce prince le jugeroit à propos.

Cependant, il envoya un trompette au maréchal de

Boufïlers pour lui donner avis du passage de l'Escaut, de la levée du siège de Bruxelles et de la retraite de notre armée au delà de la Scarpe, l'invitant en même temps d'envoyer des officiers dans la ville pour s'informer de la vérité de ces nouvelles, et l'exhorta, par un billet, de ne se plus roidir à défendre une place dépourvue de toute espérance de secours et de songer à conserver sa personne et le reste de sa garnison. Ce billet étoit à peu près conçu en ces termes :

« La gloire que vous vous êtes acquise pendant une si longue et si belle défense vous dédommagera amplement dans l'esprit du public de la nécessité à laquelle le sort des armes vous réduit. Si vous attendez à la dernière extrémité, il me sera très douloureux de ne pouvoir vous accorder toutes les marques d'honneur que mérite un aussi grand capitaine que vous et une aussi brave garnison que la vôtre. »

Le maréchal répondit à ce qu'il y avoit de personnel dans cette lettre dans les termes que lui dicta une modestie accompagnée de reconnoissance ; mais, quant au point capital, il marqua qu'il n'étoit pas encore assez pressé pour songer à capituler, sa garnison étant en bon état et portée de bonne volonté, et qu'il espéroit même de la justice de ce prince que plus la défense seroit longue et les espérances du secours incertaines, plus l'estime qu'il témoigneroit avoir pour lui et pour sa garnison augmenteroit, et que du moins il étoit résolu de travailler sur ce fondement pour la mieux mériter.

Prise de la citadelle de Lille, — Dans cet esprit, il soutint la place jusqu'au 8 décembre au soir, qu'il fît battre la chamade, et la capitulation se fit le lende-

main. Les conditions ou les articles en furent aussi honorables que le maréchal les pou voit désirer, et il reçut personnellementtoutes sortes d'honneurs etde louanges du prince Eugène et de tous les officiers généraux qui servoient sous lui. Le maréchal fut conduit et escorté avec sa garnison jusqu'à Douay, d'où il se rendit à la cour les derniers jours de l'année. Il fut récompensé par le Roi d'un brevet de pair de France et de la survivance de son gouvernement de Flandre en faveur de son fils, qui n'étoit encore qu'un enfant.

Campagne d'Allemagne, il 08. — Il y a si peu de choses à dire sur ce qui se passa en Allemagne pendant la présente campagne de 1 708 que je n'en parlerai que pour observer l'ordre que je me suis proposé. Je dirai donc seulement que l'électeur de Bavière fut généralissime des troupes des deux Couronnes qui dévoient agir de ce côté-là et qu'il eut sous ses ordres le maréchal de Berwick, qui passa en Flandre avec une partie des troupes, lorsque le prince Eugène s'y achemina avec celles de l'Empereur.

L'électeur d'Hanovre fut généralissime des troupes de l'Empereur et de l'Empire, et le prince Eugène étoit à ses ordres.

Voilà la première disposition qui changea quand on eut appris que Mgr le duc de Bourgogne passoit en Flandre avec une armée très nombreuse, dont on inféra qu'il étoit chargé de l'exécution des grands desseins qu'on avoit formés à notre cour pour les exploits de cette campagne, et c'est ce qui fut cause que le prince Eugène, avec les troupes impériales, alla fortifier l'armée des Alliés dans les Pays-Bas et fit non seulement échouer les grands desseins que nous pou-

168 \rÉM01RES DE SAINT-HILAIRE. fl708

vionsy avoir formés, mais fut aussi la cause principale de tous nos mauvais succès et de notre malheureuse campagne, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus. Je dirai donc seulement que l'électeur de Bavière, ayant passé le Rhin, s'avança sur l'électeur d'Hanovre, qui se retira dans ses lignes d'Ettlingen \ ne se trouvant pas assez fort pour agir à l'offensive, parce que la plupart des troupes de l'Empire, toujours tardives à se mettre en campagne, ne lui étoient point encore arrivées, et, quand il les eut reçues et qu'il se trouva le plus fort, l'électeur de Bavière repassa le Rhin et alla camper à son tour derrière nos lignes de la Lauter.

Ces deux électeurs s'ennuyèrent, quelque temps après, de ne s'être pas trouvés en état d'agir pour leur gloire; l'électeur d'Hanovre quitta l'armée qu'il commandoit, se plaignant fort des États de l'Empire, qui avoit manqué de lui fournir toutes les troupes et autres secours auxquels ils s'étoient obligés, et l'électeur de Bavière s'en revint à Mons, d'où, peu de temps après, il manqua Bruxelles, comme on l'a vu vers la fin du récit de la campagne de Flandre^.

Expéditions maritimes. — La France, dont les finances étoient en fort mauvais état et qui ne pouvoit mettre en mer des armées navales aussi nombreuses que celles d'Angleterre et de Hollande, voulut s'épargner la dépense d'un armement, qui aussi bien ne lui auroit pas été fort utile. Elle ne mit en mer que l'escadre du chevalier de Forbin, pour l'expédition d'Ecosse en faveur du Prétendant, dont j'ai parlé ci-dessus^, et qui ne réussit pas.

Page 1