Ou Geispalzheim, sur l'Ergers, au sud d'Ensheim
ordonna de revenir dans le bois qu'elle avoit gagné, et elle s'y nmaintint le reste de la journée.
Il ne s'étoit encore rien passé à l'autre aile des deux armées, lorsque, sur la lin du combat de l'infanterie, les affaires pensèrent y devenir fort sérieuses. M. de Turenne, qui n'avoit voulu rien engager par sa gauche, ne l'avoit pas fait avancer sur l'ennemi, qui s'étoit toujours tenu dans son premier poste, éloigné de plus d'une grande portée de mousquet de la gauche des François. Les Impériaux, s'étant aperçus que M. de Turenne l'avoit un peu dégarnie, aussi bien que le centre de sa ligne, pour fournir à l'attaque de la droite, voulurent profiter de ce vide, et concertèrent d'attaquer en même temps la gauche et le centre; mais il arriva heureusement que M. de Caprara, qui devoit charger avec quinze escadrons, ne considérant pas que le duc de Lorraine, qui conduisoit la droite des Impériaux, avoit plus de chemin à faire que lui pour arriver sur les François, et même une espèce de défilé à passer, chargea avant qu'il fût en état d'en faire autant. Il renversa tout ce qui se trouva devant lui, [poussant un peu trop chaudement entre les deux lignes jusques à la hauteur de la gauche], et certainement l'armée françoise auroit couru risque d'être battue, si M. de Lorraine avoit pu charger en même temps; mais, comme il étoit encore loin, le comte de Lorge, qui commandoit la gauche de l'armée de France, eut le temps de charger en tête et en flanc M. de Caprara, et le battit si bien, qu'il eut beaucoup de peine à se sauver avec les débris de ses escadrons, qui pâtirent fort. M. de Lorraine arriva en même
temps à une portée de carabine de la gauche des François, [qui étoit couverte en cet endroit par un chemin bordé de haies, où on jeta quelques détachements d'infanterie, et fermée par un petit bois où on avoit posté un régiment de dragons. Dans cette situation, M. de Lorraine, jugeant d'autant plus l'entreprise difficile que M. de Gaprara s' étoit déjà retiré après avoir été battu, songea à en faire autant, de peur d'un pareil accident]. On le laissa aller, après lui avoir tué trois ou quatre cents cavaliers ou chevaux à coups de canon.
Il étoit environ quatre heures après midi, et, comme la nuit approchoit, et que le combat, joint au mauvais temps, avoit beaucoup affoibli les escadrons et les bataillons, les deux armées se préparèrent à la retraite, et la firent à l'entrée de la nuit.
Le champ de bataille demeura aux morts et aux mourants, qui furent en grand nombre dans les deux partis*. Les François repassèrent la Brusch et vinrent camper à Marleheim-. Les Impériaux passèrent la rivière d'Ill à Grabenstadt^ et furent joints par les troupes de Brandebourg et d'Hanovre, au nombre de plus de vingt-cinq mille hommes : de sorte que l'armée impériale, peu de jours après le combat, étoit de soixante mille hommes, et celle des François de dixsept à dix-huit mille seulement.
1. Il dira plus loin qu'il y eut six mille tués et un plus grand nombre de blessés.