‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 103 sur 187 · A mi-chemin entre Strasbourg et Molsheim · texte numérisé non relu

A mi-chemin entre Strasbourg et Molsheim

qu'il ne fût deux heures de nuit. M. de Turenne se contenta donc, pour cette journée, de mettre ses troupes en bataille à mesure qu'elles arrivoient, dans un terrain fort serré, ayant la rivière devant elles ; mais il fit passer sur le pont d'Holzheim, que les ennemis n'avoient pas rompu, une partie considérable de son infanterie, qui entra dans le village et s'y assura le mieux qu'elle put.

On demeura en cet état toute la nuit, qui se passa tranquillement, quoiqu'on ne fût qu'à un quart de lieue des ennemis. Dès le point du jour^ l'armée traversa la rivière et se mit en bataille, l'artillerie à la tête, et, en cet ordre, elle marcha aux ennemis, par une pluie cruelle qui dura tout le jour. Après cinq ou six cents pas de marche, M. de Turenne s'aperçut que la gauche des ennemis, qui l'attendoient en bataille, débordoit de beaucoup la droite de son armée : il lui fit faire à droite et marcher en colonne jusqu'à ce qu'elle eût gagné la hauteur de leur front, qui ne laissoit pas de déborder toujours à cause de leur supériorité en nombre^. Alors on fit à gauche, et l'armée se trouva en front parallèle à celle des ennemis. Leur gauche occupoit un bois, dont le flanc exté-

1. C'est le 4 octobre que fut livrée la bataille d'Ensheim. Outre la relation de Turenne, dans le recueil Grimoard, t. Il, p. 592-598, et le récit de la Gazette, p. 1074-1078 et 1109, et Extraordinaires 120 et 123, on peut voir celui de V Histoire militaire, t. I, p. 400-402, et les détails donnés par Pellisson [Œuvres^ t. II, p. 183 et suiv.) ; tous s'accordent avec notre auteur. Les volumes Guerre 401, 413 et 414 contiennent les correspondances et les relations de divers officiers.

2. Ils avaient trente-un escadrons et treize bataillons de plus que Turenne [Histoire de Louvois, p. 86-90).

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rieur étoit bordé par la rivière de Briisch ; le village d'Ensheim étoit à peu près dans leur centre, et leur armée formoit une espèce de demi-cercle. Leur droite s'étendoit vers le village de Geispitzen^, qu'ils laissèrent un peu derrière eux, et toute cette armée occupoit un terrain ferme et avantageux, au lieu que l'armée de France étoit dans un lieu bas et rempli de terres labourées, qui devinrent très fâcheuses et impraticables à force d'être fréquentées et détrempées par la pluie continuelle.

M. de Turenne, qui faisoit peu de cas de l'infanterie ennemie et en estimoit la cavalerie, qui étoit bien plus nombreuse que la sienne, après avoir reconnu leurs dispositions, et voyant qu'il ne pouvoit pas être pris en flanc, résolut d'engager un combat d'infanterie, [dont il espéra tout l'avantage à cause de la valeur de la sienne, en laquelle il se confîoit fort]. Il prit ses dragons et toute son infanterie de la droite, soutenue de la cavalerie de la même aile, et fît attaquer vigoureusement le bois que les Impériaux tenoient par leur gauche. Il se fît là de belles charges d'infanterie. A la première, les ennemis plièrent; mais, étant à propos, ils reprirent poste et en essuyèrent d'autres, sans que l'avantage se déclarât d'aucun côté. Enfin, après un combat de six heures, les ennemis furent entièrement chassés du bois, et on leur prit dix pièces de canon. M. de Turenne les fit suivre jusques au village d'Ensheim, où ils se retirèrent. Il voulut le faire tàter; mais, comme ils y avoient de l'infanterie fraîche, et que celle de M. de Turenne étoit fort fatiguée, il lui

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