‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 114 sur 187 · L'animal, heurté par une des chaînes du pont-levis, fut · texte numérisé non relu

L'animal, heurté par une des chaînes du pont-levis, fut

190 ]\fÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1675

quy de s'approcher de cette ville, afin d'y mieux pourvoir.] Il vint camper avec quinze mille hommes au village de Tawern*, qui n'en est qu'à deux lieues. Ilavoit la Moselle à sa gauche, sa droite étoit appuyée contre des montagnes chargées de grands bois impraticables, et il avoit devant lui la rivière de Sarre, éloignée d'une demi -lieue, et sur laquelle il y avoit un pont de pierre^, qu'il fit garder.

[Bataille de Taïuern, autrement de Consarbruck à cause du pont de ce nom près duquel elle se donna.\ — Les confédérés se persuadèrent qu'ils ne prendioient pas Trêves à moins de débusquer le maréchal. Quoique bien informés de la bonté du poste qu'il occupoit, ils ne laissèrent pas de marcher à lui avec la meilleure partie de leur armée, laissant l'autre pour continuer le siège. Ils arrivèrent sur la Sarre dans un temps où M. de Créquy ne les attendoit pas; car la meilleure pailie de sa cavalerie étoit au fourrage, et cet accident lui fit perdre du temps. Les ennemis se saisirent d'abord du pont de la Sarre, et n'y trouvèrent pas grande résistance. Ils y firent ensuite passer leur infanterie tandis que leur cavalerie prenoit par des gués. Le maréchal de Créquy ne s'opposa à rien de tout cela, dans la confiance où il étoit de les battre; ensuite il marcha à eux, les chargea, et rompit, avec sa droite, qu'il mena lui-même, toute leur aile gauche; [mais il n'en arriva pas de môme à celle des François].

jeté, avec son cavalier, dans le fossé, qui était à sec, et M. de Vignory resta sur le coup.

1. Au nord de Sarrebourg, sur un petit affluent de la Moselle.

2. Au hameau de Consarbruck, qui donna son nom à la bataille racontée ci-après.

Les ennemis avoient fait passer la Moselle à une partie de leur cavalerie par des gués qu'il y avoit là. Elle prit cette gauche en flanc pendant qu'elle étoit chargée en tète. Les ennemis la renversèrent absolument et la mirent en fuite. Ce désordre se communiqua à la droite, qui avoit battu les ennemis, dans le temps qu'elle se rallioit. Le maréchal ne la put retenir : toute son armée se débanda et prit la fuite, à la réserve de quelques bataillons, qui se retirèrent en meilleur ordre, ayant gagné le bois'. Dans cette extrémité, le maréchal prit le chemin de Trêves, et s'y jeta, lui quatrième^. Il perdit son canon et tout son bagage, ses officiers généraux furent tués ou pris, et l'on perdit bien du monde. Ce fut une véritable déroute.

Les ennemis, après cette victoire, revinrent à leur siège, et M. de Gréquy se défendit pendant quelques jours en désespéré ; mais quelques esprits séditieux, ennuyés de la longueur du siège, semèrent le bruit parmi la garnison que le maréchal, se croyant perdu à la cour après ce qui lui venoit d'arriver, vouloit s'y raccommoder à leurs dépens, en les sacrifiant à ses intérêts; qu'ainsi il ne devoit plus être question de défendre une place ouverte de tous côtés, où ils pouvoient être forcés à tous moments, puisqu'ils n'avoient aucun secours à attendre; que le Roi, qui étoit sans doute bien informé de la valeur et de la constance avec laquelle ils avoient défendu une aussi mauvaise place, à présent hors de toute espérance de

1. Bataille du 11 août [Histoire militaire, p. 451-453; Gazette, p. 635-636; Histoire de Louvois, p. 175-178; vol. 460 du Dépôt de la guerre).

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