‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 131 sur 187 · François-Egon (ci-dessus, p · texte numérisé non relu

François-Egon (ci-dessus, p

2. Saint-Hilaire a parlé plus haut, p. 37-39, des divers traités faits par le duc de Lori'aine Charles IV avec la France.

ses villes, terres et seigneuries, à l'exception de Marsal, en la même manière qu'il en avoit joui en conséquence du traité de 1661, comme en effet il étoit arrivé jusques à l'invasion de 1670.

Les ministres des alliés refusèrent de se rendre au lieu du congrès jusqu'à ce que le Roi eût accordé à ceux de Lorraine des passeports en la forme ordinaire. Ce point fut débattu pendant trois mois, et l'on crut le congrès rompu. A la fin, le Roi se relâcha sur les pressantes instances de celui d'Angleterre^; les passeports furent expédiés en la forme qu'on les demandoit, et tous les princes furent sollicités d'envoyer incessamment leurs ministres à Nimègue.

Avant de passer outre, je crois qu'il con^^ent de dire dans quelle situation se trouvoient les esprits de ceux qui dévoient composer ce congrès.

Il y avoit un but général dans les Conseils des deux parties : les François tàchoient de rompre la grande union des alliés en faisant des avances à plusieurs d'entre eux; les confédérés faisoient tous leurs efforts pour la conserver; le roi d'Angleterre étoit soupçonné de partialité pour la France ; les ministres de la maison d'Autriche étoient chagrins, comme le sont ordinairement ceux qui perdent; le prince d'Orange et les Allemands espéroient que leurs armées auroient, la campagne suivante, de meilleurs succès; les Espagnols comptoient, en leur particulier, sur l'intérêt que l'Angleterre et la Hollande avoient en leur conservation et sur la part que le parlement britannique

1. L'édition de 1766 portait : « Du ministre d'Angleterre; » la leçon des manuscrits, que nous adoptons, indique plutôt qu'il s'agit du roi d'Angleterre.

avoit témoigné de prendre à leurs affaires pendant sa dernière assemblée. Effectivement, il avoit témoigné tant d'animosité contre la France et contre le roi d'Angleterre et son Conseil, que le roi avoit été obligé de le proroger afin que, durant ce temps, les esprits trop échauffés eussent le loisir de se calmer, et que les résolutions qui a voient été projetées ne fussent pas mises en forme.

A l'égard des Suédois, ils souhaitoient fort la paix ; le Danemark et le Brandebourg, au contraire, vouloient continuer la guerre et prétendoient dépouiller les Suédois de tous les États qu'ils possédoient en Allemagne, parce que les Suédois étoient les plus foibles et que la France ne pouvoit les secourir de troupes et de tout l'argent dont ils avoient besoin. Les États-Généraux des Provinces-Unies ne souhaitoient que de sortir avec honneur d'une guerre qui diminuoit leur commerce et les épuisoit d'argent; mais ils n'osoient la finir que de concert avec leurs alliés, ne se fiant ni à la France ni à l'Angleterre, pour s'appuyer sur l'une ou sur l'autre, s'ils faisoient ainsi la paix.

Tous ces intérêts n'étoient pas aisés à accorder et faisoient encore que les princes ne se hâtoient pas d'envoyer leurs ministres à Nimègue, ni de faire échanger leurs passeports. Les ministres de France furent longtemps à attendre à Gharle ville, où ils s' étoient avancés, et la campagne commença et finit avant qu'il y eût rien de déterminé là-dessus.

Année i676. — Cette campagne s'ouvrit sur mer du côté de la Sicile. Le fameux M. de Ruyter, amiral

des Hollandois, y avoit mené vingt vaisseaux de guerre au secours des Espagnols. Les François allèrent au-devant de lui et le joignirent à la hauteur de Lipari, où le combat s'engagea le 7 janvier 1 676 et finit avec un avantage égaP.

Les deux armées se rencontrèrent une seconde fois le 21 avril suivant, et le combat recommença au point du jour 2. M. de Ruyter y fut tué d'un coup de canon ^, après avoir fait tout ce qui se pouvoit attendre d'un homme de son expérience, de sa valeur et de sa réputation. Après sa mort, cette armée se trouva en désordre et fit retraite à Païenne, ayant perdu quelques vaisseaux. M. du Quesne^ commandoit l'armée de France, et M. d' Aimeras, chef d'escadre^, fut tué en cette action ; il étoit fort galant honmie et fort estimé^.

1. La nouvelle n'en arriva en France que plus d'un mois après {Gazette, p. 105-106; Histoire militaire, p. 501-502; Jal, Abraham Du Quesne, t. II, p. 194-202).

2. Gazette, p. 400 (23 mai), 405-406, 417-418, 424, avec une relation détaillée dans un Extraordinaire ; Histoire militaire, p. 504-505; Abraliam Du Quesne, p. 215-231.

3. Il ne fut que blessé grièvement à la jambe. Transporté à Syracuse, il y mourut le 29 avril.

4. Abraham du Quesne (1610-1688) avait commencé fort jeune sa carrière maritime sous l'archevêque Sourdis, puis était entré au service de la Suède; revenu en France en 1647, il fut fait chef d'escadre, et lieutenant général en 1669, mais ne put parvenir au grade de vice-amiral, à cause de l'inimitié de Seignelay, et aussi parce qu'il était protestant.

5. Guillaume d'Alméras, d'une famille provençale, avait été fait capitaine de vaisseau en 1645 et chef descadre en 1660, avec ancienneté remontant à 1650).

Page 1