‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 130 sur 187 · La i^etraite de Montecuculli au delà du Rhin fut déter · texte numérisé non relu

La i^etraite de Montecuculli au delà du Rhin fut déter

qui vinrent d'Espagne en Hollande ne furent pas plus agréables ; car Don Jean d'Autriche ' , de qui les alliés avoient grande opinion, avoit été nommé par le Conseil d'Espagne pour aller en Sicile tâcher d'y faire changer la face des affaires. Son voyage, dit-on, fut rompu par une intrigue de cour. Le roi d'Espagne, qui entroit en majorité, lui donna l'administration des affaires; mais il ne se maintint pas plus de quinze jours en ce poste : le crédit de la reine mère le supplanta, et il fut relégué à Saragosse^. Cette retraite fit évanouir les espérances que les alliés avoient conçues de son bon gouvernement et du rétablissement des affaires d'Espagne et de Sicile, où le maréchal de Vivonne, nouveau \'ice-roi de la part de la France, continuoit ses progrès. A son arrivée, il se rendit maître, non seulement des postes que les Espagnols continuoient de tenir aux environs de Messine, mais encore d'Agouste^.

Malgré tous ces avantages, la France inclinoit à la paix, parce qu'ils étoient contrebalancés par la perte

minée par la mort du duc de Lorraine, qui amena la dislocation de l'armée qu'il commandait, et qui était composée des contingents d'une fidélité douteuse fournis par les princes allemands (Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. VII, p. 652-653).

1. Le second don Juan, bâtard de Philippe IV, né en 1629 et mort en 1679.

2. « Les histoires sont pleines des orages qui agitèrent le gouvernement de la reine mère de Charles II et de ses démêlés avec don Juan d'Autriche, » a dit Saint-Simon [Mémoires, t. IX, p. 141).

3. Agosta, petit port situé entre Catane et Syracuse. Attaquée le 17 août, la ville se rendit le 23 [Histoire militaire, p. 462).

que les Suédois faisoient de leurs places en Poméranie, où le Danemark et l'électeur de Brandebourg prenoient le dessus. Il y avoit d'ailleurs, en Guyenne et en Bretagne, quelques soulèvements causés par la levée des nouveaux impôts ^ Le peuple étoit surchargé pour la continuation de la guerre, qui consommoit encore beaucoup d'hommes, et il étoit même à craindre que le roi d'Angleterre ne fût contraint d'entrer dans la ligue, si sa médiation, qui avoit été acceptée des deux partis, n'avoit lieu bientôt. Toutes ces considérations adoucirent un peu les esprits de part et d'autre et les préparèrent à envoyer à Nimègue des plénipotentiaires ; [et, les ambassadeurs médiateurs d'Angleterre étant arrivés en Hollande, ils y firent entendre pour préliminaires que la France se pourroit tenir, à l'égard de l'Espagne, au traité d'Aix-la-Chapelle, gardant au surplus le comté de Bourgogne. Les Espagnols, au contraire, prétendoient qu'on en revint à celui des Pyrénées, et déclaroient qu'ils aimoient mieux perdre le reste de la Flandre que de céder le comté de Bourgogne. Ils ajoutoient, à l'égard des Pays-Bas, que l'Angleterre et la Hollande étoient intéressées autant que l'Espagne à leur conservation et à faire en sorte, par la paix ou par la guerre, qu'ils eussent d'autres frontières que celles qui leur avoient été laissées par le traité d'Aix-la-Chapelle.]

[Le prince d'Orange, auquel les médiateurs s'étoient adressés, leur répondit qu'il croyoit bien que les Espagnols, quelque fâchés qu'ils parussent, se tien-

1. Il est étonnant que, à cette occasion, notre auteur ne parle pas de la conspiration du chevalier de Rohan et de La Tréaumont.

droient à ce traité, pourvu qu'on y ajoutât la restitution d'Ath, Gharleroy et Audenarde, pour faire une frontière de ce côté, mais qu'il étoit sûr que l'Empereur ni le roi d'Espagne ne consentiroient jamais que la France gardât la Franche-Comté, à moins qu'ils ne fussent réduits à la dernière extrémité, ce qui ne paroissoit pas à craindre; mais que, pour lui, il y consentiroit volontiers, pourvu qu'elle donnât en échange aux Espagnols Tournay, Gourtray, Lille et Douay, avec toutes leurs dépendances, parce que, à ce moyen, les Pays-Bas auroient une bonne frontière de ce côté, ayant de l'autre Ath, Gharleroy et Audenarde, et qu'ils seroient en sûreté, ce qui étoit le principal intérêt et le but de la Hollande en cette paix ; que, quelque plan qu'il y eût à proposer, il prioit que ce fût au congrès, parce que le nombre des différentes prétentions des princes engagés en cette guerre s'étoit tellement accru, qu'il n'étoit pas possible de proposer quelque chose sur la paix en aucun autre endroit, déclarant au surplus qu'il ne consentiroit jamais d'entrer en aucun traité particulier, de quelque manière que ce pût être.]

On ne songea donc plus qu'à former l'assemblée à Nimègue ; mais il survint deux difficultés, qui furent sur le point de l'empêcher entièrement : l'une fut au sujet des passeports, et l'autre à celui du cardinal de Fùrstenberg. La France demandoit qu'il fût élargi* avant qu'elle envoyât ses ambassadeurs au congrès, et l'Empereur n'y vouloit pas consentir. On trouva enfin un expédient, qui fut que l'évêque de Strasbourg,

1. On a vu ci-dessus (p. 129) qu'il avait été enlevé par les Impéi"iaux, contrairement au droit des gens.

son frère', présenteroit au Roi une requête en forme, par laquelle il le supplieroit qu'aucun intérêt particulier ne retardât un traité de paix d'une si grande conséquence à la chrétienté ; après cela, cette difficulté fut levée.

Sur l'autre, le Roi s'expliqua que, dans ses passeports aux ministres du duc de Lorraine, il ne pouvoit donner à ce prince le titre de frère, ni de duc, pai^e que le duché lui appartenoit en propre, en vertu du traité passé entre lui et le dernier duc en 1 6621^. Cette prétention surprit tous les ministres des alliés, et celui de Lorraine leur fit un discours à ce sujet, tendant à leur persuader que ce traité étoit invalide, parce que le dernier duc n'avoit pu disposer de son duché, si la loi salique avoit lieu en Lorraine, et que, si elle n'y avoit pas lieu et que les femmes eussent droit à la succession, ce duc lui-même, de son vivant, n'avoit eu aucun droit à ce duché, puisqu'il appartenoit à celui d'aujourd'hui, même du vivant de son oncle. Il ajouta encore qu'il étoit invalide parce que la France n'avoit pas exécuté la seule condition sous laquelle le vieux duc avoit fait ce traité, qui étoit que cette famille auroit, en France, le rang des princes du sang, et que, le parlement de Paris ayant refusé de l'enregistrer avec cette clause, le duc avoit déclaré aussitôt qu'il étoit nul : ce qui avoit été si bien reconnu par la France, que, par un autre traité conclu à Marsal, en 1663, entre le Roi et le duc, il étoit porté expressément qu'il jouiroit de toute la Lorraine, de

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