‹ Mémoires de Saint-HilaireChapitre 133 sur 187 · Visita les Espagnols · texte numérisé non relu

Visita les Espagnols

4. La place fut investie par les maréchaux de Créquy et d'Humières. Le Roi y arriva le 21 avril, et la tranchée fut ouverte la nuit même. La ville capitula le 26. La Gazette publia à cette occasion un Extraordinaire.

5. Monsieur investit Bouchain le 2 mai avec vingt bataillons et quarante escadrons [Histoire militaire, p. 479).

Schonberg, gagné par le ministre. Il lui représenta qu'il falloit prendre Bouchain. La vérité est qu'on ne voulut pas exposer la personne du Roi^; cependant ç'auroit été yn beau trait pour sa gloire. Sur cela, le prince d'Orange se retira; Bouchain fut pris, et le Roi revint en France, laissant son armée au maréchal de Schonberg.

Siège d'Aire et secours de Maëstricht. — Quelque temps après, le prince d'Orange, s'étant fortifié de quelques troupes d'Allemagne, vint assiéger Maëstricht. Dès qu'on l'y sut attaché, le marquis de Louvois se rendit en Flandres, et, s'étant joint au maréchal d'Humières, il composa une armée, avec laquelle il alla assiéger Aire et le fort de Linck. On peut bien juger qu'il ne manqua rien pour ces sièges et que chacun s'y employa de toutes ses forces, puisque le ministre, dispensateur des grâces, en avoit fait son affaire; aussi furent-ils promptement terminés^. Cependant Maëstricht étoit vivement attaqué, et défendu de même par M. de Galvo, maréchal de

1. Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. X, p. 340-344) a raconté en détail ce conseil de guerre tenu par le Roi et les généraux à la censé d'Urtebise, « le cul sur la selle, » et il a donné le beau rôle à son beau-père le maréchal de Lorge. On voit que notre auteur ne parle nullement de cette intervention, quoique les Mémoires de La Fare |p. 284) et ceux de l'abbé de Choisy (t. I, p. 30-31) la rapportent dans les mêmes termes que Saint- Simon. Pellisson, témoin oculaire, àii [Lettres historiques, t. III, p. 53) que le Roi déféra à l'avis de tous les officiers généraux, et le marquis de Quincy, dans son Histoire militaire (p. 478), raconte que M. de Lorge fut d'avis de ne pas combattre, d'accord en cela avec les maréchaux de Créquy et de Schonberg.

2. Aire se rendit le 31 juillet, et le fort de Linck, près Sainl- Omer, le 9 août [Histoire de Louvois, t. II, p. 233-241).

camp\ qui y commandoit; mais, le prince d'Orange ayant été blessé, et le Rhin<'rave^, qui conduisoit les attaques, y ayant péri, le siège se ralentit, et M. de Schonberg eut le temps de mener une armée au secours de cette place. Le prince d'Orange, qui n'avoit pas reçu toutes les troupes qu'il attendoit d'Allemagne et dont l'armée étoit fort diminuée, leva le siège à l'arrivée de celles de France^. Le maréchal, qui avoit des ordres précis de ne pas combattre'', le laissa retirer sans le charger, quoiqu'il l'eût pu faire avec avantage et sans rien risquer. On le blâma de s'être si fort attaché à la lettre. Je ne sais ce que le Roi en pensa; car il n'en témoigna rien^. Ces exploits finirent la campagne en Flandres.

Campagne d'Allemagne . — Parlons de ce qui se passa du côté d'Allemagne, où il se fit quelques

1. Jean-Sauveur-François de Calvo (1617-1690) était maréchal de camp depuis l'année précédente ; sa belle défense lui fit obtenir le grade de lieutenant général et le gouvernement de la ville d'Aire nouvellement conquise,

2. Charles-Florent (ci-dessus, p. 50) était général de l'infanterie hollandaise ; il fut blessé très grièvement, mais ne mourut que le 4 septembre.

3. Sur le siège de Maëstricht et sa délivrance, on peut voir la Gazette, p. 529-635, passim, V Histoire militaire, p. 482- 486, et V Histoire de Louvois, p. 241-248. La ville avait été investie le 7 juillet et le siège fut levé le 27 août.

4. Lettre de Louvois du 31 juillet, citée par M. Rousset, p. 241.

5. Notre auteur ne parle pas des savantes manœuvres du maréchal de Schonberg et de sa belle retraite devant le prince d'Orange, qui tenta par trois fois de couper son retour. Tous les contemporains et historiens militaires les ont admirées, même l'envieux Feuquière [Mémoires, t. II, p. 315).

mouvements dès le commencement de l'année ^ . On fut averti, pendant l'hiver, que les Impériaux faisoient des préparatifs pour un siège en Allemagne, et on ne douta plus que ce ne fût pour Philipsbourg, dès qu'on eut appris qu'ils établissoient un poste à Germersheim, petite ville du Palatinat, qui en est voisine. Pour les empêcher de s'y fortifier, le maréchal de Rochefort, gouverneur de Lorraine, [on l'appeloit le maréchal de la Gaîne à cause que sa femme étoit des amies du ministre^,] eut ordre sur-le-champ d'assembler des troupes et de marcher vers ce poste pour les en chasser de gré ou de force. Il entra donc en Alsace; mais, à son arrivée à Landau, il apprit que les Impériaux avoient abandonné Germersheim : il le fit démolir et revint à Nancy. Deux ou trois mois après, il reçut un ordre de conduire à Philipsbourg, ((ui étoit de plus en plus menacé, un convoi de munitions de guerre et de bouche; ainsi, il entra une seconde fois en Alsace avec le convoi, auquel il fit prendre le chemin de Pfaffenhofen. Les Impériaux, dont les quartiers étoient aux environs de Mayence, eurent bientôt avis de la marche de ce convoi, qui étoit escorté par six ou sept mille hommes; mais,

1. Cette année comme la précédente, Saint-Hilaire servait à l'armée d'Allemagne. Son récit va donc avoir toute la valeur de celui d'un témoin oculaire, très bien informé par sa situation de commandant de l'artillerie.

2. Sur les relations de M™^ de Rochefort avec le ministre, voyez les Mémoires de Feuquière, t. I, p. 119; ceux de Saint- Simon, éd. Boislisle, t. I, p. 85; V Histoire de Louvois, t. IV, p. 566-569; les Cours galantes, par M. Desnoiresterres, t. I, p. 137-138; les Lettres de M"'^ de Sévigné, t. IV, p. 43, sur « la belle Madelonne, » etc.

comme ils ne l'apprirent qu'un peu tard, ils ne crurent pas se pouvoir assembler assez tôt pour aller à sa rencontre. A ce défaut, ils résolurent de tendre un panneau au maréchal, de qui ils n'avoient pas grande opinion, dans lequel il donna vilainement : ce fut d'envoyer un parti au-devant de lui et d'ordonner à celui qui le commandoit de laisser prendre cinq ou six cavaliers par les gens du maréchal, à qui les prisonniers dévoient rapporter qu'on les avoit détachés de l'avant-garde des Impériaux, qui venoient à lui au nombre de douze à quinze mille hommes, pour enlever son convoi. Le maréchal,- sans s'enquérir plus particulièrement de la vérité du fait, tourna bride et regagna Nancy en grande hâte avec son convoi et ses troupes*. Sa retraite réveilla les Impériaux, qui, de peur d'une seconde tentative qui pourroit mieux réussir, vinrent assiéger et prendre le petit fort situé en deçà du Rhin à la tête du pont de Philipsbourg ; par ce moyen, ils ôtèrent toute communication avec cette place. Le maréchal de Rochefort eut tant de chagrin d'avoir été attrapé si grossièrement, qu'il en tomba malade et en mourut de regret^.

Toute l'armée impériale ne tarda pas à se mettre en campagne sous le prince Charles, duc de Lorraine, et

1. Ni la Gazette ni V histoire militaire ne parlent de cette faute du maréchal de Rochefort. Le vol. 507 du Dépôt de la guerre (n°^ 69, 75, 80, 81, 84, 85, 89, 93, 96, 98, 101, 102, 105, 109) contient les lettres échangées entre le ministre et le maréchal au sujet de ces convois à envoyer à Philipsbourg. On trouvera à l'Appendice les passages les plus importants de la lettre du 11 avril, dans laquelle Rochefort excuse sa retraite.

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