Le 22 mai 1676, à Nancy
elle marcha à M. de Luxembourg, qui commandoit celle de France et qui, [après l'avoir assemblée aux en^drons de Schelestadt,] étoit venu camper dans une petite plaine entre les montagnes du Kokesberg et Saverne. Le maréchal mit sa gauche à couvert d'un petit ruisseau; il avoit devant lui une espèce de marais traversé d'un autre ruisseau, qui régnoit le long du pied des hauteurs du Kokesberg et s'étendoit en demi-cercle jusques dans le voisinage des montagnes qui bordent la Lorraine, en sorte que les avenues de son camp étoient fort difficiles. Derrière lui étoit un bon ruisseau qui dérive des montagnes près Saverne. L'armée impériale parut sur les hauteurs du village de Brumpt, distant d'une lieue et demie du camp, dans le temps que la droite de celle de M. de Luxembourg fourrageoit de ce côté-là sous une bonne escorte, qui n'empêcha pas néanmoins que les fourrageurs ne fussent poussés, et quelques-uns pris. Il s'engagea une grosse escarmouche; le piquet marcha pour délivrer l'escorte du fourrage, puis des escadrons, des bataillons, et même du canon^.
Tout cela mai^cha sur le flanc gauche de l'armée et passa imprudemment le ruisseau qui le couvroit; mais M. de Luxembourg, y ayant fait réflexion, renvoya l'infanterie et le canon en deçà du ruisseau et fit sa retraite avec sa cavalerie sans être plus inquiété par l'armée ennemie, qui longea par les hauteurs,
1. Toute cette campagne de M. de Luxembourg a été racontée, d'après les correspondances du Dépôt de la guerre, par le comte P. de Ségur, dans le Maréchal de Luxembourg et le prince d'Orange, p. 367 et suivantes.
d'où elle descendit ensuite pour se venir mettre en bataille de l'autre côté du marais, vis-à-vis du front de bandière de l'armée françoise, autant que la situation du terrain pouvoit le permettre. Alors M. de Luxembourg, qui ne craignit plus rien pour son flanc gauche, retira les troupes et le canon, qui jusque-là avoient bordé le ruisseau et protégé sa retraite ; ensuite il les fit rentrer dans les lignes ^ .
Le reste du jour et le lendemain se passèrent à se regarder et à tirer quelques coups de canon. Le jour d'après, l'armée impériale se mit en marche et tourna tête du côté de Saverne dans l'intention de couper l'armée. M. de Luxembourg connut alors la faute qu'il avoit faite de n'avoir pas commandé quantité de ponts sur la petite rivière située derrière son camp, qui n'étoit point guéable, et qu'il se trouvoit obligé de passer promptement crainte d'être coupé ; mais, comme il n'étoit plus temps, il fit faire à droite à toute l'armée et la fit marcher en bataille, côtoyant l'ennemi pour aller traverser la rivière par des gués près de sa source. Heureusement il fallut que l'armée impériale prît un grand détour à cause des marais ; cela donna temps à M. de Luxembourg de passer la rivière et de se mettre en bataille au delà. Cependant il ne put si bien faire, que la queue de son arrière-garde ne fût chargée au passage de la rivière par un corps de cavalerie que M. de Lorraine avoit poussé devant lui; mais, comme elle trouva l'arrière-garde sur le bord du gué que l'armée bordoit, il n'y eut pas grand mal.
1. Vol. Guerre 508, n° 114, longue lettre du maréchal de Luxembourg racontant les mouvements effectués par les deux armées du 3 au 7 juin.
M. d'Haniilton, maréchal de camp, et quelques autres y furent tués^ Certainement, si l'avant-garde de M. de Lorraine avoit été plus diligente, notre arrièregarde auroit fort pàti, s'il n'étoit arrivé mieux; car le désordre commençoit, et l'armée de l'ennemi s'avançoit à grands pas.
Cependant on se mit en état de les bien recevoir : on releva promptement les gués, et l'on travailla à des retranchements le long de la rivière. On se canonna de part et d'autre le reste de la journée, mais avec plus d'avantage pour l'ennemi, parce que le terrain qu'il occupoit dominoit. Dès que la nuit fut venue, M. de Luxembourg ordonna de marcher en arrière ; son infanterie alla à Saverne, qui n'étoit qu'à un quart de lieue : une partie se posta dans le chemin couvert, tandis que l'autre passa au travers et que l'artillerie et la cavalerie filoient le long du glacis pour passer la rivière de Saverne au gué du moulin. Toute l'armée alla camper ensuite dans la plaine de Saint-Jean-des- Ghoux^, le cul contre la montagne, sa droite à Saverne, sa gauche se prolongeant le long de la plaine, et devant elle la rivière de Saverne^. Dans cette situation, on se retrancha; et, l'ennemi s' étant approché, il
1. p. de Ségui', le Maréchal de Luxembourg , p. 368-370. Le maréchal écrivait : « Deux petites troupes, de cinquante hommes chacune, furent pressées et culbutées dans le défilé; mais l'infanterie, qui étoit postée de l'autre côté, fit un grand feu sur les ennemis,... et, comme il est ordinaire en pareilles rencontres qu'une dernière troupe soit pressée de près, je ne me soucierois pas de ce qui est arrivé à ces deux-ci, sans que le pauvre M. d'Hamilton y a été tué » (vol. Guerre 508, n° 114).